31 mai 2018
Dans la veine de la trilogie des Quatsi de Godfrey Reggio (1982, 1988 et 2002) et, plus proche de nous, des films de Ron Fricke (Chronos, Baraka, Samsara), le film canadien Metamorphosis nous amène, par la voie de splendides et terribles images, sur la traces des changements climatiques. Comment les feux de forêts, cyclones, désertification, inondations affectent-ils les personnes et les communautés qui en sont les victimes ? Perdre l’eau qui alimentait la vallée où votre communauté habite depuis des générations pour approvisionner d’eau les piscines de Los Angeles, perdre l’un des gigantesques banyans qui servait de refuge à votre famille durant les cyclones, perdre sa ville, son île parce que l’eau monte… De Venise au Vanuatu, aucun peuple sur la Terre ne peut se considérer comme épargné par cette crise, potentiellement la plus grave de l’histoire humaine connue.
Contrairement aux films de Reggio et Fricke, dont l’approche était essentiellement non-narrative et spirituelle1, l’œuvre de Nova Ami et de Velcrow Ripper aborde une réflexion sur les possibilités de transformations intrinsèques à la crise, utilisant pour cela l’image récurrente du papillon monarque. Serons-nous capables, telle la chenille qui pousse des ailes, de changements radicaux dans nos façons de consommer, de construire, de nous nourrir ? Le film offre, et c’est l’une de ses grâces, des solutions innovatrices et audacieuses, en plus de poser la question de « l’engourdissement psychique », c’est-à-dire de l’empressement à détourner les yeux devant l’immensité de la crise.
En 1992, année de la sortie de Baraka, Hubert Reeves publiait L’heure de s’enivrer, ouvrage dans lequel il posait la question du sens de l’Univers. La réponse de Reeves résidait dans l’ivresse vis-à-vis de la beauté du monde. Metamorphosis répond à cette question de façon un peu différente: la vie humaine trouvera son sens à travers sa survivance. Notre existence collective trouvera son but – et donnera sens à l’Univers, dans la mesure où l’être humain parviendra à s’intégrer harmonieusement au sein des écosystèmes terrestres et d’être capable de faire le deuil des pertes inévitables que nous subirons, en faisant l’éloge de ce que nous chérissons. S’enivrer de la beauté du monde, non plus par philosophie, mais pour notre propre survie.
Un film à voir et à faire voir.
1 Le mot berakha est une bénédiction dans le judaïsme, tandis que dans l’islam, le terme baraka, très proche, représente la force divine bénéfique qui traverse les sphères physiques et spirituelles. Et pour les fans de Bob Morane, la baraka, c’est la chance, tout court.

Réalisation
Nova Ami
Velcrow Ripper
Sortie
vendredi 1er juin 2018
Version originale
anglais ; s.-t.f.
Métamorphose
Genre : Drame politique
Origine : Canada
Année : 2018
Durée : 1 h 25
Dist. : Imtiaz Mastan
Horaires & info.
@ ONF
(Office national du film)
Classement
Tout public
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MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Mauvais.
½ [Entre-deux-cotes]
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Dans le drame et la comédie russe, encore plus chez Tchekhov, la mélancolie sert de lien entre la réalité, parfois idéalisée, des personnages et leur drame, entre le collectif et l’individualité exacerbée. Autre époque que ce récit dans une Russie tsariste en voie de disparition où tout le monde est à sa place. Histoires d’amour(s), de conquêtes, de jalousie(s), de trahisons. On aime celui ou celle qui ne partage pas les mêmes sentiments à notre égard.
Terreau narratif magnifiquement suprême pour tout récit théâtral ou cinématographique. Pour Michael Mayer, At Home at the End of the World (2004), signe ici une mise en abyme, oscillant entre la célèbre pièce de l’auteur russe et la comédie dramatique sentimentale qu’est le film.
Les va-et-vient délirants entre ceux qu’on croit aimer et ce qui nous aiment vraiment devient source d’une incroyable direction d’acteurs où chacun et chacune, sans exception, doit construire un personnage.
