En salle à Montréal

Le redoutable

11 mai 2018

| PRIMEUR |
Semaine du 11 au 17 mai 2018

RÉSUMÉ SUCCINCT
La regrettée Anne Wiazemsky a été la compagne de JLG pendant un temps. Dans le film de Hazanavicius, adapté en partie de l’ouvrage de l’actrice, Godard est présenté dans un nouveau processus de création alors qu’il s’intéresse de plus en plus à la politique et radicalise son style. La comédienne le suit dans cette démarche.

LE FILM DE LA SEMAINE
| Jules Couturier |

★★★ ½

HOMMAGE À DOUBLE TRANCHANT

Le redoutable est l’un des films qui a le plus divisé la Croisette l’an dernier. Avec cette adaptation du roman d’Anne Wiazemsky, traitant du mariage de l’auteure avec le cinéaste Jean-Luc Godard en 1967 et de son échec quelques années plus tard, Michel Hazanavicius s’est attaqué, non sans risques, à un véritable monument du cinéma d’auteur. Il en résulte un film controversé. Non seulement écorche-t-il un artiste jugé par plusieurs intouchable mais il le présente comme un être passablement ridicule, détestable et hypocrite.

Or, comme le dit Godard lui-même dans le film, il ne faut pas être trop sentimental. Si le film fait un mauvais sort à la personne de Godard dans sa vilaine description, il est également très drôle et impeccablement interprété par Louis Garrel, d’une étonnante ressemblance et franchement désopilant. En fait, sur le fond, Hazanavicius nous offre une ode fort sympathique au cinéaste de Pierrot le fou et du Mépris.

Expert du pastiche, Hazanavicius a bourré son film de références et d’hommages au cinéma de Godard, à ses techniques, à son langage cinématographique. Slogans sur les murs, travellings, sous-titres révélant les réelles pensées des personnages, séquence en noir et blanc négatif, et plus encore. Tout y est. Le tout livré toujours avec un petit sourire en coin et une bonne dose de dérision, pour ne pas tomber dans l’hommage idolâtrique non plus. C’est d’ailleurs ce même humour dérisoire, propre au cinéma d’Hazanavicius, jouant souvent sur le ridicule, qui confère au film sa légèreté et désamorce l’attaque envers le personnage de Godard.

Tout y est. Le tout livré toujours avec un petit sourire
en coin et une bonne dose de dérision, pour
ne pas tomber dans l’hommage idolâtrique non plus.

Malgré sa légèreté, Le redoutable arrive à présenter à l’écran un conflit de valeurs intéressant. Car au cœur de l’univers du réalisateur de la Nouvelle Vague s’opposaient à cette époque cinéma et politique, deux mondes à son avis incompatibles. Il propose des réflexions, sommaires certes, mais tout de même pertinentes sur le cinéma, l’art, l’intellectualisme. Ce sont des débats qui n’ont pas fini d’alimenter les conversations des intellectuels encore aujourd’hui.

Finalement, avec le Paris de mai 68 en trame de fond, le film entraîne le spectateur dans une époque fascinante qui fait une large place au militantisme et au cinéma, deux puits sans fond d’inspiration. Le traitement pop ultra léger peut surprendre, compte tenu de la tension qui animait l’époque, mais il est en concordance avec le meilleur du cinéma de Hazanavicius, toujours plus réussi justement dans la légèreté (on pense aux mordants OSS 117) que dans le lourd mélodrame (on préfère oublier le pénible The Search). Il signe donc, une fois de plus, un pastiche de qualité comme il sait si bien les faire.

Sortie : vendredi 11 mai 2018
V.o. : français; s.-t.a.
Godard Mon Amour

Réalisation
Michel Hazanavicius

Genre : Chronique biographique – Origine : Italie / France / Birmanie – Année : 2017 – Durée : 1 h 47 – Dist. : MK2 | Mile End

Horaires & info.
@ Cinéma BeaudienCinéma du Parc

Classement
Tout public
(Déconseillé aux jeunes enfants)

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]

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