En salle

Irrational Man

6 août 2015

RÉSUMÉ SUCCINCT
Au trimestre d’été, l’arrivée d’un professeur de philosophie célibataire sur le campus d’une université de Newport dans l’État du Rhode Island suscite un certain nombre de rumeurs parmi les enseignants et les étudiants. Charismatique mais ténébreux, Abe Lucas entame une liaison avec Rita Richards, une collègue rendue disponible par l’absence de son mari.

Irrational Man

KIERKEGAARD, NIETZSCHE ET WOODY

Patricia Robin
CRITIQUE
★★  ½

Il va sans dire que Woody Allen se sent comme un poisson dans l’eau quand il s’agit de tergiverser avec des concepts philosophiques. Sa propension aux épanchements, ses éternels questionnements nous ont offert, par le passé, des morceaux d’anthologie. Chez ce réalisateur prolifique, le conflit se situe bien souvent entre le cœur et la raison; c’est ce qui justifie sans doute la quantité de dialogues livrée de façon débonnaire et naturelle par ses acteurs dans son tout dernier Irrational Man, où la philosophie sert de base pour mettre en scène les tribulations de ses personnages. Suite

Le Dep

RÉSUMÉ SUCCINCT
Tard le soir, dans le village de Tshikatin, sur la Côte-Nord, un gangster cagoulé entre dans un dépanneur. Armé d’un pistolet, il demande à Lydia, l’unique employée du magasin, le contenu de la caisse. La jeune femme innue identifie rapidement l’agresseur et se retrouve devant des choix déchirants.

Le Dep

RÈGLEMENTS DE COMPTES

Guillaume Potvin
CRITIQUE
★★★

De prime abord, Le Dep a tout d’un film casse-gueule. Son scénario est truffé de pièges qui, entre des mains moins expérimentées, auraient pu aboutir à un film profondément ennuyeux. Et pourtant, tout au long, on ressent la maîtrise et l’assurance de Sonia Bonspille Boileau. À regarder ce premier long métrage de fiction de la cinéaste d’origine mohawk, il n’est pas surprenant que ses premiers pas en réalisation se soient faits du côté du documentaire et de la télévision. Non pas car l’esthétique du Dep emprunterait à l’un ou l’autre, au contraire, le film accomplit l’exploit de rendre le seul emplacement du récit — un dépanneur de région — visuellement intéressant pour plus d’une heure. Non, la trace qu’on détecte de l’expérience documentaire de Bonspille Boileau est son rayonnant sens de l’économie ; elle parvient à faire tant avec si peu.

Voilà la force du film. En révélant les précédents
historiques des personnages, en nous laissant
deviner les cicatrices qui traversent la communauté
innue, le cambriolage, cette action en apparence
toute simple révèle soudainement la complexité
des enjeux sociaux qui l’auront provoquée.

C’est un hold-up qui fait avancer le récit, une situation qui prendra de l’ampleur dramatique au cours du film et qui, par le fait même, fera planer une tension qui garde en haleine. Mais cette situation permettra surtout d’adresser astucieusement des thèmes sociaux beaucoup plus larges sans tomber dans le prêchi-prêcha. Car curieusement, on regarde davantage Le Dep pour apprendre les conditions qui auront mené au vol à main armée que pour découvrir le dénouement de celui-ci.

Voilà la force du film. En révélant les précédents historiques des personnages, en nous laissant deviner les cicatrices qui traversent la communauté innue, le cambriolage, cette action en apparence toute simple révèle soudainement la complexité des enjeux sociaux qui l’auront provoquée. Compte tenu de cela, il devient évident que la résolution du règlement de compte auquel on assiste n’inclura pas le policier, le seul personnage blanc du film. Comme lui, il y a trop qui nous échappe pour saisir l’étendue véritable de ce dont nous sommes ici témoins.

revuesequences.org

Sortie :  Vendredi 7 août 2015
V.o. :  français

Genre : Drame psychologique – Origine : Canada [Québec] – Année : 2015 – Durée : 1 h 18 – Réal. : Sonia Bonspille Boileau – Int . : Eve Ringuette, Charles Buckell, Yan England, Marco Collin, Robert-Pierre Côté – Dist. / Contact : K-Films Amérique.
Horaires : @ Beaubien

CLASSIFICATION
Interdit aux moins de 13 ans

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

Ricki and the Flash

RÉSUMÉ SUCCINCT
Ricki a quitté mari, enfants et vie confortable afin de réaliser son rêve de devenir une vedette de la chanson. Des décennies plus tard, elle essaie de joindre les deux bouts en travaillant comme caissière, le jour, et en chantant dans le bar de son quartier, le soir. Lorsque son ex-époux l’informe que leur fille Julie a tenté de se suicider après l’échec de son union, Ricki vole à son secours.