Telle une Melina Mercouri jouant pour Jules Dassin, Annette Bening prouve jusqu’à quel point l’âge n’a aucune importance dans l’art de l’interprétation. Si elle s’empare de cet environnement bucolique en forme de huis clos, c’est pour mieux saisir l’instant, car chacune des ses prestations est un véritable tour de force. En arrière-plan, mais prouvant qu’elle se dirige vers une carrière plus que prometteuse, Saoirse Ronan, resplendissante d’énergie et d’opportunisme, réussit, elle aussi, son multiple registre dans un rôle à sa mesure.
Dans cet endroit perdu de la campagne russe, tout le beau il est beau, tout le monde il est gentil… ou méchant. C’est de la nature humaine que Tchekhov parle. Et Michael Mayer en est le digne ambassadeur.
Les hommes, quant à eux, dans tout cet amoncellement de petits et gros drames du quotidien… des êtres passifs, sans colonne vertébrale, tout au mieux hédoniste, attendant que « la maman ou la putain », axiome fort heureusement disparu de nos jours, lui donne des forces pour continuer à exister.
Réalisation
Michael Mayer
Sortie
vendredi 1er juin 2018
Version originale
anglais
Genre : Drame
Origine : États-Unis
Année : 2017
Durée : 1 h 38
Dist. : Métropole Films
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Tout public
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MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Mauvais.
½ [Entre-deux-cotes]
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Effectivement, il y a dans Tout le monde debout, le premier long métrage de Franck Dubocs, (inutile de nommer ses films comme comédien, vous avez sans doute vu plusieurs parmi ses plus de soixante), un laisser-aller indigeste face à un personnage qui n’apporte absolument rien à l’intrigue, et sourtout joué par un comédien habitué aux rôles plutôt machistement méditerranéens, ici sans aucune conviction, voire même sans aucune envie d’aller plus loin. Le cinéma français a toujours eu de grandes difficultés à aborder le thème de l’homosexualité sans éviter la caricature extrême ou au contraire, le côté ostentatoire de mauvais aloi (Les nuits sauvages du regretté Cyril Collard ou encore Théo et Hugo dans le même bateau, du duo Olivier Ducastel et Jacques Martineau, tous les deux, par ailleurs, de très beaux films). Outrage forcément réparé légitimement par le récent 120 battements par minute (Festival de Cannes 2017).
Reste alors le film en soit, Tout le monde debout, une comédie sentimentale aux amours improbables entre un dragueur impénitent un peu misogyne d’un âge depuis longtemps révolu (ou l’est-ce vraiment ?) et une paraplégique, magnifiquement interprétée par Alexandra Lamy, intègre, superlative, s’acquitant de sa tâche ingrate avec une simplicité déconcertante.
Elsa Zylberstein mérite mieux et finalement, comme il se doit, Dubocs se donne un rôle, le premier, montrant jusqu’à quel point il peut être à l’aise devant et derrière caméra. À l’aise ? Grande question qu’on se pose durant toute la projection d’un premier essai recroquevillé sur lui-même, sauvé in extremis par une ou deux séquences émouvantes, dont celle du souper romantique à deux aquatique, et le regard attendrissant et égalitaire que Dubocs pose sur les personnes handicapées, sans tambours ni trompettes, avec toute la tendresse du monde.

Réalisation
Franck Dubocs
Sortie
vendredi 1er juin 2018
Version originale
français
Genre : Comédie sentimentale
Origine : France / Belgique
Année : 2018
Durée : 1 h 48
Dist. : A-Z Films
Horaires & info.
@ Cinéma Beaubien – Cineplex
Classement
Tout public
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MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Mauvais.
½ [Entre-deux-cotes]
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Réalisation
Shashanka Ghosh
Sortie
vendredi 1er juin 2018
Version originale
hindi ; s.-t.a.
My Best Friend’s Wedding
Genre : Comédie romantique
Origine : Inde
Année : 2018
Durée : 2 h 03
Dist. : Imtiaz Mastan
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Tout public
(Déconseillé aux jeunes enfants)
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24 mai 2018
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