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Après la tempête

4 mai 2017

RÉSUMÉ SUCCINCT
Écrivain en panne d’inspiration, Ryota traverse une crise existentielle qui a des conséquences sur sa vie familiale. En attendant, il travaille comme détective privé, mais perd souvent son salaire aux courses. À tel point qu’il n’est plus en mesure de payer la pension alimentaire de son fils. Et à Tokyo, un typhon d’envergure s’annonce dans les prochaines heures.

CRITIQUE
★★★★
Texte : Élie Castiel

LE FRUIT DE LA TENDRESSE HUMAINE

Hirokazu Kore-eda, c’est le cinéma, aujourd’hui, de la démonstration d’un Japon occidentalisé où les codes de la famille traditionnelle peuvent tout à coup se briser. Mais c’est aussi la manière de trouver des solutions pour éviter cette déchirue. Du moins essayer, quitte à ne pas y arriver. Par les gestes, les paroles qui ont du poids, la soumission aux épreuves de la vie, les accepter, les comprendre, en prendre conscience, avoir aussi le respect de soi et de l’autre.

After the Storum_à.d. (01)

C’est aussi la présence, autour d’un couple, de la femme âgée, la grand-mère, celle qui a vécu en accord avec les anciennes valeurs d’amour et de partage, et qui essaie de son mieux d’utiliser les codes d’aujourd’hui pour mieux souder un couple en rupture. Car pour Kore-eda, la vieillesse, c’est la mémoire, le souvenir, l’outil unificateur, le négociateur, le conciliant. Puisqu’en quelque sorte, c’est de transmission qu’il s’agit. Et dans l’enfant né du couple, on sent dans son visage, ce souhait de famille unie. Son importance est capitale et se reflète dans cet union père/fils, à l’extérieur, le soir de ce typhon réunificateur, merveilleuse métaphore que peut se permettre le cinéma.

Et comme tout film nippon qui se respecte, il y a une direction d’acteurs qui amplifie le drame pour le sublimer, le souder à cette élan d’humanité insondable. Hiroshi Abe, l’écrivain et père dans le film, c’est cet homme absent qui, à mon sens, et selon une force d’expression asiatique, cache faussement la désincarnation de ses sentiments. Abe est beau, charismatique et provoque chez le spectateur une sorte de respect. Il y a chez lui, de par son métier de conteur, une sorte de nostalgie mêlée de douce tristesse et de léger spleen qui l’habitent , deux forces de la nature qu’ils essaie de combattre.

Yasujiro Ozu est parfois évoqué, dans sa perception
du cadre, dans son refus du panoramique, dans sa
frontalité picturale, dans l’évanescence de sa structure.

Chez Kore-eda, c’est dans l’individu qu’il faut se pencher. Cela était déjà évident dans Tel père, tel fils / Soshite chichi ni naru (2013), là où le plan, et c’est encore le cas, participait à une sorte de mise en abyme des situations, comme si cet élément formel (voire même esthétique) s’incarnait à travers les protagonistes.

Yasujiro Ozu est parfois évoqué, dans sa perception du cadre, dans son refus du panoramique, dans sa frontalité picturale, dans l’évanescence de sa structure. On ne peut nier cette influence d’un cinéma japonais classique qui, par le biais de l’hommage, est encore à l’ordre du jour chez certains cinéastes de ce pays. Comme quoi, les traditions honorables ne se perdent pas. Elles donnent toujours un sens à la vie. Notamment, lorsque le raffinement, le bon goût et la tendresse humaine, se manifestent sans trop d’éclats.

Sortie :  vendredi 5 mai 2017
V.o. :  japonais ; s.-t.a. & s.-t.f.

After the Storm / Yori monada fukaku

Genre :  Drame familial  – Origine : Japon –  Année :  2016 – Durée :  1 h 57  – Réal. :  Hirokazu Kore-eda – Int. : Hiroshi Abe, Yôko Maki, Taiyô Yoshizawa, Kirin Kiki, Satomi Kobayashi, Sôsuke Ikematsu – Dist. :  Unobstructed View.

Horaires
@
  Cinéma BeaubienCinéma du Parc

Classement
Tout public

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]  –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

 

Séquences_Web

Guardians of the Galaxy Vol. 2

RÉSUMÉ SUCCINCT
Dans cette deuxième aventure, les Gardiens de la galaxie découvrent le mystère entourant la filiation de Peter Quill.

