8 avril 2015
Producteur de téléséries américaines, scénariste (Cars, coscénarisé, Crazy Stupid Love, en solo) et comédien, Dan Fogelman se lance tout de go dans la réalisation d’un premier long métrage avec, comme point d’ancrage, un fait vécu, quoique adapté librement.
Son expérience dans le domaine de la production lui permet sans nul doute d’attribuer le rôle principal à Al Pacino, à la limite, s’autoparodiant dans le personnage d’une vedette (de la chanson) vieillissante. Le comédien, demeuré fidèle à la célèbre method acting paraît le même, se servant de cette aura extradiégétique, comme une mise en abyme de lui-même qui, pour la circonstance, ne réussit pas toujours, thème oblige.

Initialement prévu pour une sortie maison (VOD et numérique), le drame d’épouvante It Follows a récolté tellement d’éloges dans les nombreux festivals qu’il s’est vu octroyer une sortie en salles commerciales en Amérique du Nord. Et ne vous détrompez-vous pas, car malgré tout le battage médiatique ce film terrifiant en vaut fortement le coup (du moins beaucoup plus que le surestimé The Babadook).
Entièrement indépendant et financé à l’écart des grands studios, ce second long métrage du jeune réalisateur David Robert Mitchell (The Myth of the American Sleepover) impressionne autant par sa mécanique du cinéma d’horreur que par l’intelligence et l’originalité de son scénario.

En s’inspirant fortement du cinéma des années 1980 (et en particulier à celui de John Carpenter dans sa façon de concevoir et de gérer le suspense), Mitchell apporte une grande bouffée d’air frais dans le cinéma d’horreur américain actuel (ou les remakes et suites sont monnaie courante). Faisant grandement confiance à sa mise en scène et à la musique de Rich Vreeland (sous le pseudonyme Disasterpeace), le réalisateur réussit à instaurer dès le plan initial (un magnifique plan-séquence où la caméra suit un personnage en état de grave panique en plan large) un climat de tension anxiogène qui est maintenu de bout en bout.
Avec une économie de moyens (peu de dialogues) et en dosant bien ses effets (à part quelques rares effets télégraphiés), le film cumule les surprises et évite les facilités souvent associés au cinéma d’horreur moderne. Tout en étant un brillant exercice de style sur la peur, It Follows se laisse voir à différents degrés de lecture (comme les allusions aux maladies sexuellement transmissibles) et dénote un réel talent de réalisateur chez son auteur.
Genre : Suspense – Origine : États-Unis– Année : 2014 – Durée : 1 h 40 – Réal. : David Robert Mitchell – Int. : Maika Monroe, Keir Gilchrist, Daniel Zovatoo, Olivia Luccardi, Jake Weary – Dist. / Contact : Métropole.
Horaires : Cineplex
CLASSIFICATION
Interdit aux moins de 13 ans
MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel). ★★★★ (Très Bon). ★★★ (Bon). ★★ (Moyen). ★ (Mauvais). ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

Présenté à la fois comme un journal intime et comme un documentaire de société, Le Profil Amina oscille sans cesse entre rêve et réalité, et appose sur ses deux facettes un style bien particulier. Lorsqu’elle évoque la relation entre Sandra et Amina, l’image se fait tendre et langoureuse, dénotant une poésie affirmée. La jeune femme languissante dans une chambre de style oriental ou l’Amina virtuelle déambulant dans des ruelles d’une ville censée représenter Damas donnent alors au film des allures de fantasme érotique dont l’esthétique recherchée est somme toute assez rare dans un documentaire.
Si elles sont proches de la fiction, ces séquences aux nombreux flous artistiques jurent avec celles, beaucoup plus factuelles, qui résument l’enquête menée à travers le monde pour essayer de comprendre les dessous de cette triste affaire. Entrevues statiques, chronologie précise des événements et images d’archives rappellent alors les codes du documentaire de télévision. Un tel mélange de styles donne au film une facture étrange qui a de quoi dérouter. D’autant plus que l’histoire d’amour initiale s’efface au fur et à mesure que l’enquête progresse, levant le voile sur des sujets importants et très actuels, mais sans toutefois parvenir à s’appuyer sur un thème central clairement défini.
Malgré ces quelques regrets, Le Profil Amina offre une version inédite de ce qui fut sans doute l’un des cyber-canulars les plus médiatisés de ces dernières années.
Genre : Documentaire – Origine : Canada [Québec]– Année : 2015 – Durée : 1 h 25 – Réal. : Sophie Deraspe – Dist. / Contact : Les Films du 3 mars.
Horaires : Cinéma du Parc – Excentris
CLASSIFICATION
Visa GÉNÉRAL
(Déconseillé aux jeunes enfants)
MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel). ★★★★ (Très Bon). ★★★ (Bon). ★★ (Moyen). ★ (Mauvais). ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
L’enfance, le passé, les souvenis (bien entendu), Charles Trenet qui chante Que reste-t-il de nos amours ? Il y a là assez de matériel pour rendre mélancolique un certain public. Sans oublier la présence d’Annie Cordy en dame de 86 ans, merveilleuse comédienne qui vole (ou presque) naturellement presque la vedette à son entourage.

