30 juillet 2015

Un Américain, Dan Koeppel, visite des quartiers de Los Angeles pour retracer les pistes cyclables du début du siècle dernier alors que le vélo était le moyen de transport principal de cette ville maintenant gigantesque car très étalée. Voilà un des passionnés de ce que certains appellent la petite reine que le réalisateur suédois Fredrik Gertten, surtout connu pour son film Bananas!* sur les démêlés de la compagnie américaine Dole, rencontre dans ce documentaire qui circule par monts et par vaux à la manière de ses protagonistes. Suite

Si l’on en juge par ses sept longs métrages, le discret Nishikant Kamat traite particulièrement de sujets sociaux affectant son pays. L’Inde d’aujourd’hui, semble dire le cinéaste, s’est rapidement modernisée, mais tout en adaptant certaines coutumes occidentales bienvenues, est aussi atteinte de tous ces vices cachés importés qui empoisonnent le vécu, parfois même dramatiquement.
Dans Dryshyam, les apparences sont trompeuses. La quête de la vérité n’est plus une affaire de coupables et de victimes, mais une lutte effrenée entre le mensonge et la morale. Suspense haletant, se prenant au sérieux avec un naturel bouleversant, soutenu par une performance d’acteurs remarquables, dont un Ajay Devgn, extraordinairement palpable dans ses différents registres et Tabu, souveraine, remarquée l’an dernier dans le remarquable Haider (2014), illustre adaptation du Hamlet de Shakespeare. Ces deux vedettes bollywoodiennes illuminent l’écran peur leur aplomb, leur grâce, leurs moments de pure prouesse, conscients d’une caméra qui les capte à chaque moindre geste.
C’est aussi un film sur les affres malsains des nouvelles technologies, les cellulaires qui non seulement envahissent nos vies, mais sont souvent l’objet de captations intimes, de vies gâchées. La nouvelle dynamique sociale dominée par l’image perpétuelle n’est plus l’apanage d’un groupe particulier, mais s’est étalé à l’ensemble de la société.
C’est là le thème principal du film, en plus d’être un regard sur le cinéma, sur sa puissance à la fois rédemptrice et dans le même temps vulnérable. Les cinéastes indiens, conscient des divers mouvements sociaux et politiques de leur pays en constante transformation et occidentalisation, agissent souvent comme des philosophes envers le peuple, amoureux fou du cinéma qu’ils voit comme une sorte d’alternative thérapeutique à leurs problèmes quotidiens.
De tous les cinémas nationaux, le bollywoodien ose se permettre de diffuser un cinéma à message, chose presque totalement taboue dans les sociétés occidentales. Ici, dans Drishyam, le manichéisme n’est pas un tort parce qu’abordé avec toutes ses nuances, ses subtilités et ses vélleités, tout en s’assurant que l’individu, l’humain, demeure le principal objectif filmé. Sur ce point, le fim de Kamat est brillamment abouti.
Genre : Drame – Origine : Inde – Année : 2015 – Durée : 2 h 45 – Réal. : Nishikant Kamat – Int . : Ajay Devgan, Tabu, Shriya Saran, Rajat Kapoor – Dist. / Contact : A-Z Films.
Horaires : @ Cineplex
CLASSIFICATION
Interdit aux moins de 13 ans
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
SANSGenre : Drame policier – Origine : France – Année : 2014 – Durée : 1 h 51 – Réal. : Cédric Anger – Int. : Guillaume Canet, Ana Girardot, Jean-Yves Berteloot, Patrick Azam, Arnaud Henriet, Piérick Tournier – Dist. / Contact : A-Z Films.
Horaires : @ Beaubien – Cineplex
CLASSIFICATION
Interdit aux moins de 13 ans
(Violence)

