20 avril 2017
Le réalisateur britannique Ben Wheatley s’intéresse depuis ses premiers films (Down Terrace, Kill List) au milieu interlope et à leurs projets criminels qui tournent mal. Avec le récent High Rise, c’est une société entière du futur qui se dérègle à l’intérieur de la tour symbolique du titre. Free Fire se concentre sur quelques malfrats et terroristes dont les projets volent en éclats au cours d’une vente d’armes dans un hangar quelque part à Boston en 1978. L’affrontement qui suit et qui se prolonge pendant plus d’une heure se transforme en une sorte d’hommage à Gunfight at O.K. Corral dans le décor de Reservoir Dogs.

Mais contrairement à ces deux classiques, le film de Wheatly ne parvient jamais à susciter la sympathie ou l’identification envers aucun des personnages car ils deviennent tous plus détestables et stupides les uns que les autres. À commencer par le petit baveux qui déclenche la fusillade. Seuls Cillian Murphy en terroriste irlandais timide et Arnie Hammer en intermédiaire décontracté créent des performances un tant soit peu consistantes, tandis que Sharlto Copley est tellement démesuré dans son rôle de trafiquant d’armes disjoncté qu’il menace à tout moment de bouffer le décor.
La comparaison à Reservoir Dogs se révèle vraiment injuste car, contrairement à Tarentino, Wheatly et sa femme Amy Jump ne donnent dans leur scénario aucun passé aux protagonistes, ni aucune véritable interaction qui permettrait de comprendre l’enjeu que représente cette pétaradante tuerie. Le caractère ludique de cet exercice de style en forme de défi technique (qui va tirer sur qui avec quoi et quand ?) devient au bout du compte lassant, malgré quelques idées de cadrage, de mouvements de caméra et de l’utilisation de l’espace (on découvre au fur et à mesure les recoins et le second étage de cette ancienne usine). Il ne reste plus qu’à attendre qui sera l’heureux élu à sortir vivant de ce traquenard. À moins que vous ne soyez déjà sorti de la salle.
Genre : Comédie noire – Origine : France / Grande-Bretagne – Année : 2016 – Durée : 2 h 11 – Réal. : Ben Wheatley – Int. : Armie Hammer, Cillian Murphy, Brie Larson, Sharlto Copley, Jack Reynor, Sam Riley – Dist. : Entract Films.
Horaires
@ Cineplex
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
(Violence / Langage vulgaire)
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
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Genre : Documentaire – Origine : Canada [Québec] – Année : 2016 – Durée : 1 h 16 – Réal. : Julien Lombard – Dist. : Coop Vidéo Montréal.
Horaires
@ Cinémathèque québécoise
Classement
NC
(Non classé – Exempté)
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De Maryanne Zéhil, De ma fenêtre, sans maison nous avait échappé ; La vallée des larmes laissait une impression d’urgence, quitte à laisser de côté tous ces ingrédients techniques qui parfois faisaient défaut. Ici, L’autre côté de novembre, troisième titre aussi poétique que les deux précédents, évoque encore la thématique chère à la réalisatrice : l’exil (forcé ; en quelque sorte politique), le souvenir de meilleurs jours, la mémoire qui ne cesse jamais son parcours malgré le passage du temps, la condition de la femme dans une terre hostile (le Moyen-Orient), la possibilité de bonheur dans un monde qui s’écroule et, en filigrane, quelque chose de déchirant et poignant qu’on constate que si l’on voit de près, la conquête de la québécitude, l’assimilation sincère à une nouvelle patrie, le Québec, parfois, il faut l’avouer, protectionniste.

L’émotion parcours son récit, celui d’une double identité gravement incarnée par Arsinée Khanjian, elle aussi entre deux mouvances territoriales, l’Arménie et par première alliance matriomoniale, le Liban. En comprenant ces racines millénaires, on peut également saisir le côté parfois mélodramatique du jeu des interprètes ; cela a avoir avec une relation qu’on se fait avec la vie, le parcours humain, l’enfer du quotidien.
Comme toujours, Khanjian se distingue par son jeu ; les autres vivent leurs personnages dans un sentiment d’urgence, suivant une méthode moyen-orientale difficile à comprendre, mais qui prend son élan lorsque nous faisons partie de ces exilés politiques et que nous sommes pleinement conscients de notre double appartenance, celle à un Orient passionné, tentant de dialoguer avec un Occident cartésien et intransigeant.
Mais comme c’est le cas dans tous les pays du monde, L’autre côté de novembre est aussi un récit sur la relation de couple, sur la maladie, l’Alzheimer, sur les conflits au travail. Film social qui imbrique tous ces thèmes dans une durée de presque quatre-vingt minutes. Peut-être trop pour nous, issus de ces nombreux pays de l’Ouest. Mais venant d’une tradition orale, Zéhil a su s’emparer de ses sujets pour contruire avec franchise, sincérité et sénérité un livre illustré d’images en mouvement. Si celles-ci sont parfois boiteuses, qu’importe. Nous suivons leur cœur meurtri même s’il porte des béquilles.
Genre : Drame – Origine : Canada [Québec] – Année : 2015 – Durée : 1 h 18 – Réal. : Maryanne Zéhil – Int. : Arsinée Khanjian, Pascale Bussières, Marc Labrèche, Raïa Haïdar, David La Haye, Béatrice Moukhaiber – Dist. : K-Films Amérique.
Horaires
@ Cinéma Beaubien
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
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