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Theo Angelopoulos

27 janvier 2012

CLARTÉ  DANS LE BROUILLARD

L’émotion est une agitation passagère qui parfois nous empêche de trouver des mots pour exprimer notre désarroi, notre peine et notre rage devant la perte soudaine d’un être qui faisait partie de notre vécu intellectuel. Mais arrive un moment où l’esprit nous revient, et c’est justement à ce moment-là que nous devons dire notre pensée, pour ne pas oublier, pour nous convaincre que l’héritage du disparu continue d’être une source d’inspiration. Figure de proue du cinéma grec, voire même internatioal, Theo Angelopoulos laisse cependant un vide difficile à combler.

Theo Angelopoulos

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Rétro 2011 (1): La mort du dialogue

>> Sylvain Lavallée

Comme mentionné dans mon dernier article, j’ai pensé cette rétrospective 2011 entamée il y a deux semaines autour d’une perspective qui résonne avec les dix textes composant cette Investigation cinématographique publiée sur ce blogue cet automne. En général, je ne m’intéresse pas particulièrement aux regards d’ensemble portés sur le cinéma, je préfère de loin les gros plans sur une œuvre ou un artiste aux tentatives de tracer des courants ou de relever des thématiques parcourant plusieurs films, que ce soit sur une année, une décennie ou depuis la naissance du cinéma, à l’échelle du Québec ou du monde, non pas que ces analyses soient sans intérêt, mais comme on dit en latin, it’s not my cup of tea. Ce qui suit, une première de deux parties, est donc moins un regard d’ensemble sur le cinéma de 2011 qu’un reflet de mes obsessions envers celui-ci, des idées que j’ai lancées ici et que j’ai vues réalisées à l’écran au passage, ce qui me permettra de les résumer en les ancrant dans quelques films aperçus au cours de l’année; il faudra donc m’excuser de taper une énième fois sur le même clou, et de concentrer cette rétrospective sur le cinéma américain, plus propice à ces réflexions. Il s’agit sans doute d’une approche assez personnelle, qui n’est pas si représentative de la dernière année, ces thématiques ne datant pas d’hier (le fait que mon Investigation était largement inspirée de Stanley Cavell et de ses écrits sur les comédies hollywoodiennes des années 30 le montre bien), mais elles s’incarnent de manière nouvelle dans ces films. Cette Investigation portait en grande partie sur la représentation des relations éthiques à l’écran, sur ce que cela implique par exemple de sacrifier le corps de l’acteur comme outil d’expression pour privilégier les mots seuls, ainsi que sur la notion de dialogue, garante de ces relations éthiques justement, en pensant autant à celui qui a lieu entre les personnages à l’écran qu’à celui que devrait entretenir la caméra avec ces personnages, ou encore le spectateur avec le film, diverses formes de dialogue de plus en plus absentes dans notre société solipsiste.

Drive

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Il Trovatore

23 janvier 2012

RIVALITÉ

>> Élie Castiel

Leonora, femme de la noblesse, est amoureuse de Manrico, trouvère qui, dans son enfance a été adopté par Azucena, la fille d’une gitane morte au bûcher. Mais le comte de Luna est lui aussi amoureux de la jeune femme. Le drame jaillit lorsqu’on apprend que les deux rivaux sont des frères.

Hiromi Omura dans le rôle de Leonora | CRÉDIT PHOTO : Yves Renaud

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Le Dindon

21 janvier 2012

LES JEUX DE L’AMOUR ET DU HASARD

>> Élie Castiel

Pontagnac, coureur de jupons invétéré, tente de séduire Lucienne. Mais très vite il se rend compte qu’il s’agit de la femme de son ami Vatelin. Mais ce qu’il sait par contre, c’est que son instinct de conquête est plus fort que tout.

