6 août 2015

Il va sans dire que Woody Allen se sent comme un poisson dans l’eau quand il s’agit de tergiverser avec des concepts philosophiques. Sa propension aux épanchements, ses éternels questionnements nous ont offert, par le passé, des morceaux d’anthologie. Chez ce réalisateur prolifique, le conflit se situe bien souvent entre le cœur et la raison; c’est ce qui justifie sans doute la quantité de dialogues livrée de façon débonnaire et naturelle par ses acteurs dans son tout dernier Irrational Man, où la philosophie sert de base pour mettre en scène les tribulations de ses personnages. Suite

De prime abord, Le Dep a tout d’un film casse-gueule. Son scénario est truffé de pièges qui, entre des mains moins expérimentées, auraient pu aboutir à un film profondément ennuyeux. Et pourtant, tout au long, on ressent la maîtrise et l’assurance de Sonia Bonspille Boileau. À regarder ce premier long métrage de fiction de la cinéaste d’origine mohawk, il n’est pas surprenant que ses premiers pas en réalisation se soient faits du côté du documentaire et de la télévision. Non pas car l’esthétique du Dep emprunterait à l’un ou l’autre, au contraire, le film accomplit l’exploit de rendre le seul emplacement du récit — un dépanneur de région — visuellement intéressant pour plus d’une heure. Non, la trace qu’on détecte de l’expérience documentaire de Bonspille Boileau est son rayonnant sens de l’économie ; elle parvient à faire tant avec si peu.
C’est un hold-up qui fait avancer le récit, une situation qui prendra de l’ampleur dramatique au cours du film et qui, par le fait même, fera planer une tension qui garde en haleine. Mais cette situation permettra surtout d’adresser astucieusement des thèmes sociaux beaucoup plus larges sans tomber dans le prêchi-prêcha. Car curieusement, on regarde davantage Le Dep pour apprendre les conditions qui auront mené au vol à main armée que pour découvrir le dénouement de celui-ci.
Voilà la force du film. En révélant les précédents historiques des personnages, en nous laissant deviner les cicatrices qui traversent la communauté innue, le cambriolage, cette action en apparence toute simple révèle soudainement la complexité des enjeux sociaux qui l’auront provoquée. Compte tenu de cela, il devient évident que la résolution du règlement de compte auquel on assiste n’inclura pas le policier, le seul personnage blanc du film. Comme lui, il y a trop qui nous échappe pour saisir l’étendue véritable de ce dont nous sommes ici témoins.
Genre : Drame psychologique – Origine : Canada [Québec] – Année : 2015 – Durée : 1 h 18 – Réal. : Sonia Bonspille Boileau – Int . : Eve Ringuette, Charles Buckell, Yan England, Marco Collin, Robert-Pierre Côté – Dist. / Contact : K-Films Amérique.
Horaires : @ Beaubien
CLASSIFICATION
Interdit aux moins de 13 ans
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

Grand amateur de musique et de documentaire, on comprend pourquoi le réalisateur Jonathan Demme (Stop Making Sense, The Agronomist) s’est laissé séduire par le scénario conventionnel de Diablo Cody (Juno) dans ce drame familial où la musique omniprésente est au coeur de l’intrigue. Il manque toutefois un souffle neuf à ce récit classique sur le rachat et la rédemption d’une artiste vieillissante sans le sou encore troublée par des erreurs du passé. Le film n’échappe guère aux conventions du genre alors que le personnage principal cherche à se réconcilier avec elle-même et s’efforce de recoller les morceaux d’une famille brisée par la quête de gloire et de célébrité.
Si la première partie consacrée aux retrouvailles familiales entre le personnage titre et ses enfants se révèle un peu tiède, voire superficielle, le film prend son envol en seconde moitié alors que la musique occupe une place prépondérante. Discrète et à la limite du détachement jusque-là, la mise en scène de Demme s’anime et capte avec un certain bonheur les performances musicales de Ricki et de son groupe musical tandis que le récit arbore un ton beaucoup plus optimiste qu’au départ. Meryl Streep se révèle juste et à l’aise dans son rôle alors que le rockeur des années 1980 Rick Springfield étonne dans le rôle de son amant et guitariste de son groupe.
Genre : Comédie dramatique – Origine : États-Unis – Année : 2014 – Durée : 1 h 41 – Réal. : Jonathan Demme – Int. : Mery Streep, Mamie Gummer, Kevin Kline, Rick Springfield, Sebastian Stan, Audra McDonald – Dist. / Contact : Columbia.
Horaires : @ Cineplex
CLASSIFICATION
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
SANSGenre : Aventures fantastiques – Origine : États-Unis – Année : 2015 – Durée : 1 h 40 – Réal. : Josh Trank – Int. : Miles Teller, Kate Mara, Michael B. Jordan, Toby Kabell, Jamie Bell, Reg E. Cathey – Dist. / Contact : Fox.
Horaires : @ Cineplex
CLASSIFICATION
Tout public
(Déconseillé aux jeunes enfants)

