17 mai 2018
Qu’est-il arrivé à Wim Wenders? Qu’il montre une admiration pour le Souverain pontife n’est pas la question, mais qu’il évite de lui poser les vraies questions sur l’état du monde aujourd’hui en est une autre. Pope Francis: A Man of His Word serait-il « arrangé avec le gars des vues », ne suscitant aucune surprise pour le Saint-Père… et pour nous?
Force est cependant de reconnaître qu’en adoptant son pontificat selon la doctrine humaniste de Saint-François d’Assise, les paroles du pape résonnent bien au sujet des problématiques que nous connaissons déjà : la foi spirituelle a été remplacée par la croyance face au pouvoir de l’argent, la Terre a été laissée à l’abandon, les injustices sociales sont monnaie courante, et 20% de la population mondiale possède 80% des richesses.
Pour pallier le manque de rigueur narrative, on peut succomber devant la richesse de certains plans, notamment ceux des visages d’une foule d’admirateurs du pape. Profils d’une humanité exprimant le souhait d’une lueur d’espoir venant d’un être supérieur et le profond désir de l’accomplissement d’une vie meilleure.
Ces plans, faut-il l’avouer, sans parfois déchirants, et Wenders en est conscient. Mais sur les sujets controversés, comme la question LGBTQ, à peine quelques mots venant du souverain. Après tout, il s’agit d’un homme d’Église! Idem pour la pédophilie au sein de l’Église, même s’il en dit plus sur la question. Sur les femmes, le néant, à moins que quelques mots nous aient échappés. Les autres confessions sont abordées équitablement et respectueusement et le « vivre ensemble » confessionnel est évoqué. Il dira que les trois religions monothéistes partagent la même particularité : nous sommes les fils d’Abraham. Le reste, c’est de l’Histoire.
Beau portrait d’un pape humaniste fréquemment filmé en plan frontal. Cependant, le film n’est que la simple illustration d’un personnage illustre. Du cinéaste de Paris, Texas, on s’attendait à quelque chose de plus solidement viscéral.

Réalisation
Wim Wenders
Genre : Documentaire
Origine : Italie / Allemagne / France / Suisse
Année : 2018
Durée : 1 h 36
Dist. : Universal Pictures
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]
![]()
Réalisation
Raja Gosnell
Genre : Comédie
Origine : États-Unis / Grande-Bretagne
Année : 2018
Durée : 1 h 34
Dist. : Les Films Séville
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Tout public
![]()
14 mai 2018
Le théâtre de l’absurde est comme celui de la vie, imaginaire puisque trop illusoire, et composé de protagonistes face à une finitude cruelle et imminente. En effet, Les chaises, pièce écrite en 1952, à peine quelques années après la Seconde Guerre mondiale, avec l’esprit des survivants d’une europanéité encore traumatisée par une apocalypse presque planétaire et qui subsiste malgré tout. Aujourd’hui, 65 ans plus tard, montée au TNM, on ressent encore la puissance d’évocation d’une écriture incomparable où les paroles prononcées expriment le terrible désarroi de l’individu devant une société qui n’a rien compris.
Se promettre des châteaux en Espagne tout en sachant que rien ne se réalisera, donner espoir à des personnes qu’on imagine, tout en sachant qu’en est soi-même perdu, inventer des chaises pour les accueillir dans un lieu de tous les possibles; les deux protagonistes, simples fantômes de l’imaginaire, seuls dans leur royaume. Inventer une salle de conférence ou de théâtre où le Grand dirigeant du pays fera un discours qui ne se fera pas.
La folie, c’est de cela que traite Eugène Ionesco, mais un égarement doux, candide, enfantin, en cadre frontal face à un monde incompréhensible qui se doit d’être apprivoisé, ne serait-ce que pour que l’individu ne périsse dans l’ignorance.

Crédit photo : © Yves Renaud
2026 © SÉQUENCES - La revue de cinéma - Tous droits réservés.