En salle à Montréal

Gauguin : Voyage de Tahiti

24 mai 2018

| PRIMEUR |
Semaine 21
du 25 au 31 mai 2018

RÉSUMÉ SUCCINCT
En 1891, découragé de ne pas vivre de son art, le peintre Paul Gauguin abandonne femme et enfants et quitte Paris pour Tahiti. Victime d’un infarctus, il est traité dans un dispensaire par le Dr Henri Vallin, qui lui conseille de rentrer en France. Gauguin fait plutôt le contraire : il se rend seul en montagne, dans le but de mener son projet de communion avec la nature jusqu’au bout.

CRITIQUE
| Élie Castiel |

★★★

Portrait de l’artiste en vieux peintre

Il est diabétique et a l’air de ne pas trop s’en faire, ne pensant qu’à la peinture et plus encore revendiquant la reconnaissance qu’il aurait bien dû mériter de son vivant. Cela ne l’arrête pas pour autant de créer, une façon comme une autre de survivre, mais grâce à sa femme qui s’occupe seule de ses cinq enfants. La Polynésie, un exil qu’il s’impose pour quitter une capitale française qui ne l’inspire plus. Et pour le réalisateur, un voyage de Tahiti et non pas à Tahiti, comme si la préposition de prenait un détour pour s’approprier cet endroit de prédilection.

Filmer Paul Gauguin est ici un étrange dialogue qui dépasse de loin la biographie, un champ-contrechamp entre le peintre, son vécu et le lien qui les unit. C’est aussi la rencontre entre un homme, pour l’époque, déjà âgé, et une muse de 13 ans. Sujet on ne peut plus controversé de nos jours, et aussi à la fin du 19e siècle, on suppose.

Filmer Paul Gauguin est ici un étrange dialogue qui
dépasse de loin la biographie, un champ-contrechamp
entre le peintre, son vécu et le lien qui les unit.

Mais plus que tout, en se concentrant sur cet épisode dans la vie de l’artiste, Deluc se permet d’être lui-même peintre-cinéaste en brossant un tableau impressionniste de son sujet. Cela se voit dans les nombreux plans rapprochés, les très gros plans des yeux et du regard de l’artiste, un homme pris entre ses instincts impulsifs et la nature sauvage d’un milieu virginal qu’il semble apprivoiser.

Ses toiles polynésiennes seront sans doute ses meilleures. Mais il mourra quasi dans la misère en 1903, justement aux îles Marquises, en Polynésie française. Comme quoi , sans toucher le petit bout du doigt, ce sont ceux qui restent qui récoltent les fruits de la création. Mais Gauguin, l’Homme ? Fidèle à l’instinct colonisateur de la France ? Au contraire, dénonciateur de cette idéologie ? Où est la vérité même si Deluc montre l’artiste sous un jour neutre, le peignant comme un esprit libre, hors de toute contraintes morales ou matérielles. Et ses rapports avec les autochtones sont plutôt harmonieux.

Sur ce point, Vincent Cassel n’a jamais été aussi convaincant, précipité dans le corps et l’esprit d’un créateur rebelle et passionné, dans un paysage sauvage magnifiquement filmé.

Sortie vendredi 25 mai 2018
V.o. : anglais ; s.-t.f.
Gauguin in Tahiti

Réalisation
Edouard Deluc

Genre : Drame biographique
Origine : France
Année : 2017
Durée : 1 h 41
Dist. :  MK2 | Mile End

Horaires & info.
@ Cinéma BeaubienCineplex

Classement
Tout public

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel.  ★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon.
★★ Moyen.  Mauvais.
½ [Entre-deux-cotes]

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