Un couple emménage dans une nouvelle maison sur une colline chic de Los Angeles. Cette maison est munie de nombreuses fenêtres qui permettent de voir la vallée en contrebas, Ils semblent unis et bientôt plus riches et célèbres peut-être. Une rencontre fortuite les amène à reconsidérer leurs vies et leurs passés.
Sur le canevas du thriller psychologique, le scénariste Joel Edgerton (acteur reconnu dans The Great Gatsby, Zero Dark Thirty ou Exodus) élabore des variations intrigantes reliant l’hier et le présent, l’école secondaire et le milieu de travail. Jason Bateman emploie dans le rôle de Simon, l’administrateur qui monte, son capital de sympathie constitué depuis longtemps, entre autres dans Arrested Development, pour rendre son personnage encore plus intéressant face à Rebecca Hall qui, dans le rôle de Robyn, la consultante et conjointe attentionnée, trouve là un rôle à sa mesure.
Les divers niveaux sociaux et géographiques de la métropole califonienne sont très bien photographiées par Eduard Grau qui emploie à bon escient les points de fuite intérieurs et extérieurs. La musique n’est pas trop envahissante, contrairement à beaucoup de films de ce genre, remplacée ici par un forte utilisation des bruits ambiants. Le réalisateur Edgerton est bien servi par lui-même, acteur dans le rôle de Gordon, plus complexe qu’il n’y parait, dans cette histoire aux multiples surprises où l’absence de certaines pratiques d’enquête est expliquée plus tardivement. La dernière séquence est dévastatrice pour certains dans ce drame psychologique dont le dernier plan représente aussi le réalisateur regardant son œuvre.
Genre : Suspense – Origine : Australie / États-Unis – Année : 2015 – Durée : 1 h 49 – Réal. : Joel Edgerton – Int. : Jason Bateman, Rebecca Hall, Joel Edgerton, Tim Griffin, Allison Tolman, Beau Knapp – Dist. / Contact : Séville.
Horaires : @ Cineplex
CLASSIFICATION
Tout public
(Déconseillé aux jeunes enfants)
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