Ce réquisitoire pour jeune entrepreneur, qui ne peut se payer le luxe d’un burn-out, peut à la rigueur poser la question sur le vrai sens de la vie, l’inutilité des biens accumulés, le désir de bien paraître auprès des amis, l’achat de la paix par des gadgets, la transformation du corps pour camoufler un mal-être. Ici, la démonstration s’avère simple, trop peut-être, loin des pensées philosophiques et métaphysiques.
On se contente de montrer la honte du consommateur en déroute, dont la seule échappatoire consiste à courir sur une route de campagne au lieu d’un tapis roulant devant une porte de garage. Si le public cible ressemble aux personnages examinés, l’alarme peut être perçue; autrement, on doit s’attendre à un triste constat de non-recevoir car ce portrait, somme toute assez fidèle à celui d’une strate de notre société actuelle persistant à croire que le bonheur réside dans l’avoir et non dans l’être, ternit la volonté de distraction recherchée.
En cette période d’austérité, on peut espérer que ce film trouvera un certain écho chez les aficionados de Morissette qui semble vouloir passer son message.
Genre : Comédie dramatique – Origine : Canada [Québec] – Année : 2015 – Durée : 1 h 41 – Réal. : Ricardo Trogi – Int. : Louis Morissette, Julie Perreault, Patrice Robitaille, Christine Beaulieu – Dist. / Contact : Séville. Horaires : @ Beaubien – Cineplex – Excentris
CLASSIFICATION Interdit aux moins de 13 ans (Langage vulgaire)
MISE AUX POINTS ★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

À une représentation à l’opéra de Vienne, un chef d’état est attendu et la sécurité est omniprésente. Pourtant des éléments terroristes réussissent à s’immiscer. S’en suit une variation complexe d’une scène célèbre de The Man Who Knew Too Much d’Alfred Hitchcock où encore une fois, une note set d’appel à l’action criminelle. L’opéra joué est Turandot de Puccini et l’air Nessum dorma, sert de leitmotiv idéologique à l’action de l’agent de l’IMF, dans ce scénario très bien construit de Christopher (The Usual Suspects) McQuarrie.
L’organisation sutra-secrète Mission Impossible s’est vue discréditer et a donc vu ses moyens considérablement réduits. Ethan, l’agent très spécial joué par Tom Cruise, en pleine commande de ses moyens physiques dans des cascades époustouflantes réglées au millimètre près, doit donc agir quasiment seul aidé de manière inattendue par une agente double ou triple dont le nom Ilsa Faut (Rebecca Ferguson) souligne le caractère risqué de possible pacte avec le diable.
Les motifs musicaux ne poussent pas le bouchon jusqu’à rajouter des airs de Gounod à ceux de Puccini dans les moments plus calmes. Le spectateur est trimballé dans un voyage sidérant de la Biélorussie, à Cuba, l’Autriche en passant par le Maroc pour finir dans une Grande-Bretagne qui cherche encore à garder de chics oripeaux de son statut de puissance mondiale. McQuarrie aussi réalisateur, aidé de Robert Elswit à la photographie et de nombreux spécialistes en effets spéciaux pétaradants et autres, mène l’action de manière doctement sautillante.
Ethan, tout James Bond américain qu’il soit, reçoit de sa bande d’amis, Benji, Brandt, Luther, un ferme soutien dans tous les instants critiques. L’adversaire, comme il se doit est de taille, interprété par un Sean Harris souverain, soutenu aussi par des sbires de bonne tenue. Le regard oblique que porte McQuarrie sur l’actualité contemporaine permet d’ancrer de plus belle façon cette nouvelle suite ciné de la fameuse série télé créée par Bruce Geller.
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Genre : Action / Espionnage – Origine : États-Unis – Année : 2015 – Durée : 2 h 12 – Réal. : Christopher McQuarrie – Int. : Tom Cruise, Jeremy Renner, Paula Patton, Simon Pegg, Ving Rhames – Dist. / Contact : Paramount.
Horaires : @ Cineplex
CLASSIFICATION
Interdit aux moins de 13 ans
(Violence)
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
SANSGenre : Animation – Origine : Grande-Bretagne / France – Année : 2014 – Durée : 1 h 25 – Réal. : Mark Burton, Richard Starzak – Voix (VO) : Justin Fletcher, John Sparks, Omid Djamili – Dist. / Contact : Remstar.
Horaires : @ Beaubien (dès le vendredi 7 août 2015) – Cineplex –
CLASSIFICATION
Tout public