CRITIQUE
★★★
Texte : André Caron

BIENVENUE DANS L’UNIVERS DE BABY GROOT

L’univers des films Marvel prend de nouveau de l’expansion. Tenez-vous bien : ce second Guardians s’inscrit comme le troisième chapitre de la troisième phase des films Marvel et il se place quinzième dans cette série qui a débuté avec l’immense succès du premier Iron Man en 2008. Douze milliards de dollars américains plus tard, comment se fait-il que tous ces longs métrages continuent de connaître un aussi fracassant succès? Contrairement à la tentative ratée de DC Comics de confectionner un univers similaire avec Batman-Superman-Wonder Woman-Suicide Squad, Marvel est parvenu à tisser une toile foisonnante et cohérente de film en film, augmentant avec chaque nouveau projet le défi narratif, technique, esthétique et dramatique qu’un tel déploiement impose. Bien que les dirigeants de Marvel prennent cette odyssée très au sérieux, ils savent aussi saupoudrer d’humour et d’auto-dérision des intrigues qui, bien souvent, font sourciller. Le ton de Dead Pool et Doctor Strange le prouvent éloquemment. Avec les deux Guardians of the Galaxy, ils plongaient pour la première fois dans la comédie franche et ce deuxième volet prend même des allures de comédie musicale. Bienvenue dans l’univers de Baby Groot qui, avec seulement trois mots (« I am Groot »), parvient en même temps à tout dire et à ne rien dire, comme le film lui-même d’ailleurs.

Guardians of the Galaxy Vol. 2

Une fois passée l’étrange et mystifiant rajeunissement de Kurt Russell dans la scéne pré-générique (une technique expérimentée avec autant de malaise sur Jeff Bridges dans Tron Legacy), le film démarre véritablement avec nos cinq amis en train de combattre une horriblement drôle de créature de l’espace (on se croirait dans Monsters vs. Aliens). Commence alors la chanson d’Electric Light Orchestra, Mr. Blue Sky, déclenchée par Baby Groot qui vient de brancher le système de son. Le minuscule bébé-arbre se met à danser et l’action est repoussée au second plan. Ce qui importe, semble nous dire le réalisateur, c’est de s’amuser, de danser et de ne pas prendre trop au sérieux les péripéties de nos héros intergalactiques. Il y aura plusieurs numéros de danse semblables durant le film, même que la grande bataille finale sera chorégraphiée comme un grand numéro musical à la Busby Berkeley. Let’s dance!

Il faut tout de même reconnaître qu’il y a un ton
de grande bonhomie et de franche camaraderie
qui se dégage de ce film, un élan enjoué dans
l’exécution qui est communicatif et festif.

Il ne faut donc pas s’attendre à rien de bien original dans ce « space opera » plus proche de Buck Rodgers et Flash Gordon que de Star Wars ou Star Trek, quoiqu’il présente la même tendance anthropomorphique que cette dernière série de films. L’idée de voir des humains maquillés et peints de diverses couleurs pour se faire passer pour des extra-terrestres commence à sérieusement m’horripiler. D’ailleurs, beaucoup d’éléments font inévitablement penser à l’univers de Star Trek. L’idée de visiter une planète dominée par une déité malveillante est vieille comme la série télé, dans laquelle plusieurs épisodes exploitaient ce filon, ou encore ce vaisseau spatial qui s’est écrasé et qu’il faut rafistoler en vitesse. Et puis, il y a ce suspense vieux comme James Bond, étiré sur une séquence entière et construit sur le compte à rebours d’une bombe (rappelez-vous, dans Goldfinger, le cadran s’arrêtait sur 007 – c’était déjà un cliché en 1963!).

Alors amusons-nous et embarquons dans la danse. Les fans des bandes dessinées auront un plaisir fou à déchiffrer toutes les allusions à des personnages ou à des situations qu’ils ont déjà lus (bonjour les « Watchers »…), les accros aux chansons des années 1970 seront enchantés d’entendre Cheap Trick ou Fleetwood Mac, les cinéphiles seront ravis de reconnaître au passage une foule de vedettes faisant une brève apparition (Sylvester Stallone, Michelle Yeoh, Ving Rhames, Don Johnson, Gregg Henry, Jeff Goldblum et même David Hasselhoff) et, bien sûr, l’inévitable Stan Lee qui s’infiltre dans tous les films Marvel depuis le Hulk de Ang Lee en 2003. Il faut tout de même reconnaître qu’il y a un ton de grande bonhomie et de franche camaraderie qui se dégage de ce film, un élan enjoué dans l’exécution qui est communicatif et festif. Le réalisateur-scénariste James Gunn fait des efforts considérables pour approfondir des personnages qui n’en méritent pas tant, le forçant ainsi à combiner certains d’entre eux dans des duos qui se pourfendent en longues confessions : Peter et son père Ego, Gamera et sa sœur Nebula, Rocket et Yondu, Drax et Mantis. Tout cela appraît bien artificiel, mais personne ne peut se braquer longtemps contre un film qui se termine sur un montage rassembleur aux tonalités exquises de la ballade Father and Son de Cat Stevens. Allez, chantez avec moi : « Look at me, I am old, but I’m happy »!

Sortie :  vendredi 5 mai 2017
V.o. :  anglais / Version française

Les gardiens de la galaxie Vol. 2

Genre :  Aventures / Science fiction  – Origine : États-Unis – Année :  2017 – Durée :  2 h 16  – Réal. :  James Gunn – Int. : Chris Pratt, Zoe Saldana, Dave Bautista, Sylvester Stallone, Kurt Russell, Paul Klementieff  – Dist. :  Buena Vista Canada.