Ricki and the Flash

LE POUVOIR RASSEMBLEUR DE LA MUSIQUE

Pascal Grenier
CRITIQUE
★★ ½

Grand amateur de musique et de documentaire, on comprend pourquoi le réalisateur Jonathan Demme (Stop Making Sense, The Agronomist) s’est laissé séduire par le scénario conventionnel de Diablo Cody (Juno) dans ce drame familial où la musique omniprésente est au coeur de l’intrigue. Il manque toutefois un souffle neuf à ce récit classique sur le rachat et la rédemption d’une artiste vieillissante sans le sou encore troublée par des erreurs du passé. Le film n’échappe guère aux conventions du genre alors que le personnage principal cherche à se réconcilier avec elle-même et s’efforce de recoller les morceaux d’une famille brisée par la quête de gloire et de célébrité.

Si la première partie consacrée aux retrouvailles familiales entre le personnage titre et ses enfants se révèle un peu tiède, voire superficielle, le film prend son envol en seconde moitié alors que la musique occupe une place prépondérante. Discrète et à la limite du détachement jusque-là, la mise en scène de Demme s’anime et capte avec un certain bonheur les performances musicales de Ricki et de son groupe musical tandis que le récit arbore un ton beaucoup plus optimiste qu’au départ. Meryl Streep se révèle juste et à l’aise dans son rôle alors que le rockeur des années 1980 Rick Springfield étonne dans le rôle de son amant et guitariste de son groupe.

revuesequences.org

Sortie : Vendredi 7 août 2015
V.o. :  anglais

V.f. > Ricki and the Flash

Genre : Comédie dramatique – Origine : États-Unis – Année : 2014 – Durée : 1 h 41 – Réal. : Jonathan Demme – Int. : Mery Streep, Mamie Gummer, Kevin Kline, Rick Springfield, Sebastian Stan, Audra McDonald –  Dist. / Contact : Columbia.
Horaires :
@ Cineplex

CLASSIFICATION
Tout public

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. Mauvais. ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

The Fantastic Four

RÉSUMÉ SUCCINCT
Reed Richards et Ben Grimm sont des amis d’enfance passionnés de science. Devenus adultes, ils conçoivent un téléporteur. Leur invention est remarquée par le docteur Franklin Storm de l’Institut Baxter de New York. Reed et Ben sont invités à poursuivre leurs recherches dans cet établissement de haute technologie.

The Fantastic FourSANS
COMMENTAIRES

revuesequences.org

Sortie : Vendredi 7 août 2015
V.o. : anglais
V.f. > Les Quatre Fantastiques

Genre : Aventures fantastiques – Origine :  États-Unis – Année : 2015 – Durée : 1 h 40 – Réal. : Josh Trank – Int. : Miles Teller, Kate Mara, Michael B. Jordan, Toby Kabell, Jamie Bell, Reg E. Cathey – Dist. / Contact : Fox.
Horaires : @ Cineplex

CLASSIFICATION
Tout public
(Déconseillé aux jeunes enfants)

The Gift

RÉSUMÉ SUCCINCT
Simon décroche un emploi de rêve dans une grande firme de Los Angeles. Robyn, sa femme, partage son bonheur, et le couple quitte Chicago pour emménager dans sa nouvelle demeure sous le soleil de la Californie. Tout semble lui sourire jusqu’à ce qu’il tombe, par hasard, sur Gordo, un camarade de classe de Simon à l’école secondaire.

The Gift

BOMBE PSYCHOLOGIQUE À RETARDEMENT

Luc Chaput
CRITIQUE
★★★ ½

Un couple emménage dans une nouvelle maison sur une colline chic de Los Angeles. Cette maison est munie de nombreuses fenêtres qui permettent de voir la vallée en contrebas, Ils semblent unis et bientôt plus riches et célèbres peut-être. Une rencontre fortuite les amène à reconsidérer leurs vies et leurs passés.

La dernière séquence est dévastatrice pour certains
dans ce drame psychologique dont le dernier plan
représente aussi le réalisateur regardant son œuvre.

