25 janvier 2015
La nouvelle production de l’Opéra de Montréal compte tout d’abord sur la notoriété des deux principaux personnages, Samson et Dalila, protagonistes d’un récit mythique où les espérances d’un peuple se heurtent au pouvoir de la politique et aux touments de la chair, tel un étau qui se resserre.
Récit légendaire qui trouve ici des échos des trois religions monothéistes et en quelque sorte le déshébraisent. Cela est clair, particulièrement dans la conception scénique telle que proposée par Anick La Bissonière et Éric Olivier Lacroix : le vert domine parfois, évoquant un islam relativement triomphant, les décors en formes de croix au troisième acte convoquent la notion d’une présence annonciatrice chrétienne ; une des robes que porte Dalida est, étrangement, d’inspiration bollywoodienne (orientale donc). À bien y observer, ces particularités ne véhiculent-elles pas un parti pris moral, voir même politique ? Par les temps qui courent, cela ne peut qu’interroger notre inconscient collectif.

Marie-Nicole Lemieux et Endrik Wottrich (PHOTO : © Yves Renaud)
La notion d’hébraité n’est donc présente que dans les paroles telles que créés par Ferdinant Lemaire au milieu des années 1800, d’après Le Livre des Juges, chapitre XVI et dont la présente version de l’OdM respecte avec soin, avouons-le, tout en se permettant quelques omissions. Suite
23 janvier 2015
Une partie de l’affiche du film d’Elia Kazan sorti en 1951 est collé au mur, au fond de la scène ; la partie exposée, une étreinte suggestive entre Vivian Leigh et Marlon Brando. Pour l’époque, quelque chose d’inédit.
Homme de théâtre indiscutablement hors du commun, Serge Denoncourt transforme l’écrit de Tennessee Williams en un tour de force aussi infaillible que fragile, autant pour les personnages que pour les situations.
Mais chez « le metteur en scène de l’heure », l’acte théâtral est un lieu de revendications, de réappropriation, de remise en perspective. C’est un espace où les fantasmes s’extériorisent, où la pureté des écrits originaux peuvent être assujettis à des transformations excessives. C’est ce que confirme cette adaptation d’Un tramway nommé Désir, œuvre torride d’un des auteurs dramatiques américains des plus controversés.

Céline Bonnier et Éric Robidoux (PHOTO : © Caroline Laberge)
22 janvier 2015
MEILLEURE ACTRICE (Julianne Moore)
Sidi Larbi Cherkaoui
Deux cultures animent son parcours, la belge, donc occidentale, venant de sa mère ; l’orientale, plus vive et colorée, héritée de son père marocain. Mélange adroit de raison et de passion pour nourrir un amour inconditionnel pour le Tango, une des créations chorégraphiques parmi les plus importantes et influentes de la fin du XIXe siècle. Musique et danse nourries de revendications sociales, d’amours inavouées, de passions indémodables.
Il s’agit de Sidi Larbi Cherkaoui, jeune chorégraphe né en 1976. Son parcours binaire lui permet de mettre en pratique ce qu’il appelle « les points de contact ». En Europe, il jouit d’une réputation exceptionnelle. Ses projets fusent de partout et se réalisent avec une logique incontournable : lancement d’une carrière féconde au sein des ballets C de la B, création de sa propre troupe, Eastman, en 2010, collaborations avec le Cirque du Soleil, entre autres, pour Michael Jackson.
Au même titre que l’israélien Idan Raichel et son Idan Raichel Project, qui puise ses partitions musicales à partir des nombreuses cultures du monde, Cherkaoui procède par métissage, message social et politique d’autant plus réconciliateur qu’il place le spectateur dans une zone de réflexion et de remise en question.

PHOTO : © gracieuseté de Danse Danse
20 janvier 2015
Ils sont vingt danseurs et huit musiciens sur scène. Ils font partie de la compagnie Lizt Alfonso Danza Cuba. Les différentes danses des années 50 à aujourd’hui reflètent les changements dans l’art chorégraphique dans ce qu’il a de plus rassembleur.
C’est d’une opérette qu’il s’agit, genre bien plus populaire que l’opéra traditionnel, autant pour la sagesse des airs connus que pour la simplicité ingénue du récit. En 1952, le réalisateur Curtis Bernhardt adapte au cinéma l’œuvre de l’austro-hongrois Franz Lehár plus que librement, faisant de Lana Turner et de Fernando Lamas, le couple de l’heure.
La version 2015 du Met repose principalement sur les décors de Julian Crouch, fidèles à l’époque, évoquant parfois un certain univers du peintre français Toulouse-Lautrec. Cet espace du geste, du chant et des aventures sentimentales devient le champ d’action d’un joyeux marivaudage qui se termine en grâce et beauté.

Renée Fleming et Nathan Quinn dans La Veuve joyeuse
À l’heure où le drame Charlie Hebdo attise les passions d’un côté comme de l’autre de la planète, se pencher sur cette œuvre classique évoquant un des multiples épisodes de la Shoah tient de la prouesse. Et pourtant l’adaptation par l’écrivain Éric-Emmanuel Schmitt assume sa pertinence avec un sens inouï de la mémoire. Inscrite dans la programmation du TNM pour souligner le 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz, Le Journal d’Anne Frank se présente comme un véritable défi, mais la mise en scène de Lorraine Pintal, à l’instar de la distanciation voulu de Schmitt, propulse les protagonistes de cette histoire maintes fois lues dans un univers à la fois déconstruit et ô combien anti-dramatique.

L’ensemble des comédiens (PHOTO : Yves Renaud)
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