15 juin 2017
Imaginez Oscar Wilde, dandy suprême, prince du style, amoureux de l’élégance et ennemi juré de la vulgarité. Mettez-lui une toque, une enfance passée en première classe sur les paquebots sillonnant les sept mers et dans les restaurants des plus grands hôtels du monde et envoyez-le dernière les fourneaux d’un restaurant hippy de Berkeley durant les années 70. Le résultat ? Jeremiah Tower, chef sublime qui révolutionna la gastronomie aux États-Unis en valorisant ses produits indigènes, ses vins, ses fruits et légumes bio. La prolifération des marchés fermiers qu’on peut observer aujourd’hui partout en Amérique, ses fromages traditionnels, ses fruits et légumes du terroir, a beaucoup à voir avec la révolution qui démarra au petit restaurant Chez Panisse (nom par ailleurs emprunté à un célèbre restaurant situé sur la Croisette à Nice). Emballée par l’ambiance et la nourriture des petits bistros du sud de la France, Alice Waters décida de créer un petit restaurant sympa et pas cher pour ses amis, hippies, étudiants à Berkeley et artistes.

Elle engagea le beau, l’audacieux Jeremiah, dépourvu de formation classique mais riche d’une vie entière passée à cuisiner pour sa famille et ses amis à partir d’ingrédients venu des quatre coins du monde. La chimie entre ces deux individus opérera le début d’une révolution, où les noms des fermiers feront apparition sur le menu, où les chefs en cuisine boiront du champagne en écoutant Verdi à plein volume. « Si une chose mérite d’être effectuée, elle doit l’être avec style » disait le journaliste Lucious Beebe, maître à penser de Tower, qui adoptera son mode de vie et son amour du champagne en toutes occasions. Après une discorde devenue légendaire avec Waters, Tower fondera Stars à San Francisco et deviendra le premier Star chef au États-Unis, y transformant totalement l’expérience d’une soirée au restaurant.
La documentariste Lydia Teraglia a eu l’inspiration de montrer, au début, Jeremiah Tower déambulant seul au milieu d’un temple au Mexique, puis en plongée dans la mer avec une raie manta à la fin du film. Ces métaphores visuelles ne manquent pas de profondeur et permettent de saisir cet homme solitaire, épris d’élégance et de grandeur et pour qui la médiocrité constituait le plus grand vice. Entrecoupées d’images d’archives et d’entrevues avec les amis, la famille et les collègues de Tower, les très belles images du directeur photo Morgan Fallon sont montées selon un style très classique, quoique dans une optique de cohésion entre la jeunesse de Tower, sa fulgurante montée et les raisons objectives de sa chute, tant avec Stars qu’avec Tavern on the Green à New York en 2015.
Un beau portrait, subtil et attentif, d’un artiste des fourneaux, pionnier d’une révolution culinaire et environnementale.
Genre : Documentaire – Origine : États-Unis / Mexique – Année : 2017 – Durée : 1 h 43 – Réal. : Lydia Tenaglia – Dist. : Eye Steel Inc.
Horaires
@ Cinéma du Parc
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
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La diffusion du cinéma d’auteur international au Québec étant ce qu’il est, avouons bien franchement avoir perdu le fil de la filmographie d’Andrei Kontchalovski depuis Riaba ma poule (1994). Fort heureusement, un tout jeune distributeur montréalais, Carusel (Canadian Russian Entertainment Laboratory), a décidé de prendre en charge la présentation de ce film, Lion d’argent de Venise 2014 (meilleure réalisation), qu’il sort audacieusement sur quelques écrans québécois et ontariens. Qu’il en soit ici remercié 1.

