En salle à Montréal

La disparition des lucioles

20 septembre 2018

| PRIMEUR |
Semaine 38
Du 21 au 27 septembre 2018

RÉSUMÉ SUCCINCT
Léonie, dite Léo, vient d’avoir 17 ans. L’année scolaire s’achève et sa mère, qui a refait sa vie avec un animateur de radio d’opinion, la presse de trouver un emploi d’été. Avec une impertinence qui frôle le mépris, Léo s’amuse à les contrarier tous les deux, en attendant le retour de son père qui a quitté la région après la fermeture de l’usine où il militait pour les droits des travailleurs. Elle rencontre Steve, deux fois son âge…

 

CRITIQUE
[ Jules Couturier ]

★★★ ½

UNE LUMIÈRE DANS LA GRISAILLE

Tout le monde est médiocre en région. Du moins dans la représentation qu’en fait Sébastien Pilote dans La disparition des lucioles. Tous sans intériorité, sans charisme, sans vie… Même les jeunes ! C’est la québécitude élémentaire. Un autre portrait des Québécois des régions omniprésent dans le paysage cinématographique de notre province, qui donne une image clichée du cinéma d’auteur ? Pas vraiment. Alors que tout le monde est éteint, une petite luciole brille dans ce long métrage s’éloignant des lourds drames ruraux : elle porte le nom de Léonie, Léo pour faire plus court, et elle transforme ainsi le film de Sébastien Pilote en une sorte de conte, y insufflant un souffle de vie bienvenu.

Si le réalisateur de Chicoutimi poursuit sa démarche, déjà entamée dans ses précédents films Le vendeur et Le démantèlement, sur les difficultés de franchir les différentes étapes de la vie dans des contextes économiques marqués par l’instabilité et l’injustice, il abandonne cette fois la sobriété pour travailler avec une large palette de couleurs. Il délaisse du même coup le drame psychologique et social pur pour la comédie dramatique et ses protagonistes masculins en fin de vie ou de carrière pour une jeune adolescente ayant la vie devant elle.

Alors que le protagoniste du Vendeur refusait la retraite et s’accrochait au monde du travail, Léo, l’héroïne de son nouveau film, elle, refuse le monde des adultes qu’elle trouve d’un ennui mortel et entretient une intransigeance juvénile. Les sucettes qu’elle attrape en sortant du restaurant au début puis à la fin du film sont une référence à l’enfance qu’elle ne veut pas quitter, à son refus de grandir. Son attitude relève d’une fuite devant la réalité des adultes, d’un attachement désespéré à un monde sans compromission, avec l’immaturité comme moyen de résistance. Son rejet de la bêtise, son dégoût des autres et surtout son radicalisme dans cette position sont absolument jouissifs et donnent lieu à deux des plus jubilatoires scènes du film. La première au restaurant pour la fête de ses 17 ans, féroce, superbement écrite, alors qu’elle se moque allègrement des questions que sa famille lui pose sur son avenir. La seconde, alors que son beau-père, animateur de radio populiste, tente une réconciliation inconcevable pour elle. Elle le rejette, inflexible, lui balançant à quel point elle le méprise.

Et pour incarner cette frustration adolescente, Pilote a trouvé en la jeune Karelle Tremblay l’interprète idéale. À l’instar des lucioles dans la nuit, elle brille. Par sa photogénie, sa présence cinématographique, son pouvoir d’attraction, son charisme difficile à expliquer et d’autant plus captivant. Présente dans presque toutes les scènes, elle porte le film sur ses épaules, rappelant certaines héroïnes du cinéma américain indépendant interprétées par Ellen Page dans Juno ou plus encore Saoirse Ronan dans Lady Bird. Elle partage avec ce dernier personnage un même désir d’échappement de sa ville perdue et ce même sens de la répartie. Après Gilbert Sicotte dans Le vendeur, lauréat du Jutra du meilleur acteur, et Gabriel Arcand dans Le démantèlement, nommé dans la même catégorie deux ans plus tard, Sébastien Pilote démontre encore une fois à quel point le jeu de son interprète principale est crucial pour la réussite de son film.

Et pour incarner cette frustration adolescente, Pilote
a trouvé en la jeune Karelle Tremblay l’interprète idéale.
À l’instar des lucioles dans la nuit, elle brille. Par sa photogénie,
sa présence cinématographique, son pouvoir d’attraction,
son charisme difficile à expliquer et d’autant plus captivant.

Sortie
Vendredi 21 septembre 2018

V.o.
français


Réal.
Sébastien Pilote

Genre
Comédie dramatique

Origine
Québec

[Canada]

Année : 2018 – Durée : 1 h 36

Dist.
Les Films Séville.

Horaires & info. @
Cinéma Beaubien
Cineplex

Classement
Tous publics

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul
½ [Entre-deux-cotes]

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