PHOTO : Yves Renaud

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L’homme invisible

20 janvier 2012

>> Sylvain Lavallée

Ma rétrospective 2011 entamée la semaine dernière avec une critique du dernier film de David Fincher, the Girl With the Dragon Tattoo, a été pensée autour de certaines thématiques qui parcourent la majorité de mes films de l’année. En effet, la société contemporaine dépeinte par Fincher n’est pas si différente de celle montrée par Steve McQueen dans son Shame, sur lequel je m’arrête cette semaine, ces deux films partageant entre autres une figure de mise en scène importante : la transparence et le verre opposés au fermé et au secret. Le tueur du film de Fincher habite une maison en verre, il accomplit ses crimes dans son sous-sol, offrant aux autres une image affable sous laquelle il cache ses actes ignobles. Dans Shame, Brandon (Michael Fassbender) travaille dans une tour en verre, et plus il s’enfonce dans son obsession du sexe, plus les lieux se referment autour de lui, jusque dans ce sous-sol rougeâtre qui clôt sa nuit d’errance sexuelle. À l’exception de sa sœur, personne ne soupçonne les troubles psychologiques de Brandon, il offre aussi une image publique saine cachant une identité plus dérangée (sans parler de crime dans son cas), mais contrairement au tueur de Fincher, il fait tout pour se faire voir, il ne veut pas se cacher (il baise à l’extérieur, dans une fenêtre, dans un club rempli de voyeurs, il regarde des sites pornos au travail, il garde la porte de sa salle de bains ouverte quand il se masturbe, etc.), ce qui rend d’autant plus troublant le fait qu’on ne le voit pas, qu’on reste aveugle à son obsession. Brandon vit donc dans cette société apathique où l’autre n’est qu’un objet ou un obstacle, si bien décrite par Fincher dans ses deux derniers films, mais Brandon n’en est pas que le produit, comme le sont Zuckerberg et Salander, il en est aussi victime (comme d’habitude, moult spoilers s’ensuivent).

Shame

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Je n’ai pas de rôle pour vous

13 janvier 2012

Bruno, un adolescent français, est choisi pour jouer dans L’argent de poche par François Truffaut. Rien ne prédisposait à première vue ce fils de bonne famille bourgeoise de la région parisienne à jouer un élève dans cette petite ville du centre de la France qu’est Thiers. Bruno de Stabenrath, scénariste pour la télé et auteur de livres sur la musique populaire, s’est fait connaître en littérature, il y a dix ans, par son récit Cavalcade, où il racontait l’accident d’automobile qui l’a rendu tétraplégique et sa rééducation pour redevenir un être qui puisse goûter à certains plaisirs de la vie. Ici, il mélange, dans ce livre qualifié de roman, certains éléments autobiographiques sur la vie d’un jeune dont le père est militaire et la mère pianiste.

Ses parents sont donc presque abasourdis d’apprendre que leur fils, qui suit comme auditeur libre des cours au conservatoire régional, a assez de talent pour être choisi pour passer les vacances d’été à jouer dans un film d’un réalisateur déjà reconnu. Beaucoup d’éléments de la préparation, du tournage et d’informations sur le créateur d’Antoine Doinel, recoupent ceux de la remarquable biographie qu’Antoine de Baecque et Serge Toubiana ont consacrée il y a presque quinze ans à Truffaut. L’auteur, par petites touches, pourtant réussit à restituer l’ambiance du tournage et les divers conflits entre les membres de sa famille proche ou élargie dont son oncle marin qui lui envoie des nouvelles et des cadeaux de l’Amérique mythique qui berce déjà le cœur de nombreux Français. Le style est assez enlevé pour projeter le lecteur dans une ambiance joyeuse où se mêlent travail, loisirs et émois amoureux. Les soixante et un chapitres portent chacun le titre d’un des films favoris de l’auteur dans l’histoire du cinéma et constituent ainsi un autre moyen de renouer avec la cinéphilie. L’auteur mélomane inclut aussi les titres des diverses chansons qui forment aussi les paroles de ce livre. On en ressort pourtant avec une impression de déjà-vu pour qui a déjà croisé de manière plus directe des livres sur les tournages ou sur la Nouvelle Vague. >> Luc Chaput

