20 avril 2018
Contrairement à nos habitudes, nous ne respecterons pas le nombre de mots normalement attribués au Coup de cœur ou au Film de la semaine puisque le film de Majid Majidi n’est à l’affiche que jusqu’à jeudi, inclusivement.
Premier essai en territoire bollywoodien, l’auteur des superlatifs et édifiants Baran (Le secret de Baran, 2001), Les Enfants du ciel (Beed-e majnoon, 2005) et Le chant des moineaux (Avaze-gonjeskh-ha, 2008) signe, certes, une œuvre classique, véritable hommage à un certain cinéma brésilien ou mexicain des favelas et des bas-fonds, où la débrouille demeure le seul moyen de survie.
Mais il y a un récit, comme pour suivre une tradition chère aux cinéastes iraniens de sa génération. Car pour le cinéma persan, qui transparaît dans chaque plan dans Beyond the Clouds, la narration est aussi une prise de position sociale et politique, nourrie également par un souci de la forme, ici, salvatrice, poétique, renouant avec un cinéma classique qui revendique son statut et sa place dans la mouvance cinématographique d’aujourd’hui.
De Bollywood, Majidi a retenu la saveur des grands mélodrames urbains où les laissés-pour-compte, perdus parmi la foule, arrivent à s’en sortir ou finissent par disparaître. Mais c’est aussi et avant tout un film sur le pardon et la rédemption. Le thème de la culpabilité prend ici des proportions extrêmes, dont le cinéma indien grand public se fait toujours un plaisir de montrer; mais Majidi ajoute cette subtilité persane très proche de la retenue.
Les deux rôles principaux sont incarnés par deux comédiens d’une extraordinaire présence : Malavika Mohanan, d’une beauté radieuse, pourvoit l’écran de sa grâce féminine et de sa détermination. Et puis, le comédien Ishaan Khattar, qui change de registre d’une séquence à l’autre avec une dextérité et une aisance époustouflante; sans oublier que la caméra le filme, tout comme Mohanan, avec un rapport au corps amoureux.

Réalisation
Majid Majidi
Genre : Drame – Origine : Inde / Iran – Année : 2017 – Durée : 1 h 59 – Dist. : Imtiaz Mastan.
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Tout public
(Déconseillé aux jeunes enfants)
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]
Après Two Lovers and a Bear qui relatait l’histoire d’amour d’un jeune couple dans le Grand Nord canadien, Kim Nguyen continue, avec son plus récent Eye on Juliet, sur cette lignée de film au romantisme bien assumé dans des lieux géographiques toujours plus surprenants. Cette fois-ci, l’amour fera se connecter un jeune homme au cœur brisé de Detroit et une Marocaine destinée à un mariage forcé avec un homme plus vieux. Malheureusement, le résultat cinématographique ne sera pas aussi convaincant.
Avec Eye on Juliet, Kim Nguyen signe un scénario très ingénieux, réussissant à relier, de façon originale et parfois amusante, deux réalités diamétralement opposées, la froideur des bureaux de cette ville du Michigan et la chaleur du Sahara. Cette clairvoyante idée donne lieu à plusieurs séquences bien pensées et souvent assez rigolotes, notamment celles impliquant ce petit robot qui se promène dans le désert en discutant de la vie, de l’amour, de la sexualité.
Or, Nguyen se concentre peut-être trop sur l’aspect romantique de son œuvre et effleure à peine, et avec très peu de nuances, la dimension géopolitique et sociale dans laquelle son récit est campé. Tout ce qui a trait à la vie au Maroc et aux enjeux sociaux, culturels et économiques affiche des clichés et s’avère sans profondeur.
Celui qui nous a habitués à magnifier les décors et les paysages dans lesquels ses histoires se déroulent, notamment dans ses derniers Rebelle et Two Lovers and a Bear, ne réitère pas du tout cet exploit ici. L’absence de l’excellent directeur photo Nicolas Bolduc, qui suivait pourtant Nguyen sur tous ses projets depuis Le marais en 2008, se fait cruellement sentir. Visuellement, le film est fade, n’offrant que très peu de vraies belles images.
Bref, avec des protagonistes qu’on ne sent pas très habités, manquant de charisme dans leur interprétation, une esthétique ordinaire et un manque de rigueur dans la présentation de son contexte, Eye on Juliet, malgré sa prémisse très intéressante, se classe comme une œuvre mineure dans la filmographie du réalisateur. Ses deux œuvres précédentes ont créé des attentes à un niveau auquel Eye on Juliet ne s’élève pas.
Il n’en demeure pas moins qu’en ces temps sombres dans notre momde imparfait, un film porteur d’autant d’espoir et d’humanité, de compassion et d’ouverture sur le monde fait du bien. Malgré ses faiblesses, on peut tout de même remercier Kim Nguyen pour le sourire et l’émotion qu’il nous inspire. C’est aussi à cela que peut servir le cinéma.

