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Fahrenheit 11/9

20 septembre 2018

| PRIMEUR |
Semaine 38
Du 21 au 27 septembre 2018

RÉSUMÉ SUCCINCT
Regard acerbe sur le Président des États-Unis, Donald Trump. Signé par nul autre que Michael Moore.

CRITIQUE
[ Anne-Christine Loranger ]

 ★★★★

L’AMÉRIQUE 9-1-1

Au fil des années, Michael Moore nous a habitué à son style de question délibérément naïf, à ses montages corrosifs et à sa façon extravagante de prendre position. En tant que cinéaste, il fait rarement fausse route, même si on peut contester certaines de ses analyses. Fahrenheit 11/9 ramène tous les éléments chers aux fans, en y ajoutant pour la première fois un élément d’auto-critique face à Trump. Surtout, en laissant davantage la parole à ses intervenants. Le résultat a l’effet d’un bulldozer.

En 2016, alors que tous les sondages donnaient la victoire d’Hillary, Moore fut l’un des rares à prédire celle de Trump. Tandis que des images de démocrates catastrophés le soir du 8 novembre déferlent à l’écran, le cinéaste interroge « Comment diable en sommes-nous arrivés là !  ». Son film porte sur les conditions qui ont mené à cette victoire, en tirant autant et plus sur les démocrates que les républicains. Moore ne se gêne pas pour critiquer l’apathie libérale et la dérive à droite de l’intelligentsia du parti démocrate, de Bill Clinton à Barack Obama.

Moore est particulièrement habile dans sa volonté de sonner
l’alarme de l’autocratie trumpienne, en comparant le discours nazi
à celui du Président et en exposant ses stratégies de communication.

Il critique amèrement le soutien d’Obama à Rick Snyder, le gouverneur républicain du Michigan, lors du scandale de l’eau potable à Flint, ville natale de Moore. Dix mille enfants y avaient été empoisonnés au plomb à cause des manœuvres capitalistes de Snyder, qui alla jusqu’à demander de faire falsifier les tests, tout en permettant à GM de bénéficier d’eau propre parce que l’eau contaminée corrodait les carrosseries de leurs voitures fabriquées à Flint. Et le Michigan démocrate vota pour Trump…

Moore est particulièrement habile dans sa volonté de sonner l’alarme de l’autocratie trumpienne, en comparant le discours nazi à celui du Président et en exposant ses stratégies de communication. En même temps, son film est enlevant alors qu’il célèbre la force des mouvements populaires, en donnant pour exemple les jeunes activistes de Parkland militant pour le contrôle des armes à feu et la grève des enseignants à West Virginia, qui obtinrent gain de cause à force d’acharnement et entraînèrent tout le pays. Fahrenheit 11/9 demeure cependant un signal d’urgence, tel un numéro 911 pour l’Amérique : « Dépêchez-vous, la tyrannie est à vos portes et vous menace ! Agissez ! »

Sortie
Vendredi 21 septembre 2018

V.o.
anglais; s.-t.f.
Fahrenheit 11/9

Réal.
Michael Moore

Genre
Documentaire

Origine
États-Unis

Année : 2018 – Durée : 2 h

Dist.
TVA Films.

Horaires & info. @
Cinéma du Parc
Cineplex

Classement
Tous publics

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul
½ [Entre-deux-cotes]

Gueule d’ange

| PRIMEUR |
Semaine 38
Du 21 au 27 septembre 2018

RÉSUMÉ SUCCINCT
Une jeune femme vit seule avec sa fille de huit ans. Une nuit, après une rencontre en boîte de nuit, la mère décide de partir, laissant son enfant livrée à elle-même.

CRITIQUE
| Jean Beaulieu |

★★ ½

MÈRE INDIGNE, FILLE PERDUE

Premier long métrage de Vanessa Filho, photographe, vidéaste et musicienne établie, Gueule d’ange ne remplit pas toutes ses promesses. Alors que ce récit d’une fillette laissée à elle-même par une mère irresponsable, narcissique et égoïste (campée par une Marion Cotillard presque méconnaissable, qui en rajoute) pouvait laisser entrevoir un Florida Project hexagonal, du fait de son sujet et ses images aux couleurs saturées, nous nous trouvons plutôt en présence d’un mélodrame qui se termine pratiquement sur une note disneyenne (d’un tout autre ordre que dans le film de Sean Baker).

Pourtant, la réalisatrice démontre un certain doigté, comme en témoigne sa mise en scène rigoureuse, suivant à bras le corps les péripéties de sa jeune héroïne et de sa mère erratique, avec une caméra à l’épaule qui les traque sans répit dans le style des frères Dardenne. Aussi, dirige-t-elle de façon remarquable la petite Ayline Aksoy-Etaix (très convaincante et naturelle dans le rôle d’Elli, 8 ans), réussissant à maintenir son jeu crédible, à quelques exceptions près, dans des paramètres qui pourraient facilement se révéler trop grands pour elle.

Le dénouement surdramatisé précipite inutilement Gueule d’ange
dans les pièges du spectaculaire ou du « réalisme magique »,

alors que tout ce qui précédait tendait vers un naturalisme troublant.

