En salle

Le jeune Ahmed

14 juillet 2020

Intégrer l’intégrisme

Guillaume Potvin

C’est d’un pas rapide et maladroit qu’Ahmed traverse son environnement, comme pour échapper aux regards et s’isoler le plus vite possible. C’est pénible de le regarder : il courbe le dos, garde la tête basse et perd constamment ses lunettes. À 13 ans, il est coincé dans ce moment inconfortable entre l’enfance et l’âge adulte et la vulnérabilité saisissante avec laquelle Idir Ben Addi incarne ce personnage rend son mal de vivre palpable. On éprouve donc facilement de l’empathie lui, mais il est difficile d’en dire autant pour sa rhétorique et ses actions; tous deux sont déterminées par une haine nébuleuse instrumentalisée par un imam prônant le jihad.

Étant témoins du mode de vie d’Ahmed — sa mère monoparentale, ses soeurs « occidentalisées » — on imagine facilement ce qui est si attrayant dans l’islam fondamentaliste. À l’âge où il cherche un sens à sa vie, le rituel offre la possibilité de transcender la banalité des gestes quotidiens, la foi permet d’échapper aux blessures laissées par ses conditions matérielles. Cela nous est montré efficacement grâce à une caméra mobile — bougeant beaucoup trop précisément pour être décrite comme nerveuse — qui nous donne des indices quant à la compréhension du monde qui prend forme chez l’adolescent. Le regard quasi documentaire typique des frères Dardenne accorde autant d’attention aux gestes routiniers d’Ahmed qu’à ses gestes ritualisés et ses gestes clandestins. C’est la fiction, la logique interne du scénario, qui détermine l’intensité dramatique de ceux-ci et, par le fait même, leur attrait ou leur insipidité respective.

Fidèles à eux-mêmes, c’est un humanisme teinté de valeurs judéo-chrétiennes qui guide à nouveau ce 11e scénario de fiction des réalisateurs belges. Force est donc de constater que c’est cette idéologie qui domine leur filmographie, quoique Deux jours, une nuit injectait une bonne dose d’analyse socioéconomique à son chemin de croix symbolique. Bien que cela rend leurs films intéressants, telle une prolongation des préoccupations de Robert Bresson par exemple, cela n’est pas sans ses problèmes. Le caractère arbitraire des valeurs sous-jacentes de leurs films est facilement invisibilisé par le style réaliste dont ils sont devenus maîtres, comme si elles allaient de soi. On pourrait parler de normalisation par l’esthétisme. Les Dardenne proposent un cinéma social, ancré dans des problématiques contemporaines, certes, mais Le jeune Ahmed, peut-être plus que n’importe quel autre de leurs films d’ailleurs, mérite d’être vu avec un regard sceptique. Puisque l’idéologie que critique leur scénario est virtuellement interchangeable avec n’importe quelle forme d’extrémisme haineux (antiféminisme, racisme, nationalisme, etc.), il vaut la peine de considérer les idées reçues que perpétue le film.

Mad Dog & The Butcher – Les derniers vilains

12 décembre 2019

Quand la lutte était vraie

Jason Béliveau

Pour quiconque ayant un intérêt, même marginal, pour la lutte professionnelle, la famille Vachon revêt des allures royales. Maurice, Paul, Vivian et Luna, sur près de 60 ans, ont gravi les échelons de cet univers concurrentiel pour atteindre des sommets rarement égalés. Le cliché veut que le lutteur perde au change : contre son intronisation au temple du spectacle factice (question fondamentale : la lutte est-elle vraie ?), il renonce à sa santé, mentale et physique, et à une vie familiale conventionnelle. Il s’agit là d’un filon riche en drame exploré il y a une dizaine d’années par Darren Aronofsky dans The Wrestler, où un Mickey Rourke boursouflé par les stéroïdes et les abus décide de retourner dans l’arène une dernière fois, ivre des applaudissements de ses fans. Dans un registre plus ludique, le court métrage québécois Bleu tonnerre, de Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné, illustrait lui aussi les revers de ce métier ingrat et exigeant.

Mad Dog & The Butcher – Les derniers vilains se concentre sur le dernier survivant de la famille Vachon, Paul « The Butcher ». À bientôt 80 ans, Paul survit comme il peut. Après plusieurs cancers et une chirurgie à cœur ouvert, il parcourt l’Amérique avec sa femme, Dee, de convention en convention, se remémorant ses meilleurs souvenirs accompagnés des siens, allant à la rencontre de celles et ceux qu’il a subjugués dans les années 1960 à 1980, souvent en compagnie de son grand frère Maurice « Mad Dog », figure légendaire intronisée au Temple de la renommée de la WWE, plus grande organisation de lutte professionnelle. Une carafe de café noir à portée de main, il pousse sa marchette à travers la foule, le sourire aux lèvres, heureux du chemin qu’il a parcouru.  

Le documentariste de Québec Thomas Rinfret a suivi Vachon et sa femme durant près de cinq ans afin de tourner un film à la hauteur du mythe autoconstruit par le lutteur. Au lieu de s’en tenir au strict minimum, à une formule classique, il accumule les effets, utilise un grand livre d’histoire, « Les derniers vilains », conférant à son film l’aspect d’un conte surréel, narré à la première personne. Ce dernier vilain est aujourd’hui le seul pouvant encore témoigner de l’invraisemblable sur lequel il a fait son beurre et sa gloire. Mais Rinfret réserve aussi de belles minutes à Vivian et à Gertrude « Luna » Vachon, la sœur et la fille adoptive de Paul, lutteuses d’exception, toutes deux décédées dans des circonstances tragiques.

