23 juillet 2015
PRIX DU JURYForcer les rencontres entre le frère d’un disparu et ses tortionnaires, et mettre en scène les confrontations. Filmer les regards embués, les visages burinés et tenter de faire parler des mémoires qui voudraient bien se taire. Mettre en image des silences qui en disent long. Poursuivant son travail entrepris il y a deux ans avec The Act of Killing, voilà que Joshua Oppenheimer propose avec The Look of Silence, une œuvre qui, contrairement à la précédente, se place résolument du côté des victimes des génocides indonésiens. Un parti pris clairement affiché que l’on retrouvera tout au long du film, à maintes reprises.
Filmé avec un style unique et une élégance rare dans le documentaire, le film possède plusieurs scènes visuellement très réussies (la mère coupant ses papayes à l’ombre des palmiers par exemple). Images recherchées, séquences manifestement très travaillées (et répétées avec les protagonistes on s’en doute), la joliesse qui se dégage de l’ensemble n’est cependant pas sans risques. On pourra facilement comprendre la prise de position du documentariste tant l’horreur de cette chasse aux « communistes » fut grande. Toutefois, ce que l’on peut remettre en question, ce sont certains artifices de mise en scène, lourdement déployés pour appuyer la démonstration.
Comme dans The Act of Killing, le cinéaste, en plus des confrontations face à face, utilise la reconstruction pour mettre en images l’effroi et l’horreur. On se questionne entre autre, sur l’acharnement d’Oppenheimer à nous montrer le père sénile et cadavérique alors que personnage muet n’apporte rien de concret au sujet et on en vient à considérer ces scènes plus proches du voyeurisme que de l’investigation. La métaphore des lunettes, posées sur le nez de bourreaux étrangement consentants, est elle aussi plus que discutable, même si elle produit des images chargées de symboles.
Reste alors des visages de tortionnaires montrés au grand jour, comme pour mieux conjurer l’odieux de leur non condamnation et des dialogues tendus où chacun reste sur ses positions. Mis au pied du mur, les bourreaux menacent de faire revenir la terreur. Face à leur sarcasme, l’incompréhension, et des tentatives de rapprochement dont on sait qu’elles sont vouées à l’échec. Triste constat livré par Oppenheimer : le vide séparant la justice des hommes et les meurtriers de centaines de milliers de civils reste béant, et pour longtemps encore. Si la forme est discutable, le constat, lui, est implacable. Malgré des choix esthétiques qui peuvent heurter, Oppenheimer livre avec The Look of Silence un devoir de mémoire nécessaire et souvent captivant, qui doit être vu ne serait-ce que pour l’importance de son sujet.
Genre : Documentaire – Origine : Danemark / Finlande / Indonésie / Norvège / Grande-Bretagne – Année : 2014 – Durée : 1 h 43 – Réal. : Joshua Oppenheimer – Dist. / Contact : EyeSteelFilm.
Horaires : @ Cinéma du Parc – Excentris
CLASSIFICATION
Interdit aux moins de 13 ans
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

La dernière partie de la version longue de plus de quatre heures de ce film était en compétition au Fifa à Montréal en 2014. Voici que la réalisatrice néerlandaise Oeke Hoogendijk et la production ont décidé d’en monter une version d’un peu plus de deux heures qui permet de mieux comprendre la très longue rénovation de ce très important musée à Amsterdam.
La réalisatrice avait été approchée par le musée pour créer une chronique d’une entreprise qui devait se tenir dans les délais assez courts puisque la fin était prévue en 2006. Diverses personnalités prennent de plus en plus de place dans le cours de cette longue saga de reconstruction. Tout d’abord des deux architectes espagnols Antonio Cruz et Antonio Ortiz, ce dernier devient le porte-parole des frustrations qu’entraîne la contestation par l’association des cyclistes amsterdamois devant la perte de leur piste cyclable passant depuis toujours sous les arches centrales de ce musée construit au XIXe siècle. Cette bataille épique est montrée par le biais de divers écrans télévisuels se déroulant dans des enceintes municipales et autres.
La démission de Ronald De Leeuw, le directeur est encore plus étonnante et certains des candidats à sa succession donnent une appréciation candide de leurs chances et de leurs échecs subséquents. Le nouveau directeur Wim Pijbes apparaît plus autoritaire mais capable d’inclure ses anciens concurrents dans les décisions importantes. La caméra de Sander Snoep, Gregor Meerman, Adri Schrover et Paul Cohen suit un gardien des immenses entrepôts qui garde la Ronde de nuit de Rembrandt et les autres innombrables chefs d’oeuvre.
Des œuvres d’art sont ainsi reléguées aux oubliettes dans une nouvelle réévaluation. Le directeur des communications colmate les brèches pendant qu’un conservateur découvre un trésor du Moyen-âge dans les réserves et qu’un autre nous explique le théâtre de la vie joué dans les salons de la haute société européenne au 18e siècle. La palme revient à Menno Fitski, jeune spécialiste de l’Art asiatique et à ses deux grandes statues de gardiens d’un temple japonais. La cinéaste Hoogendijk réussit, par son entregent, à nous faire apprécier ce travail de précision de longue haleine et de tous les instants qui a finalement amené à cette réouverture très réussie en 2013.
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Genre : Documentaire – Origine : Hollande – Année : 2014 – Durée : 2 h 11 – Réal. : Oeke Hoogendijk – Dist. / Contact : First Run Features (Cinéma du Parc).
Horaires : @ Cinéma du Parc
CLASSIFICATION
Non classé
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