En adaptant le roman de David Foenkinos, célèbre pour ses récits humanistes centrés dans notre époque, le plus-comédien-que-réalisateur Jean-Paul Rouve tisse la toile sensible de l’émotion avec un savoir-faire à la fois candide et en même temps bercé par le doux passage du temps.
Comme c’est devenu l’habitude depuis quelques films, Michel Blanc gesticule, s’énerve et finit par se calmer lorsque la vie reprend ses droits, sans s’annoncer ; Cordy épate les spectateurs : répliques cinglantes, sens de la répartie, mouvements solides, entière. Et puis Romain, 23 ans, très juste Mathieu Spinosi, jeune homme d’aujourd’hui dans des situations d’hier. Le temps d’aller chercher sa grand-mère soudainement disparue lui suffit pour arriver à s’intégrer avec une certaine tendrese à ce monde d’adultes à des années-lumière du sien.
Car pour Rouve, le geste, l’attention, la respect de l’autre et la candeur sont des qualités qui aident à mieux vivre. Un film sincère et sans prétentions qui annonce le printemps gentiment, sans fard.
Genre : Comédie dramatique – Origine : France– Année : 2014 – Durée : 1 h 36 – Réal. : Jean-Paul Rouve – Int. : Mathieu Spinosi, Michel Blanc, Annie Cordy, Chantal Lauby, William Lebghil, Jean-Paul Rouve – Dist. / Contact : Axia.
Horaires : Cineplex
CLASSIFICATION
Visa GÉNÉRAL
MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel). ★★★★ (Très Bon). ★★★ (Bon). ★★ (Moyen). ★ (Mauvais). ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
La portée sociale de N.O.I.R. apparaît bien secondaire devant tous les petits coups qui se jouent à l’écran. Film noir en esprit – décors urbains, éclairages contrastés, caméra parfois subjective, personnages secondaires souvent plus intéressants –, il ne manque pas d’arguments. Certains plans, comme celui montrant un avion en vol suivi de son reflet dans une piscine hors d’usage, sont fort évocateurs. Dans cette communauté, les rêves d’un meilleur ailleurs s’estompent brutalement à la vue de la misérable réalité.