Malgré certaines longueurs dues au choix de faire un film de plus de deux heures entièrement joué par des comédiens sourds, muets et non professionnels, The Tribe est une œuvre à contre-courant qui bouleverse par l’impassibilité avec laquelle elle dépeint la violence, le sexe et les relations amoureuses dans une communauté essentiellement fermée sur elle-même. Parce qu’il refusait de traduire les nombreux dialogues signés par ses comédiens, parce qu’il ne voulait voir des sous-titres venir cannibaliser sa cinématographie, Myroslav Slaboshpytskiy s’est attardé longuement à dépeindre chacun des événements qui ponctuent les activités illicites de ces jeunes sourds d’une banlieue défavorisée de Kiev, parfois même un peu trop. Mais le jeu en vaut la chandelle et la patience est payante.
Véritable hommage au cinéma muet, manifestement inspiré de la filmographie de Gus Van Sant et de Larry Clark (on se souvient aussi de Kids écrit par un jeune new-yorkais de 19 ans appelé Harmony Korine), The Tribe propose une sorte de métaphore du système social et des jeux de pouvoir ukrainiens (selon le réalisateur lui-même) et estompe les différences culturelles ne serait-ce que pour un court instant, 132 minutes pour être précis. Et mieux encore que les deux cinéastes susnommés, Myroslav Slaboshpytskiy parvient à nous faire entrer dans cet univers d’autant plus inaccessible qu’il est fondamentalement lié par une double omerta : une loi du silence imposée par l’organisation criminelle formée par deux professeurs et plusieurs étudiants d’un pensionnat pour sourds-muets, et l’autre, celle qui nous est imposée par notre propre ignorance du langage des signes.
Et le plus étonnant dans toute cette aventure est que le réalisateur d’origine ukrainienne nous propose ici son premier long-métrage, récompensé entre autres par la 53e Semaine de la critique de Cannes.
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Genre : Drame – Origine : Ukraine / Hollande – Année : 2014 – Durée : 2 h 12 – Réal. : Myroslav Slaboshpytskiy – Int. : Grigoriy Fesenko, Yana Novikova, Rosa Babiy, Alexander Dsiadevich, Alexander Osadchiy, Yaroslav Biletskiy– Dist. / Contact : EyeSteelFilm.
Horaires : @ Cinéma du Parc
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Interdit aux moins de 16 ans
(Érotisme / Violence)
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
30 juillet 2015

De l’indispensable cinéaste bollywoodien Sanjay Leela Bhansali, dont on se souviendra du splendide Devdas (2002) et du très séraphique Saawariya (2007), inspiré du roman de Dostoïevski, Les Nuits blanches, S. S. Rajamouli a sans doute retenu le goût spectaculaire pour l’épique et celui raffiné de l’intime. Mais d’autre part, Baahubali: The Beginning, qui aura une suite et fin, Baahubali: The Conclusion, en 2016, se permet avec diligence de tâter le terrain du péplum à la sauce indienne (héros mythique et puissant, combats titanesques, conflits familiaux, foi en la destinée divine… ). Le tout agrémenté de la musique omniprésente et majestueuse de M. M. Keerawani, nécessaire pour le déroulement d’un récit à la gloire de l’humanité. Sans oublier que d’une certaine façon, il évoque l’incompris Alexander d’Oliver Stone, notamment dans les séquences de bataille, magnifiquement chorégraphiées et orchestrées.
Comme tout Bollywood qui se respecte, le récit comporte son lot de complications, heureusement résolues à la fin grâce notamment au montage suspendu de Venkasterwara Rao Kotagiri, alerte également tout le long du film. La direction photo de Senthil Kumar submerge le film d’une aura magique où les éléments de la nature prennent une place aussi symbolique que manifestement tellurique, situant l’individu dans un espace à la fois serein et agressivement combatif.
La beauté de Baahubali: The Beginning réside surtout dans l’approche spectaculaire que lui réserve un cinéaste tout à fait motivé par son projet. Ce qui ne l’empêche pas de conserver un regard personnel sur le cinéma. Ce côté binaire, qui le rapproche encore une fois de Bhansali augure bien un certain nouveau cinéma bollywoodien qui vise à prendre le spectateur plus au sérieux, tout en s’assurant de ne pas éclipser les ingrédients danses/chants, de plus en plus limités, au profit de narrations plus socialement et poliquement engagées. Cette stratégie de mise en marché peut s’avérer également préventive devant un cinéma indien indépendant de plus en plus agressif et bollywoodophobe.
Le pari de Rajamouli est ainsi gagné, faisant de cette première partie de deux d’une puissante saga un des films les plus excitants à nous parvenir de l’Inde cette année.
Mais une note aussi personnelle que pertinente : les films dits «ethniques» sont ignorés par les médias traditionnels, quotidiens ou hebdomadaires, et lorsque cité dans les horaires, ne sont même pas inscrits comme des «primeurs». La raison évoquée étant que ces produits s’adressent essentiellement aux groupes concernés. Mauvaise excuse parce souvent, des surprises s’annoncent sans crier gare, mais malheureusement laissées à l’abandon.
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