D’ailleurs, le film prend rapidement une tournure élégiaque, au-delà de la force centripète du ring. L’émotion est palpable, notamment lors d’une réunion familiale en Alberta, où Paul rencontre un fils qu’il connaît à peine. Rinfret tient sa caméra à distance, mais ose aller questionner le fils quelque peu amer, pour offrir une autre image de l’homme vieillissant, nous laissant mesurer les revers d’une vie passée à parcourir le monde et à faire la fête. De petites perles sont autrement parsemées çà et là, rendant hommage au caractère narratif de la lutte, laissant Paul raconter sa vie à des inconnus rencontrés au hasard de ses voyages. Il pousse parfois le bouchon, par exemple lorsqu’il annonce sans broncher qu’un combat qu’il a mené contre un charismatique Afro-Américain, alors qu’il incarnait le rôle du méchant Russe Nikolaï Zolotoff, aurait « brisé la ségrégation entre les Noirs et les Blancs dans tout le Texas et dans une bonne partie de l’Amérique aussi. » Et, à l’entendre, gorgé d’enthousiasme, nous raconter ses exploits, une seule envie nous prend, celle de le croire sur parole.

Paul vit ses derniers jours dans une résidence pour personnes âgées qu’il a baptisée « Valhalla », lieu de repos dans la mythologie nordique pour les guerriers morts au combat. « Vieillir, c’est pas pour les peureux », philosophera-t-il. En lutteur ou en père Noël de centre d’achats derrière sa marchette, le désir est le même, celui de divertir, d’émerveiller, de créer un monde où l’impossible est tangible. Thomas Rinfret a signé le portrait fascinant d’un homme plus grand que nature, à l’image du bûcheron légendaire Paul Bunyan, dont les racines seraient apparemment canadiennes-françaises, avec une révérence qui n’exclut jamais la critique. Le résultat tient en haleine comme un match opposant Gilles « The Fish » Poisson et André le Géant au parc Jarry en 1973.

Dolemite Is My Name

14 octobre 2019

Semaine 41
du 11 au 17 octobre2019

RÉSUMÉ SUCCINCT
Rudy Ray Moore, employé d’un magasin de musique de Hollywood le jour, agit comme maître de cérémonie dans une boîte de nuit fréquentée par des membres de la communauté afro-américaine. Inspiré par la verve de vagabonds poètes de son quartier, il se crée un personnage de proxénète flamboyant, qu’il baptise Dolemite. Suite

Fiddler: A Miracle of Miracles

Semaine 41
du 11 au 17 octobre2019

RÉSUMÉ SUCCINCT
À sa sortie en 1964, Fiddler on the Roof fait un tabac à Broadway. Depuis, cette comédie musicale bénéficie d’une popularité internationale. Des créateurs, interprètes et admirateurs de la production discutent de son processus d’écriture, de son succès et de ses répercussions sociales. Suite

Gemini Man

Semaine 41
du 11 au 17 octobre2019

RÉSUMÉ SUCCINCT
Henry Brogan, un assassin d’élite, est soudainement ciblé et poursuivi par un jeune et mystérieux agent qui semble être en mesure de prévoir chacun de ses gestes. Suite

Jexi

Semaine 41
du 11 au 17 octobre 2019

RÉSUMÉ SUCCINCT
Phil est un gars intelligent, drôle et aimable, mais complètement obsédé par son téléphone intelligent. Dès qu’il se lève et jusqu’au moment où il s’endort, son cellulaire régit sa vie. Lorsqu’il est obligé de changer de téléphone, il découvre Jexi, l’assistante personnelle programmée, sa nouvelle amie virtuelle utile et attentionnée…

Primeur
SANS
COMMENTAIRES

FICHE TECHNIQUE
Sortie
Vendredi 11 octobre 2019

Réal.
Jon Lucas
Scott Moore

Genre(s)
Comédie

Origine(s)
États-Unis

Année : 2019 – Durée : 1 h 25

Langue(s)
V.o. : anglais / Version française

Jexi

Dist. @
Les Films Séville

Classement
Interdit aux moins de 13 ans
[ Langage vulgaire ]

En salle(s) @
Cineplex

La langue est donc une histoire d’amour

Semaine 41
du 11 au 17 octobre 2019

RÉSUMÉ SUCCINCT
À Montréal, dans la classe de madame Loiseau, les nouveaux élèves entament l’année scolaire. Qu’ils soient originaires de la Syrie, du Népal, de l’Afghanistan ou du Djibouti, leur connaissance du français est faible, voire inexistante. Au contact de l’enseignante empathique et passionnée, ces adultes qui rêvent d’une vie meilleure, et dont certains n’avaient jamais fréquenté l’école auparavant, se familiarisent avec la culture de leur terre d’accueil.

Primeur
SANS
COMMENTAIRES

FICHE TECHNIQUE
Sortie
Vendredi 11 octobre 2019

Réal.
Andres Livov

Genre(s)
Documentaire

Origine(s)
Canada [Québec]

Année : 2019 – Durée : 1 h 29

Langue(s)
V.o. : français

La langue est donc une histoire d’amour

Dist. @
Maison 4tiers

Classement
Tous publics

En salle(s) @
Cinéma Beaubien

2020 © SÉQUENCES - La revue de cinéma - Tous droits réservés.