Chronique irréelle du temps qui passe, Les nuits blanche du facteur est un projet atypique qui surprend et qui, à bien des égards, offre à nos salles de cinéma une expérience somme toute de plus en plus rare, dans le circuit commercial hors festivals. L’étonnement initial tient d’abord dans le formalisme minimaliste employé, laissant la place aux silences et à de longues séquences contemplatives. Le cinéaste se délecte des splendeurs sauvages des paysages du nord de la Sibérie, montrées autant comme reflet du mystère entourant les conditions de vie en apparence archaïques et monotones, tout en se faisant témoin de communautés reculées qui ne connaissent du monde extérieur que les programmes télévisés ou l’unique centre d’achat de la grande ville la plus proche. Lové quelque part entre nostalgie du passé et émerveillement pour l’instant présent, le film détonne aussi par la justesse d’interprétation de comédiens non professionnels dont les anecdotes individuelles ont été utilisées lors de la rédaction du scénario.
De ce processus peu commun se dégage un film qui oscille entre vision du réel et pure fiction, sorte d’amalgame entre faits vécus et chroniques personnelles inventées par un collectif à la recherche d’un imaginaire propre. Sur ce second plan, la proposition avoue vite ses limites. Kontchalovski introduit des éléments d’étrangeté et d’ironie absurde, mais ne parvient pas entièrement à les faire fructifier (les apparitions du chat gris, notamment). De plus, le récit peine à trouver le liant unissant les cheminements de ses protagonistes et ne se sert finalement que très peu d’un rebondissement de taille placé à mi-parcours. Certes, Les nuits blanches du facteur est une réussite formelle, grâce entre autres à sa gestion des espaces, des cadrages d’intérieur inventifs, et ce, malgré un budget que l’on sent limité au strict minimum, mais ce sont surtout ses incursions mélodieuses dans le vécu d’un village de la Sibérie profonde qui réussissent à nous interpeller véritablement.
1 En fin d’année, Carusel devrait aussi sortir Paradis, le plus récent long métrage de Kontchalovski.
Genre : Drame – Origine : Russie – Année : 2014 – Durée : 1 h 41 – Réal. : Andrei Konchalovsky – Int. : Aleksey Tryapitsyn, Irina Ermolova, Timur Bondarenko, Viktor Kolobkov, Viktor Berezin, Tatyana Silich– Dist. : Kinosmith / KinoFilm Corp.
Horaires
@ Cinémathèque québécoise – Cineplex
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
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Connue pour la télésérie Broad City diffusée par la chaîne Comedy Central, la jeune réalisatrice Lucia Aniello fait ses débuts au cinéma avec Rough Night. Dans ce qui semble être à priori une version féminine de The Hangover, ce film patine entre deux eaux (la comédie et le suspense) et le résultat est loin d’être à la hauteur. On rit parfois (surtout dans les trente premières minutes), mais le film bascule rapidement dans une intrigue artificielle aux nombreux rebondissements grotesques ou prévisibles. Empruntant de nombreux éléments à d’autres films (Very Bad Things, 21 Jump Street et Weekend at Bernie’s notamment) et changeant de registre toutes les vingt minutes ou presque, on peine à garder le contrôle. L’ensemble frôle le ridicule lors des moments plus tendus et la progression dramatique se présente laborieuse. De plus, la réalisation ne casse rien et s’avère au mieux fonctionnelle ou aussi désordonnée que le reste.

L’enthousiasme général des interprètes aide néanmoins à faire passer la pilule lors de certaines scènes plus rigolotes que d’autres. La comédienne Kate McKinnon dans le rôle d’une australienne déphasée et le survitaminé Paul W. Downs en mari prêt à tout pour aller sauver son couple offrent quelques moments irrésistibles de drôleries qui, cependant, ne valent pas la somme des parties car au final, Rough Night n’est ni plus ni moins qu’un premier film décevant. Un divertissement estival inégal où les moments agréables ne peuvent sauver une intrigue controuvée et mal agencée.
Genre : Comédie – Origine : États-Unis – Année : 2017 – Durée : 1 h 41 – Réal. : Lucia Aniello – Int. : Scarlett Johansson, Kate McKinnon, Zoë Kravitz, Jillian Bell, Ilana Glazer, Demi Moore. Dist. : Columbia Pictures.
Horaires
@ Cineplex
Classement
Tout public
(Langage vulgaire)
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
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