Sur le canevas du thriller psychologique, le scénariste Joel Edgerton (acteur reconnu dans The Great Gatsby, Zero Dark Thirty ou Exodus) élabore des variations intrigantes reliant l’hier et le présent, l’école secondaire et le milieu de travail. Jason Bateman emploie dans le rôle de Simon, l’administrateur qui monte, son capital de sympathie constitué depuis longtemps, entre autres dans Arrested Development, pour rendre son personnage encore plus intéressant face à Rebecca Hall qui, dans le rôle de Robyn, la consultante et conjointe attentionnée, trouve là un rôle à sa mesure.

Les divers niveaux sociaux et géographiques de la métropole califonienne sont très bien photographiées par Eduard Grau qui emploie à bon escient les points de fuite intérieurs et extérieurs. La musique n’est pas trop envahissante, contrairement à beaucoup de films de ce genre, remplacée ici par un forte utilisation des bruits ambiants. Le réalisateur Edgerton est bien servi par lui-même, acteur dans le rôle de Gordon, plus complexe qu’il n’y parait, dans cette histoire aux multiples surprises où l’absence de certaines pratiques d’enquête est expliquée plus tardivement. La dernière séquence est dévastatrice pour certains dans ce drame psychologique dont le dernier plan représente aussi le réalisateur regardant son œuvre.

revuesequences.org

Sortie : Vendredi 7 août 2015
V.o. : anglais
V.f. > Le Cadeau

Genre : Suspense – Origine : Australie / États-Unis – Année : 2015 – Durée : 1 h 49 – Réal. : Joel Edgerton – Int. : Jason Bateman, Rebecca Hall, Joel Edgerton, Tim Griffin, Allison Tolman, Beau Knapp – Dist. / Contact : Séville.
Horaires : @ Cineplex

CLASSIFICATION
Tout public
(Déconseillé aux jeunes enfants)

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

The Tribe

RÉSUMÉ SUCCINCT
Nouvellement arrivé dans un pensionnat pour sourds de Kiev, Serguey est recruté par un petit groupe d’étudiants qui font la loi dans l’établissement. Auteurs de larcins divers, ceux-ci se livrent à la contrebande et au vol à la tire. Leurs activités s’étendent aussi à la prostitution, puisqu’ils vendent les services de deux de leurs consoeurs aux camionneurs stationnés pour la nuit dans la région.

LE FILM DE LA SEMAINE

The Tribe_En salle

GRAND PRIX DE LA SEMAINE DE LA CRITIQUE
Festival de Cannes 2014

UNE DOUBLE OMERTÀ

François D. Prud’homme
CRITIQUE
★★★★

Véritable hommage au cinéma muet, manifestement inspiré
de la filmographie de Gus Van Sant et de Larry Clark,
The Tribe propose une sorte de métaphore
du système social et des jeux de pouvoir ukrainiens…

Malgré certaines longueurs dues au choix de faire un film de plus de deux heures entièrement joué par des comédiens sourds, muets et non professionnels, The Tribe est une œuvre à contre-courant qui bouleverse par l’impassibilité avec laquelle elle dépeint la violence, le sexe et les relations amoureuses dans une communauté essentiellement fermée sur elle-même. Parce qu’il refusait de traduire les nombreux dialogues signés par ses comédiens, parce qu’il ne voulait voir des sous-titres venir cannibaliser sa cinématographie, Myroslav Slaboshpytskiy s’est attardé longuement à dépeindre chacun des événements qui ponctuent les activités illicites de ces jeunes sourds d’une banlieue défavorisée de Kiev, parfois même un peu trop. Mais le jeu en vaut la chandelle et la patience est payante.

Véritable hommage au cinéma muet, manifestement inspiré de la filmographie de Gus Van Sant et de Larry Clark (on se souvient aussi de Kids écrit par un jeune new-yorkais de 19 ans appelé Harmony Korine), The Tribe propose une sorte de métaphore du système social et des jeux de pouvoir ukrainiens (selon le réalisateur lui-même) et estompe les différences culturelles ne serait-ce que pour un court instant, 132 minutes pour être précis. Et mieux encore que les deux cinéastes susnommés, Myroslav Slaboshpytskiy parvient à nous faire entrer dans cet univers d’autant plus inaccessible qu’il est fondamentalement lié par une double omerta : une loi du silence imposée par l’organisation criminelle formée par deux professeurs et plusieurs étudiants d’un pensionnat pour sourds-muets, et l’autre, celle qui nous est imposée par notre propre ignorance du langage des signes.