Réalisateur de deux courts métrages et d’un premier long, Captifs (2010), présenté à Fantasia, Yann Goslan se joint à Guillaume Lemans et Grégoire Vigneron pour concocter un récit hitchcockien qui réussit à captiver malgré des situations parfois invraisemblables. Dans son ensemble, la prémisse tient pourtant debout tant l’angoisse du personnage principal à devenir écrivain dépasse les lois de l’entendement. Sur ce point, le réalisateur se soumet volontairement aux codes de l’incohérence pour laisser le spectateur angoissé devant la tournure des événements.
Pierre Niney, après son rôle éclatant dans Saint Laurent, trouve ici l’occasion de déployer divers registres d’interprétations. L’ironie dans tout cela, c’est de constater qu’il ne semble pas réaliser le simulacre qu’il a créé. Si dans le film de Bonello, Niney pratique un jeu impeccable, dans Un homme idéal il s’en sort tout de même assez bien avec ce mélange de candeur inquiétante et de cynisme constant, non assumé. On pourrait se poser bien des questions sur la présence de certains personnages, comme celui de l’ami de la famille (Thibault Vinçon, d’un sarcasme jouissivement insupportable), mais sans qui l’intrigue ne pourrait pas évoluer.
Film sur les faux-semblants, les simulacres, sur l’accaparation des idées, sur la création comme exercice à la fois insoutenable et en fin de compte valorisant, Un homme idéal suggère un titre qui, derrière le qualificatif positif, cache un vocable qui résiste à la morale et aux valeurs intègres de l’individu.
La fin, dont on ne dévoilera pas les détails, montre jusqu’à quel point l’ironie du sort peut avoir des conséquences non seulement brutales, mais tragiques, laissant « la vraie victime » dans l’anonymat d’un terrain vague, une sorte de no man’s land évanescent. Sur ce point, la dernière image est d’une puissance dramatique dans sa signification indicible. Il s’agit bien d’un film visuellement soigné, soutenu par un récit palpitant.
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Genre : Suspense – Origine : France – Année : 2015 – Durée : 1 h 37 – Réal. : Yann Gozlan – Int. : Pierre Niney, Ana Girardot, André Marcon, Thibault Vinçon, Valeria Cavalli, Marc Barbé – Dist. / Contact : A-Z Films.
Horaires : @ Beaubien – Cineplex
CLASSIFICATION
Interdit aux moins de 13 ans
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
SANS COMMENTAIRESGenre : Comédie – Origine : États-Unis – Année : 2015 – Durée : 1 h 49 – Réal. : Jonathan M. Goldstein, John Francis Daley – Int. : Ed Helmes, Christina Applegate, Chris Hemsworth, Leslie Mann, Chevy Chase, Beverly D’Angelo, Regina Hall, Michael Peña– Dist. / Contact : Warner.
Horaires : @ Cineplex
CLASSIFICATION
Interdit aux moins de 13 ans
(Langage vulgaire)
16 juillet 2015

Voici après Captain America, Ultron, Iron Man et confrères, un autre film produit par la division cinéma de l’empire de bandes dessinées Marvel. Un scientifique important, le Dr Pym, a découvert une particule qui permet de changer de grandeur à volonté et en a gardé la formule, craignant qu’elle ne tombe dans de mauvaises mains. Cela nous est raconté en flash-back car un cambrioleur a trouvé le costume harnachant les propriétés de cette particule et s’est donc retrouvé dans la taille d’une fourmi, ce qui lui occasionne trop de sensations fortes. La mise en scène de Peyton Reed déploie alors habilement les changements d’échelle pour décrire un parcours semé d’embûches dans une baignoire, un tapis et poursuite par un chat dont le héros improbable se sort difficilement.
Paul Rudd incarne, avec un mélange d’ironie et de candeur, Scott Lang, cet homme que les circonstances obligent à se dépasser moralement en changeant souvent de grandeur. Le scénario à plusieurs mains dont celles du tandem Edgar Wright et Joe Cornish ainsi que l’acteur principal, ménage des moments plus drôles venant des petits criminels, acolytes bons-enfants du héros. Comme dans tous les Marvel, une lutte entre le bien et le mal pour le contrôle du monde (la Terre au moins) oppose ensuite le Dr Pym (auquel Michael Douglas apporte une autorité quelque peu sarcastique) contre son ancien assistant devenu dirigeant d’une multinationale du complexe militaro-industriel, joué par Corey Stoll, un quasi-sosie de Martin Matte. Suite
SANS COMMENTAIRESGenre : Drame – Origine : Inde – Année : 2015 – Durée : 2 h 34 – Réal. : Kabir Khan – Int. : Salman Khan, Kareena Kapoor, Hershaali Malthotra, Mawazuddin Siddiqui, Mir Sarwar, Deepti Naval – Dist. / Contact : A-Z Films.
Horaires : @ Cineplex
CLASSIFICATION
Tout public
SANS COMMENTAIRESGenre : Documentaire – Origine : États-Unis – Année : 2014 – Durée : 1 h 31 – Réal. : Erik Greenberg Anjou – Dist. / Contact : Equinoxe Films.
Horaires : @ Cineplex
CLASSIFICATION
Tout public
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