17 mai 2018
La cinéaste et comédienne Tonie Marshall trouve dans le mouvement #metoo un terrain de jeu idéal pour revamper le portrait de la femme moderne qui a souvent occupé ses précédentes réalisations (Vénus beauté, France Boutique, Passe Passe, entre autres). Moins léger que les films précités, Numéro Une repose sur le visage d’une quarantenaire avisée, presque aussi retorse que ses confrères masculins. Les moments de doute, la difficulté de concilier travail et famille sont également représentés, de même que les embûches rencontrées et le sexisme répété des hommes. À travers le personnage d’Emmanuelle Blachey, cadre supérieure d’une entreprise du domaine de l’énergie, on pense à Marie Alice Lauvergnon d’Aréva, groupe nucléaire public, ainsi qu’aux très rares dirigeantes de multinationales hexagonales.
Si l’hommage bien senti à ces femmes de pouvoir est louable et sonne juste, à quelques petites insistances près, l’ensemble ne laisse cependant qu’un souvenir diffus. La distance qui se créé avec le spectateur est due à un récit aux développements très techniques et à des échanges froids entre les différents protagonistes qui n’aident en rien à faire germer l’émotion. Dans cette intrigue aux ramifications complexes, l’incertitude quant aux combats à mettre en priorité donne à cette œuvre une sensation d’indécision permanente.
Ni chronique sociale, ni drame intimiste, ni critique de la raison d’État et encore moins farce satirique, le film hésite, reste en flottement. À force de ne pas oser s’écarter d’un sentier somme tout assez étroit, l’identité se noie, le rythme se perd au risque d’ennuyer. Saluons toutefois le travail remarquable des comédiens, tous parfaitement à l’aise dans des rôles taillés à leur mesure. En tête de liste, Emmanuelle Devos domine son personnage peu amène et se révèle toujours aussi sensible et nuancée.
↓Réalisation
Tonie Marshall
Genre : Drame
Origine : France
Année : 2017
Durée : 1 h 50
Dist. : Axia Films
Horaires & info.
@ Cinéma Beaubien – Cineplex
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]
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Qu’est-il arrivé à Wim Wenders? Qu’il montre une admiration pour le Souverain pontife n’est pas la question, mais qu’il évite de lui poser les vraies questions sur l’état du monde aujourd’hui en est une autre. Pope Francis: A Man of His Word serait-il « arrangé avec le gars des vues », ne suscitant aucune surprise pour le Saint-Père… et pour nous?
Force est cependant de reconnaître qu’en adoptant son pontificat selon la doctrine humaniste de Saint-François d’Assise, les paroles du pape résonnent bien au sujet des problématiques que nous connaissons déjà : la foi spirituelle a été remplacée par la croyance face au pouvoir de l’argent, la Terre a été laissée à l’abandon, les injustices sociales sont monnaie courante, et 20% de la population mondiale possède 80% des richesses.
Pour pallier le manque de rigueur narrative, on peut succomber devant la richesse de certains plans, notamment ceux des visages d’une foule d’admirateurs du pape. Profils d’une humanité exprimant le souhait d’une lueur d’espoir venant d’un être supérieur et le profond désir de l’accomplissement d’une vie meilleure.
Ces plans, faut-il l’avouer, sans parfois déchirants, et Wenders en est conscient. Mais sur les sujets controversés, comme la question LGBTQ, à peine quelques mots venant du souverain. Après tout, il s’agit d’un homme d’Église! Idem pour la pédophilie au sein de l’Église, même s’il en dit plus sur la question. Sur les femmes, le néant, à moins que quelques mots nous aient échappés. Les autres confessions sont abordées équitablement et respectueusement et le « vivre ensemble » confessionnel est évoqué. Il dira que les trois religions monothéistes partagent la même particularité : nous sommes les fils d’Abraham. Le reste, c’est de l’Histoire.
Beau portrait d’un pape humaniste fréquemment filmé en plan frontal. Cependant, le film n’est que la simple illustration d’un personnage illustre. Du cinéaste de Paris, Texas, on s’attendait à quelque chose de plus solidement viscéral.

Réalisation
Wim Wenders
Genre : Documentaire
Origine : Italie / Allemagne / France / Suisse
Année : 2018
Durée : 1 h 36
Dist. : Universal Pictures
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]
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Réalisation
Raja Gosnell
Genre : Comédie
Origine : États-Unis / Grande-Bretagne
Année : 2018
Durée : 1 h 34
Dist. : Les Films Séville
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Tout public
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11 mai 2018
Le redoutable est l’un des films qui a le plus divisé la Croisette l’an dernier. Avec cette adaptation du roman d’Anne Wiazemsky, traitant du mariage de l’auteure avec le cinéaste Jean-Luc Godard en 1967 et de son échec quelques années plus tard, Michel Hazanavicius s’est attaqué, non sans risques, à un véritable monument du cinéma d’auteur. Il en résulte un film controversé. Non seulement écorche-t-il un artiste jugé par plusieurs intouchable mais il le présente comme un être passablement ridicule, détestable et hypocrite.
Or, comme le dit Godard lui-même dans le film, il ne faut pas être trop sentimental. Si le film fait un mauvais sort à la personne de Godard dans sa vilaine description, il est également très drôle et impeccablement interprété par Louis Garrel, d’une étonnante ressemblance et franchement désopilant. En fait, sur le fond, Hazanavicius nous offre une ode fort sympathique au cinéaste de Pierrot le fou et du Mépris.
Expert du pastiche, Hazanavicius a bourré son film de références et d’hommages au cinéma de Godard, à ses techniques, à son langage cinématographique. Slogans sur les murs, travellings, sous-titres révélant les réelles pensées des personnages, séquence en noir et blanc négatif, et plus encore. Tout y est. Le tout livré toujours avec un petit sourire en coin et une bonne dose de dérision, pour ne pas tomber dans l’hommage idolâtrique non plus. C’est d’ailleurs ce même humour dérisoire, propre au cinéma d’Hazanavicius, jouant souvent sur le ridicule, qui confère au film sa légèreté et désamorce l’attaque envers le personnage de Godard.
Malgré sa légèreté, Le redoutable arrive à présenter à l’écran un conflit de valeurs intéressant. Car au cœur de l’univers du réalisateur de la Nouvelle Vague s’opposaient à cette époque cinéma et politique, deux mondes à son avis incompatibles. Il propose des réflexions, sommaires certes, mais tout de même pertinentes sur le cinéma, l’art, l’intellectualisme. Ce sont des débats qui n’ont pas fini d’alimenter les conversations des intellectuels encore aujourd’hui.
Finalement, avec le Paris de mai 68 en trame de fond, le film entraîne le spectateur dans une époque fascinante qui fait une large place au militantisme et au cinéma, deux puits sans fond d’inspiration. Le traitement pop ultra léger peut surprendre, compte tenu de la tension qui animait l’époque, mais il est en concordance avec le meilleur du cinéma de Hazanavicius, toujours plus réussi justement dans la légèreté (on pense aux mordants OSS 117) que dans le lourd mélodrame (on préfère oublier le pénible The Search). Il signe donc, une fois de plus, un pastiche de qualité comme il sait si bien les faire.

Réalisation
Michel Hazanavicius
Genre : Chronique biographique – Origine : Italie / France / Birmanie – Année : 2017 – Durée : 1 h 47 – Dist. : MK2 | Mile End
Horaires & info.
@ Cinéma Beaudien – Cinéma du Parc
Classement
Tout public
(Déconseillé aux jeunes enfants)
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]
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