Je n’ai pas de rôle pour vous | Bruno de Stabenrath | Paris : Laffont, 2011| 303 pages

Film socialisme

LE FILM RÊVÉ

Aborder un film de Jean-Luc Godard c’est, depuis toujours, accepter d’être emporté dans une expérience intellectuelle exigeante et rigoureuse dont le sens n’est pas tant dans l’aboutissement du fil narratif évoqué à grands traits par un semblant de scénario, que dans l’exaltation d’une démarche esthétique qui cherche à se faire le véhicule d’une intention politique et morale. Et que cette démarche aboutisse à une expérience cinématographique «réussie» ou non demeure, somme toute, très secondaire.

>> Carlo Mandolini

Le dernier Godard, fort attendu, est un essai cinématographique déroutant, parfois irritant, et étrangement magnifique. Film Socialisme se présente comme une expérimentation insolite. Une expérimentation issue de l’esprit créateur bouillonnant d’un auteur qui donne l’impression de se refermer de plus en plus sur lui-même, quitte à mépriser le spectateur qui, partenaire pourtant incontournable de la relation-cinéma, attend que l’auteur fasse un pas en sa direction. Geste que Godard, évidemment, ne fera pas.

Cela dit, le film existe et, malgré son aspect insaisissable, fuyant, Film Socialisme laisse une forte empreinte. Et peu importe notre disposition envers JLG, on ne peut rester insensible à la qualité envoûtante et hypnotique de cette « symphonie » (le terme est de Godard) dissonante et dissidente, où s’entrechoquent sons, images fixes et images animées dans un maelstrom fulgurant qui provoque le spectateur et le force à se faire lui-même penseur.

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Palmarès 2011

L’HEURE DES CHOIX

Nous avons demandé aux rédacteurs de la revue d’établir la liste de leurs meilleurs films québécois et internationaux de l’année écoulée, jusqu’à concurrence de cinq titres par catégorie. La plupart ont répondu à l’appel. Ce qui en résulte est parfois surprenant et démontre jusqu’à quel point le regard jeté sur l’écran demeure une quête subjective qui se base essentiellement sur un rapport singulier avec le réel et le fictif. Et bien plus encore, que l’objectivité ne peut se rapporter qu’à des éléments spécifiques dans la construction d’une image en mouvement. Si le plan est une affaire de morale, en matière de cinéma chaque individu bâtit sa propre éthique. Celle-ci se forge à partir de sa connaissance de la matière, de son expérience de vie, de sa culture et surtout et avant tout de son rapport en monde.

En territoire québécois, trois films s’imposent : Monsieur Lazhar (13 voix) de Philippe Falardeau, suivi du Sébastien Pilote, Le Vendeur (11 voix) et de Nuit #1 (9 voix) d’Anne Émond. De facture classique, le Falardeau favorise, entre autres, la remarquable direction d’acteurs et le refus catégorique de pathos et de sensationnalisme; le Pilote demeure la preuve tangible comme quoi le nouveau cinéma québécois s’organise autour du style, donnant aux plans une valeur symbolique et cathartique, lançant du même coup le débat sur l’espace filmé, selon lequel tourner en région n’est pas seulement un choix personnel, mais une nécessité politique. Quant au Émond, il se démarque par la brillante mise en scène d’un huis clos amoureux filmé avec une rigueur judicieusement déontologique.

Côté international, nous avons droit à un éventail plus complexe. Ici, les choix sont plus personnels même si certains titres évidents se retrouvent d’une liste à l’autre. C’est le cas de l’aérienne et en même temps terrienne ode à la vie de Terrence Malick, The Tree of Life, grand gagnant avec 11 voix. Il précède l’iconoclaste Shame (6 voix) de Steve McQueen et le viscéral et impeccable Copie conforme (5 voix) d’Abbas Kiarostami. >> Élie Castiel

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