Une surprise de taille que celle de Tangerine, sorti cette semaine sans tambour ni trompette et surtout et avant tout, tourné sur iphone de façon sublime. Magnifique habileté technique manipulée par Sean Baker (Prince of Broaday, 2008), le réalisateur lui-même, assisté de Radium Chang (première incursion dans le cinéma de long métrage pour le grand écran). Le résultat est sensationnel, donnant à chaque image une impression éthérée qui se glisse dans notre peau, s’empare de notre for intérieur et nous laisse perplexe après la projection.
Los Angeles nocturne (et parfois diurne), dans un des quartiers chauds, ce sont les travestis, les transexuels, les prostitué.es, les laissés-pour-compte, les oubliés de la société, les marginaux aussi excentriques que fous et admirables. Mais aussi les flics, les passants qui ne font plus attention aux débordements imprévus. Tangerine (quel joli titre !), c’est surtout une envolée nocturne au royaume de l’audace, du je-m’en-foutisme, du bordélique et de l’interdit.
Et dans ce milieu, un chauffeur de taxi hyper masculin, un Arménien (mal)marié et qui a des problèmes à assumer sa sexualité. Oui, en 2015, ça existe encore… pourquoi pas ? Et il préfère faire des pipes aux she-males ambulantes, plutôt que de… Une des scènes les plus osées et brillantes du film.
Le masculin et le féminin se dérobent pour laisser la place à une revendication de sa propre indentité. Les transgenres Mya Taylor et Kitana Kiki Rodriguez sont imbattables ; la première cool, sereine, d’une logique désarmante ; la seconde secouée par une histoire d’amour aussi banale que délirante à en mourir mais, qui dans ce qu’elle a de plus absurde, sert de catalyseur à une performance endiablée de la Kiki. Souveraine, sublime, son visage évite le plus souvent l’objectif filmique qui, mine de rien, s’amuse à la surprendre. Son refus d’ignorer la caméra est justement ce qui donne au film son hégémonie narrative.
Et derrière tous ces déhanchements provocateurs, ces one-liners extraordinaires à la sauce camp, ces extravagances sans retenue, un regard discret sur les communautés ethniques homophobes, qui n’ont rien changé à leur attitude quant aux diverses manifestations de la sexualité.
C’est trash, évoque John Waters à son plus jouissevement arrogant, le Gus Van Sant de Mala noche et tous ces films indie qui ont tout à se reprocher, mais l’assument avec une ardente et farouche détermination.
Mais c’est aussi un film queer déchirant, d’une émotion palpable, surtout lorsque l’œil du support technique capte un visage en détresse sans s’annoncer, sans crier gare, à l’improviste.
Sean Baker a réalisé l’un des plus beaux films de l’année. Une surprise étonnante filmée dans un cinémascope triomphant qui donne au cadre, au plan et à l’espace leurs titres de noblesse. Et dire que c’est fait avec un des supports reliés aux nouvelles technologies. Le 21e siècle affirme son cinéma avec une grâce incandescente, une puissance d’évocation et un étonnement soutenus.
Genre : Drame de milieu – Origine : États-Unis – Année : 2015 – Durée : 1 h 28 – Réal. : Sean Baker – Int. : Kitana Kiki Rodriguez, Mia Taylor, Karen Karagulian, Mickey O’Hagan, James Ransone, Alla Tumarinian – Dist. / Contact : VSC.
Horaires : @ Cineplex
CLASSIFICATION
Interdit aux moins de 13 ans
(Langage vulgaire)
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
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