En salle

Les nuits blanches du facteur

15 juin 2017

RÉSUMÉ SUCCINCT
Au nord de la Russie, sur le lac Kenozero, vogue le bateau-moteur de Liochka, le facteur qui livre le courrier ainsi que la pension gouvernementale attendue avec impatience par plusieurs de ses clients. Un jour, cette réalité est mise à rude épreuve quand Liochka se fait voler son moteur.

CRITIQUE
★★★  ½

TRANCHES DE VIES
CHARLES-HENRI RAMOND

La diffusion du cinéma d’auteur international au Québec étant ce qu’il est, avouons bien franchement avoir perdu le fil de la filmographie d’Andrei Kontchalovski depuis Riaba ma poule (1994). Fort heureusement, un tout jeune distributeur montréalais, Carusel (Canadian Russian Entertainment Laboratory), a décidé de prendre en charge la présentation de ce film, Lion d’argent de Venise 2014 (meilleure réalisation), qu’il sort audacieusement sur quelques écrans québécois et ontariens. Qu’il en soit ici remercié 1.

Les nuits blanches du facteur est une réussite formelle,
grâce entre autres à sa gestion des espaces, des cadrages
d’intérieur inventifs, et ce, malgré un budget que l’on sent
limité au strict minimum, mais ce sont surtout ses incursions
mélodieuses dans le vécu d’un village de la Sibérie profonde
qui réussissent à nous interpeller véritablement.

Les nuits blanches du facteur

Chronique irréelle du temps qui passe, Les nuits blanche du facteur est un projet atypique qui surprend et qui, à bien des égards, offre à nos salles de cinéma une expérience somme toute de plus en plus rare, dans le circuit commercial hors festivals. L’étonnement initial tient d’abord dans le formalisme minimaliste employé, laissant la place aux silences et à de longues séquences contemplatives. Le cinéaste se délecte des splendeurs sauvages des paysages du nord de la Sibérie, montrées autant comme reflet du mystère entourant les conditions de vie en apparence archaïques et monotones, tout en se faisant témoin de communautés reculées qui ne connaissent du monde extérieur que les programmes télévisés ou l’unique centre d’achat de la grande ville la plus proche. Lové quelque part entre nostalgie du passé et émerveillement pour l’instant présent, le film détonne aussi par la justesse d’interprétation de comédiens non professionnels dont les anecdotes individuelles ont été utilisées lors de la rédaction du scénario.

De ce processus peu commun se dégage un film qui oscille entre vision du réel et pure fiction, sorte d’amalgame entre faits vécus et chroniques personnelles inventées par un collectif à la recherche d’un imaginaire propre. Sur ce second plan, la proposition avoue vite ses limites. Kontchalovski introduit des éléments d’étrangeté et d’ironie absurde, mais ne parvient pas entièrement à les faire fructifier (les apparitions du chat gris, notamment). De plus, le récit peine à trouver le liant unissant les cheminements de ses protagonistes et ne se sert finalement que très peu d’un rebondissement de taille placé à mi-parcours. Certes, Les nuits blanches du facteur est une réussite formelle, grâce entre autres à sa gestion des espaces, des cadrages d’intérieur inventifs, et ce, malgré un budget que l’on sent limité au strict minimum, mais ce sont surtout ses incursions mélodieuses dans le vécu d’un village de la Sibérie profonde qui réussissent à nous interpeller véritablement.

1 En fin d’année, Carusel devrait aussi sortir Paradis, le plus récent long métrage de Kontchalovski.

Sortie :  vendredi 16 juin 2017
V.o. :  russe / s.-t.a. & s.-t.f.

The Postman’s White Nights
Belye nochi pochtalona Alekseya Tryapitsyna

Genre :  Drame  – Origine : Russie –  Année :  2014 – Durée :  1 h 41  – Réal. : Andrei Konchalovsky – Int. : Aleksey Tryapitsyn, Irina Ermolova, Timur Bondarenko, Viktor Kolobkov, Viktor Berezin, Tatyana Silich– Dist. :  Kinosmith / KinoFilm Corp.

Horaires
@
  Cinémathèque québécoise Cineplex

Classement
Tout public

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]  –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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