Réalisation
Kim Nguyen
Genre : Conte – Origine : Québec [Canada] – Année : 2017 – Durée : 1 h 30 – Dist. : Les Films Séville.
Horaires & info.
@ Cinéma Beaubien – Cineplex
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]
Dans le Paris de 1964, le peintre et sculpteur Alberto Giacometti (Geoffrey Rush) est seul maître à bord de son atelier bringuebalant situé dans une ruelle. Artiste établi dont les œuvres atteignent des sommes records, c’est lui qui décide quand on travaille, on doute, on baise, on flirte, on rigole ou on détruit, sous le regard patient de son frère et assistant Diego. Ayant demandé au jeune critique d’art et écrivain James Lord (Armie Hammer / Call Me by Your Name) de poser pour lui, il fait et refait son portrait, forçant le jeune homme à repousser constamment son retour à New York. Entre les dîners arrosés au bistro, les petits flirts, les balades en voiture avec sa maîtresse Caroline (Clémence Poésy) ou les disputes avec sa femme Annette (Sylvie Testud), un singulier après-midi de pose se transforme en semaines, voire en mois. Jour après jour, le jeune écrivain fasciné et dévasté par cette attente forcée, observe l’artiste dans ses forces et ses faiblesses, ses doutes et sa courageuse faculté de détruire son œuvre et de recommencer à neuf.
Il fallait le brio d’un acteur de génie pour faire passer la rampe à ce personnage compliqué qu’est Giacometti, dont le discours passe constamment du français à l’anglais, en passant par l’italien, dissertant sur l’art autant que sur le sexe tandis qu’il peint et dépeint. L’acteur, réalisateur, écrivain et producteur Stanley Tucci l’a trouvé avec le phénoménal Geoffrey Rush, qu’il a entouré d’une brillante composition d’acteurs américains, français et italiens. L’excellente caméra de Danny Cohen, utilisant une saturation de couleurs et des plans qui s’inspirent des peintures et point de vue utilisés par Giacometti dans ses œuvres, donne un tour fascinant à ce film qui se situe entre le portrait d’artiste, la photo d’époque et un essai sur l’art. Un film qui permet d’apprendre, de pondérer et de sourire.

Réalisation
Stanley Tucci
Genre : Chronique biographique – Origine : Grande-Bretagne – Année : 2016 – Durée : 1 h 30 – Dist. : Métropole Films.
Horaires & info.
@ Cinéma Beaubien – Cineplex
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]
Réalisation
Aby Kohn
Marc Silverstein
Genre : Comédie sentimentale – Origine : États-Unis / Chine – Année : 2018 – Durée : 1 h 51 – Dist. : Les Films Séville.
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Tout public
Réalisation
Rohit Jugraj
Genre : Drame sportif – Origine : Inde – Année : 2018 – Durée : 2 h 05 – Dist. : Imtiaz Mastan.
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Tout public
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