Horaires
Cineplex

Classement
Tout public
(Déconseillé aux jeunes enfants)

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]  –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

 

Séquences_Web

I, Daniel Blake

RÉSUMÉ SUCCINCT
Suite à une crise cardiaque, Daniel Blake doit suivre une cure de repos. Malgré la lettre du médecin, une compagnie d’assurance privée le déclare apte au travail. Daniel doit se battre contre tout un système. En parallèle, il aide une mère célibataire à s’en sortir.

COUP DE CŒUR
★★★★ ½
Texte : Élie Castiel

DANS LA GUEULE DU LOUP

Seconde Palme d’Or à Cannes, après celle attribuée à The Wind That Shakes the Barley / Le vent se lève (2006), I, Daniel Blake confirme une fois de plus la particularité de l’univers de Ken Loach, le plus social des réalisateurs britanniques. Toujours fidèle à sa trajectoire, ce sont les conséquences que les bouleversements sociaux projettent sur l’individu qui le touchent : chômage, invalidité, syndicalisme, nouvelles technologies, monoparentalité, faim, lutte des classes sociales dévaforisées. Car dans I, Daniel Blake, probablement dû aux effets pervers de la mondialisation, la Grande-Bretagne est aussi victime de toutes ces inégalités où les dérives du système se déshumanisent de plus en plus.

« Palme d’Or »
Festival de Cannes 2016

I, Daniel Blake_à.d. (03)

Danie Blake n’est pas un homme de son temps. Il ne sait pas comment utiliser Internet (certains trouveront ce détail un peu trop exagéré). Il se souvient cependant de temps meilleurs où l’individu tenait un certain pouvoir, notamment dans le choix dans la recherche d’emploi. Son conflit intergénérationnel est d’autant plus politique que le propre gouvernement de son pays cède aux pressions d’une société de plus en plus axée sur la technologie.

Il est donc victime d’une agression mondiale qui n’épargne même pas les pays du Tiers-monde ou ceux en voie de développement. Il est évident que I, Daniel Blake est un discours sur le nouveau siècle dans tout ce qu’il propose comme façons de (sur)vivre. La fiction, chez Loach n’est pas pour autant, toujours grave. L’humour est là, mais montré par petites doses, comme s’il s’agissait d’un palliatif aux problèmes quotidiens, temporaire donc, sans solution. Dans un même pays, plusieurs sytèmes, selon à qui on s’adresse, et où les revendications sociales obtiennent des réponses différentes avant de rencontrer la bonne personne qui finira par dire  la vérité ou comment s’en tirer.

La fin, qu’on ne révélera pas, est un cri du cœur, une voix
dissidente, une rébellion de l’âme et de la conscience, une
parole pour le retour des responsabilités sociales et politiques
saines, humanitaires ; un éclat de voix percutant que
nous ne pouvons pas simplement nous permettre d’ignorer.

Mais Loach ne blâme pas les employés du système ; ils sont eux-mêmes victimes d’une impitoyable structure sociale qui, au fond, ne sait ce qu’elle fait. C’est le bordel, la résilience même si on n’y croit pas, le chacun-pour-soi, la fin d’un rêve humanitaire. Sur ce point, la séquence à la « banque alimentaire » est d’une dignité et d’une force d’expression hallucinantes, trop vraie pour ne pas provoquer chez le spectateur indignation et soulèvement.

I, Daniel Blake_Coup de cœur (En salle.01)

Plutôt que le mélodramatique, Ken Loach opte pour le réalisme social rude, agressif parfois, toujours alerte de son époque. Socialiste, le cinéaste britannique ne se laisse pas séduire par toutes ces nouvelles approches cinématographiques hors de la réalité du quotidien. Le film rappelle en quelque sorte le néoréalisme italien, un cinéma totalement humain où la classe ouvrière avait droit de cité, avec ses bouleversements d’après-guerre, ses humiliations quotidiennes, ses calculs pour la survie, sa ferveur envers la vie.

Ici, il s’agit d’un néoralisme contemporain qui, en prenant la Grande-Bretagne en exemple, signe avec âpreté, aigreur et notamment sens de l’observation, les glissements progressifs d’un monde qui ne sait plus où il se dirige. La fin, qu’on ne révélera pas, est un cri du cœur, une voix dissidente, une rébellion de l’âme et de la conscience, une parole pour le retour des responsabilités sociales et politiques saines, humanitaires ; un éclat de voix percutant que nous ne pouvons pas simplement nous permettre d’ignorer.

Sortie :  vendredi 5 mai 2017
V.o. :  anglais / Version française & s.-t.f.

Moi, Daniel Blake

Genre :  Drame social  – Origine : Grande-Bretagne / France / Belgique –  Année :  2016 – Durée :  1 h 41  – Réal. :  Ken Loach – Int. : Dave Jones, Hayley Squires, Briana Shann, Dylan McKiernan, Natalie Anne Jamieson, Micky McGregor – Dist. :  Métropole Films.

Horaires
@
  Cinéma BeaubienCinéma du ParcCineplex

Classement
Tout public

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]  –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

 

Séquences_Web

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