26 avril 2018
Un texte d’une irrésistible maturité, horizontal, linéaire selon la symétrie de la tragédie grecque. En fait, dès notre entrée dans la salle, nous sommes devant un décor scénique privilégiant le gris et le blanc, minimaliste, précurseur du récit qui nous sera raconté, comme dans le drame ou la tragédie antique.

Crédit photo : © Yannick Macdonald
Et puis un seul personnage qui vit ses derniers moments, face devant l’inévitable finitude, un mortel à qui il ne reste qu’à raconter son Histoire, faite de conquêtes et de constructions, d’amitiés ennemies et de trahisons, d’amours féminines (et masculines, mais malheureusement pas présentes dans le texte, alors que le film d’Oliver Stone sur le Macédonien n’hésitait pas une seconde sur cet aspect non négligeable de sa vie et souvent décrié). Mais la conception de l’homosexualité à cette époque n’était pas la même qu’aujourd’hui. De toute évidence, sa relation amoureuse avec Héphaestion ne peut être placée sous silence.
Quoi qu’il en soit, Le tigre bleu de l’Euphrate est une odyssée grecque, comme dans le cas d’Ulysse, un long et périlleux voyage pour unir l’Occident et l’Orient afin de concevoir le monde à sa façon, au nom de la pérennité. Le texte de Laurent Gaudé sensibilise notre amour de la littérature et des récits en forme de monologues scéniques qui libèrent l’âme et enrichissent l’esprit. Pendant une heure et demie, Emmanuel Schwartz, monumental, grandiose, inégalable, habite le personnage, se pare de ses attributs méditerranéens et évoque l’Égée, la mer de cette partie du monde comme si elle détenait l’avenir de l’Humanité. Suite
Deux expériences chorégraphiques différentes, mais toutes deux porteuses d’un identitaire queer qui revendique son allégeance culturelle, sociale et politique. Une salle remplie à capacité pour les deux spectacles, à forte majorité fin vingtaine, trentaine. Mélange mixte de gars et de filles, de gais et d’hétéros. Bref, ceux et celles qui ont toujours nourri les débats à La Chapelle.
Pour le critique, c’est l’endroit idéal pour ses revendications justifiées, ses rencontres fructueuses avec l’autre, ses intrusions rusées dans des univers parallèles sans qui les changements ne se réalisent pas dans la société. Mais c’est aussi reconnaître la liberté d’expression que procure notre métropole, tant du côté francophone qu’anglophone. Comme quoi le quotidien est parfois pavé de bonnes intentions.
Deux performants, Ellen Furey et Malik Nashad Sharpe (sexe volontairement non identifié). Des artistes absorbés dans un décor sans décor où le corps seulement a ses raisons. Une première partie, seul le silence fait de bruit transgresse les lois de la gravité et situent ces personnages entre Terre et autre Planète imaginée dans une ambiance qui fait la joie de l’assistance. SOFTLAMP.autonomies, c’est ce perdre dans la dimension entre le corps physique et le psychique, c’est réagir à une musique répétitive, celle de la deuxième partie, comme s’il s’agissait d’un hommage au rave, produit culturel d’une autre époque qui traduit magnifiquement bien un monde en perdition, qui refuse catégoriquement le passé et s’emploie à reconstruire un lieu dont on n’a pas idée de quoi il sera formé.
C’est destroy et dans le rythme et les mouvements qui ne cessent de se réinventer sans vraiment le faire. Signe d’un temps où le nouveau siècle commence à peine à construire les balises d’un univers incertain, froid, distant, et dont l’Humanité n’est pas encore claire, quitte à se perdre dans sa forme actuelle. Entre la vie et la mort, si on suit l’actualité quotidienne, les lignes de démarcation ne sont pas si lointaines les unes des autres. Avec SOFTLAMP.autonomies, cette allusion transparaît en filigrane. Et peut-être que les deux concepteurs/trices ne sont pas tout à fait conscient(es). Qu’importe, ce pas de deux apocalyptiques n’est pas dénué de raison.

Crédit photo : © Kinga Michalska
Un préambule s’impose parce que le hasard est parfois heureux. Je viens de lire l’article d’Odile Tremblay (Le Devoir) sur cette pièce incontournable. Avant le spectacle, perdue parmi la foule en majorité anglophone (et juive) au Centre Segal, la journaliste semble être dans un autre monde. Dans son écrit, elle exprime ses mots avec une authenticité lumineuse, vrais, sincères, sortant des tripes, exposant une réalité québécoise et plus particulièrement montréalaise avec autant d’émotions (au pluriel) et de paroles de réconciliation. Nous et les autres, les deux solitudes, moins senties qu’autrefois, certes, mais toujours présentes. La cause : une métropole magnifique qui, hors du centre-ville, ses citoyens s’agglomèrent selon ses appartenances raciales, ses idéologies politiques et parfois-même, ses orientations sexuelles. Des mots simples pour un rappel à l’ordre : pourquoi ne pas avoir dans le même quartier une église, une mosquée, un temple hindou, une pagode chinoise et une synagogue. Le résultat, vous le connaissez.
Et puis, The Angel & the Sparrow, une rencontre probable, oui plausible et en réalité, vraie, puisqu’il s’agit de deux grandes dames de la scène et du cinéma (car Piaf a joué aussi dans quelques films), deux femmes libres de chanter, d’aimer, de se brûler, d’aller jusqu’au bout du désir et de la passion, mais aussi de pas nier leurs origines sociales et surtout et avant tout, de souligner fermement ce refus de l’échec, non pas par égocentrisme, mais parce que vu les résultats, l’effort en valait la chandelle.

Crédits photos : © Leslie Schachter Suite
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