C’est toutefois sur le plan du scénario que le bât blesse, surtout dans la seconde moitié du film. Après une montée dramatique efficace montrant la fillette s’enliser dans un comportement calqué sur celui de sa mère, à la suite de la démission de celle-ci, le film pêche par excès de bons sentiments, avec cette figure paternelle de substitution (Albert Lenoir, néanmoins très juste) trouvée in extremis pour relancer l’intrigue, ainsi que par quelques invraisemblances facilement escamotées. Le dénouement surdramatisé précipite inutilement Gueule d’ange dans les pièges du spectaculaire ou du « réalisme magique », alors que tout ce qui précédait tendait vers un naturalisme troublant.

Sortie
Vendredi 21 septembre 2018

V.o.
français


Réal.
Vanessa Filho

Genre
Drame

Origine
États-Unis

Année : 2018 – Durée : 1 h 51

Dist.
Axia Films.

Horaires & info. @
Cinéma Beaubien
Cineplex

Classement
Interdit aux moins de 13 ans

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul
½ [Entre-deux-cotes]

La disparition des lucioles

| PRIMEUR |
Semaine 38
Du 21 au 27 septembre 2018

RÉSUMÉ SUCCINCT
Léonie, dite Léo, vient d’avoir 17 ans. L’année scolaire s’achève et sa mère, qui a refait sa vie avec un animateur de radio d’opinion, la presse de trouver un emploi d’été. Avec une impertinence qui frôle le mépris, Léo s’amuse à les contrarier tous les deux, en attendant le retour de son père qui a quitté la région après la fermeture de l’usine où il militait pour les droits des travailleurs. Elle rencontre Steve, deux fois son âge…

 

CRITIQUE
[ Jules Couturier ]

★★★ ½

UNE LUMIÈRE DANS LA GRISAILLE

Tout le monde est médiocre en région. Du moins dans la représentation qu’en fait Sébastien Pilote dans La disparition des lucioles. Tous sans intériorité, sans charisme, sans vie… Même les jeunes ! C’est la québécitude élémentaire. Un autre portrait des Québécois des régions omniprésent dans le paysage cinématographique de notre province, qui donne une image clichée du cinéma d’auteur ? Pas vraiment. Alors que tout le monde est éteint, une petite luciole brille dans ce long métrage s’éloignant des lourds drames ruraux : elle porte le nom de Léonie, Léo pour faire plus court, et elle transforme ainsi le film de Sébastien Pilote en une sorte de conte, y insufflant un souffle de vie bienvenu.

Si le réalisateur de Chicoutimi poursuit sa démarche, déjà entamée dans ses précédents films Le vendeur et Le démantèlement, sur les difficultés de franchir les différentes étapes de la vie dans des contextes économiques marqués par l’instabilité et l’injustice, il abandonne cette fois la sobriété pour travailler avec une large palette de couleurs. Il délaisse du même coup le drame psychologique et social pur pour la comédie dramatique et ses protagonistes masculins en fin de vie ou de carrière pour une jeune adolescente ayant la vie devant elle.

Alors que le protagoniste du Vendeur refusait la retraite et s’accrochait au monde du travail, Léo, l’héroïne de son nouveau film, elle, refuse le monde des adultes qu’elle trouve d’un ennui mortel et entretient une intransigeance juvénile. Les sucettes qu’elle attrape en sortant du restaurant au début puis à la fin du film sont une référence à l’enfance qu’elle ne veut pas quitter, à son refus de grandir. Son attitude relève d’une fuite devant la réalité des adultes, d’un attachement désespéré à un monde sans compromission, avec l’immaturité comme moyen de résistance. Son rejet de la bêtise, son dégoût des autres et surtout son radicalisme dans cette position sont absolument jouissifs et donnent lieu à deux des plus jubilatoires scènes du film. La première au restaurant pour la fête de ses 17 ans, féroce, superbement écrite, alors qu’elle se moque allègrement des questions que sa famille lui pose sur son avenir. La seconde, alors que son beau-père, animateur de radio populiste, tente une réconciliation inconcevable pour elle. Elle le rejette, inflexible, lui balançant à quel point elle le méprise.

Et pour incarner cette frustration adolescente, Pilote a trouvé en la jeune Karelle Tremblay l’interprète idéale. À l’instar des lucioles dans la nuit, elle brille. Par sa photogénie, sa présence cinématographique, son pouvoir d’attraction, son charisme difficile à expliquer et d’autant plus captivant. Présente dans presque toutes les scènes, elle porte le film sur ses épaules, rappelant certaines héroïnes du cinéma américain indépendant interprétées par Ellen Page dans Juno ou plus encore Saoirse Ronan dans Lady Bird. Elle partage avec ce dernier personnage un même désir d’échappement de sa ville perdue et ce même sens de la répartie. Après Gilbert Sicotte dans Le vendeur, lauréat du Jutra du meilleur acteur, et Gabriel Arcand dans Le démantèlement, nommé dans la même catégorie deux ans plus tard, Sébastien Pilote démontre encore une fois à quel point le jeu de son interprète principale est crucial pour la réussite de son film.

Et pour incarner cette frustration adolescente, Pilote
a trouvé en la jeune Karelle Tremblay l’interprète idéale.
À l’instar des lucioles dans la nuit, elle brille. Par sa photogénie,
sa présence cinématographique, son pouvoir d’attraction,
son charisme difficile à expliquer et d’autant plus captivant.

Sortie
Vendredi 21 septembre 2018

V.o.
français


Réal.
Sébastien Pilote

Genre
Comédie dramatique

Origine
Québec

[Canada]

Année : 2018 – Durée : 1 h 36

Dist.
Les Films Séville.

Horaires & info. @
Cinéma Beaubien
Cineplex

Classement
Tous publics

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul
½ [Entre-deux-cotes]

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