Il y a du Spike Lee dans ce portrait cru et expansif du Harlem montréalais. S’il n’atteint pas les couleurs engagées et lapidaires du cinéaste newyorkais, le réalisateur québécois donne néanmoins l’impression d’avoir réussi à s’immiscer parmi la population comme s’il était chez lui.
Il y a du Spike Lee dans ce portrait cru et expansif du Harlem montréalais. S’il n’atteint pas les couleurs engagées et lapidaires du cinéaste newyorkais, le réalisateur québécois donne néanmoins l’impression d’avoir réussi à s’immiscer parmi la population comme s’il était chez lui.
Le réalisme des scènes, dans des décors naturels et avec un lot d’interprètes amateurs (ou, du moins, comédiens méconnus), est soutenu par la série de photos qui accompagne le générique. Clin d’œil à Denys Arcand ? Déjà, le vieux lion terminait son Règne de la beauté (2014) par des images fixes qui révélaient l’état réel des luxueuses demeures de l’architecte Pierre Thibault. Le contraste est en tout cas frappant : l’élite blanche et la beauté de son argent versus la pauvreté noire et les conditions pitoyables des habitations. Bijoux et billets circulent dans le ghetto, mais il s’agit d’or et d’argent sales. Le quartier, fermé sur lui-même, se trouve loin des vastes paysages filmés par Arcand. Les scènes de sexe chez Fournier n’ont rien de sensuel, mais tout du nombrilisme machiste.
Yves Christian Fournier n’étant pas Spike Lee, il a fait appel à Jean-Hervé Désiré pour l’écriture du scénario. Ça explique aussi le naturel de la trame, ainsi que la crédibilité des dialogues, au point où il faut parfois être familier avec le jargon pour saisir le propos.
Genre : Drame de milieu – Origine : Canada [Québec]– Année : 2014 – Durée : 1 h 49 – Réal. : Yves-Christian Fournier – Int. : Kémy St-Éloi, Julie Djiezion, Jade-Mariuka Robitaille, Salim Kechiouche, Ephraim Ndombasi, Christopher L. Massera – Dist. / Contact : Séville.
Horaires : Beaubien – Excentris
CLASSIFICATION
Interdit aux moins de 13 ans
(Violence / Érotisme)
MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel). ★★★★ (Très Bon). ★★★ (Bon). ★★ (Moyen). ★ (Mauvais). ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

Genre : Drame sentimental – Origine : États-Unis– Année : 2015 – Durée : 2 h 08 – Réal. : George Tillman Jr. – Int. : Scott Eastwood, Melissa Benoist, Britt Anderson, Alan Alda, Jack Huston, Oona Chaplin, Lolita Davidovich – Dist. / Contact : Fox.
Horaires : Cineplex
CLASSIFICATION
Visa GÉNÉRAL
Le premier roman de l’auteur américain Reif Larsen The Selected Works of T.S. Spivet avait connu un grand succès commercial en plus d’enchanter de nombreux lecteurs. De nombreuses illustrations remplaçaient les notes de bas de pages et montraient les réalisations de ce jeune génie, Spivet. Il était donc plausible que ce conte fantaisiste séduise Jean-Pierre Jeunet auteur du fameux Amélie Poulain. Il retrouve donc comme coscénariste Guillaume Laurant et ensemble regagnent une grâce certaine dans cette mise en place d’un univers western américain quelque peu hors du temps où les deux parents montrent assurément que les contraires s’attirent.

Claire, jouée par Helena Bonham Carter, est une scientifique un peu professeur Tournesol et lui, le père de famille, un cowboy qui aurait pu être joué par un Clint Eastwood plus jeune. Les dessins de Spivet surgissent pour agrémenter visuellement cet univers montagneux lumineusement photographié par Thomas Hardmeier où l’Alberta remplace le Montana.
Le voyage initiatique que l’inventeur Spivet décide d’entreprendre pour aller chercher un prix remarquable pour son jeune âge permet à Jeunet et son équipe d’égratigner gentiment des travers de l’Americana et de permettre certaines rencontres étonnantes dont une courte avec un marin vagabond joué par le complice Dominique Pinon.
Le Québec alors sert d’arrière-plan à ce voyage ferroviaire américain et certains spectateurs s’amuseront à reconnaître des lieux montréalais jouant les métropoles américaines. Le jeune Kyle Catlett est un interprète étonnant de rigueur et d’entrain dans le rôle de Spivet dont la vie est déjà assombrie par un secret familial. Jeunet et sa bande tentent alors un mélange déjanté de mélodrame et de satire médiatique qui plombe la dernière partie du film.
Genre : Aventures – Origine : France / Canada / Australie– Année : 2013 – Durée : 1 h 45 – Réal. : Jean-Paul Jeunet – Int. : Kyle Catlett, Helena Bonham-Carter, Judy Davis, Niamh Wilson, Jakob Davies, Rick Mercer – Dist. / Contact : Séville.
Horaires : Beaubien – Cineplex
CLASSIFICATION
Visa GÉNÉRAL
MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel). ★★★★ (Très Bon). ★★★ (Bon). ★★ (Moyen). ★ (Mauvais). ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
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