Et le plus étonnant dans toute cette aventure est que le réalisateur d’origine ukrainienne nous propose ici son premier long-métrage, récompensé entre autres par la 53e Semaine de la critique de Cannes.

revuesequences.org

Sortie : Vendredi 7 août 2015
V.o. : sans dialogue
V.f. [sans dialogue] > La Tribu / Plemya

Genre : Drame – Origine : Ukraine / Hollande – Année : 2014 – Durée : 2 h 12 – Réal. : Myroslav Slaboshpytskiy – Int. : Grigoriy Fesenko, Yana Novikova, Rosa Babiy, Alexander Dsiadevich, Alexander Osadchiy, Yaroslav Biletskiy– Dist. / Contact : EyeSteelFilm.
Horaires : @
Cinéma du Parc

CLASSIFICATION
Interdit aux moins de 16 ans
(Érotisme / Violence)

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. Mauvais. ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

Baahubali: The Beginning

30 juillet 2015

RÉSUMÉ SUCCINCT
Deux frères se disputent le trône du Royaume Mahishmathi. Première de deux parties d’une saga qui s’étale à travers deux générations.

Baahubali

ENTRE LA GRÂCE ET L’ENDURANCE

Élie Castiel
CRITIQUE
★★★★ ½

De l’indispensable cinéaste bollywoodien Sanjay Leela Bhansali, dont on se souviendra du splendide Devdas (2002) et du très séraphique Saawariya (2007), inspiré du roman de Dostoïevski, Les Nuits blanches, S. S. Rajamouli a sans doute retenu le goût spectaculaire pour l’épique et celui raffiné de l’intime. Mais d’autre part, Baahubali: The Beginning, qui aura une suite et fin, Baahubali: The Conclusion, en 2016, se permet avec diligence de tâter le terrain du péplum à la sauce indienne (héros mythique et puissant, combats titanesques, conflits familiaux, foi en la destinée divine… ). Le tout agrémenté de la musique omniprésente et majestueuse de M. M. Keerawani, nécessaire pour le déroulement d’un récit à la gloire de l’humanité. Sans oublier que d’une certaine façon, il évoque l’incompris Alexander d’Oliver Stone, notamment dans les séquences de bataille, magnifiquement chorégraphiées et orchestrées.

La direction photo de Senthil Kumar submerge
le film d’une aura magique où les éléments
de la nature prennent une place aussi symbolique
que manifestement tellurique, situant l’individu
dans un espace à la fois serein et astucieusement combatif.

Comme tout Bollywood qui se respecte, le récit comporte son lot de complications, heureusement résolues à la fin grâce notamment au montage suspendu de Venkasterwara Rao Kotagiri, alerte également tout le long du film. La direction photo de Senthil Kumar submerge le film d’une aura magique où les éléments de la nature prennent une place aussi symbolique que manifestement tellurique, situant l’individu dans un espace à la fois serein et agressivement combatif.

La beauté de Baahubali: The Beginning réside surtout dans l’approche spectaculaire que lui réserve un cinéaste tout à fait motivé par son projet. Ce qui ne l’empêche pas de conserver un regard personnel sur le cinéma. Ce côté binaire, qui le rapproche encore une fois de Bhansali augure bien un certain nouveau cinéma bollywoodien qui vise à prendre le spectateur plus au sérieux, tout en s’assurant de ne pas éclipser les ingrédients danses/chants, de plus en plus limités, au profit de narrations plus socialement et poliquement engagées. Cette stratégie de mise en marché peut s’avérer également préventive devant un cinéma indien indépendant de plus en plus agressif et bollywoodophobe.

Le pari de Rajamouli est ainsi gagné, faisant de cette première partie de deux d’une puissante saga un des films les plus excitants à nous parvenir de l’Inde cette année.

Mais une note aussi personnelle que pertinente : les films dits «ethniques» sont ignorés par les médias traditionnels, quotidiens ou hebdomadaires, et lorsque cité dans les horaires, ne sont même pas inscrits comme des «primeurs». La raison évoquée étant que ces produits s’adressent essentiellement aux groupes concernés. Mauvaise excuse parce souvent, des surprises s’annoncent sans crier gare, mais malheureusement laissées à l’abandon.

 revuesequences.org

Sortie : Vendredi 31 juillet 2015
Version originale : hindi, malayalam, télougou, tamoul
Sous-titres : anglais  > The One With Strong Arms

Suite

2026 © SÉQUENCES - La revue de cinéma - Tous droits réservés.