28 juin 2018
Si l’on tient compte des citations dans les médias de cette fin de semaine, toutes catégories confondues, les quelques vrais spécialistes de la critique, à qui se sont joints des chroniqueurs, donc pas critiques, mais plutôt donneurs d’opinions, le nouvel Arcand semble avoir été bien accueilli. Une chose est certaine : La chute de l’empire américain est le genre de film qui, pour diverses raisons, suscite des réactions intellectuelles, mais faut-il également ajouter que celles émanant de la critique spécialisée détiennent les arguments les plus solides. Les propos se rapportent au film et non pas à un Nom. Ce sont ces réponses au film qui comptent le plus pour le cinéaste car elles proviennent des tripes et d’une connaissance du cinéma, arguments d’autant plus motivés si l’on tient compte que la plupart parmi lesdits « spécialistes » et très souvent les meilleurs, ne sont même pas rémunérés. Prenons la liberté de clamer haut et fort le cliché « on le fait pour l’amour du cinéma! ». Quand justice sera faite? Retournons au sujet même si ce préambule était nécessaire pour remettre les pendules à l’heure.

Le compte est bon. La morale est sauve
Après l’écueil du Règne de la beauté (2014) qui entretenait un rapport presque incestueux et doublement colonialiste entre deux pôles d’attractions, disons-le, linguistiquement opposés, l’Ontario, par le truchement de Toronto, et le Québec, par celui de Montréal, cette chute de l’Amérique pour toutes sortes de raison, particulièrement due au pouvoir de l’argent, résonne comme un cours 101, à la rigueur 201, de sciences politiques, agrémenté de tirades philosophiques à la disposition du commun des mortels.
C’est dans le dialogue, extrêmement travaillé pour satisfaire tous les courants de la société, voire même toutes les classes sociales que le scénario semble avoir été rédigé. Les adorables et prétentieux bourgeois de l’exceptionnel Déclin de l’empire américain sont venus à la conclusion que les secteurs sociaux n’existent plus. En fait, ces protagonistes vivant jadis dans une bulle protégée (les cercles universitaires) ont rejoint les rangs de ceux qui croient ferme à un populisme de bon aloi, mais inconscients des conséquences qu’il peut entraîner à court ou à moyen terme. Et il me semble qu’il s’agit d’une idéologie culturelle plus que politique contre laquelle personne n’y peut rien.
Denys Arcand s’adresse au grand public, et cela n’est pas un défaut, mais que fait-il de Pierre-Paul, ce doctorant en philosophie un peu trop candidement hagard et bien campé par un Alexandre Landry en pleine forme? Va-t-il abandonner tous ses appris sur l’existence au nom de l’argent?
Aujourd’hui, il y a, partout dans le monde occidental, une lutte entre la raison et les forces d’un populisme politique, social et culturel (donc, intellectuel) réactionnaire. Ces données sont absentes dans La chute de l’empire américain, titre qui méritait un traitement plus féroce, sans avoir peur de provoquer, de choquer, de jeter du vitriol sur les apparences, sur les faux rêves auxquels nous croyons, sur nos corps trop sensibles, sur notre égocentrisme impitoyable.
Oui, il y a, comme toujours chez Arcand, des clins d’œil à certains de ses films, comme par exemple, la séquence de la soupe populaire. Mais soyons respectueux envers celui qui nous a donné des perles comme Le confort et l’indifférence. Arcand n’est pas devenu indifférent, loin de là, mais ne devrait-il pas se départir de son confort qui ne lui sied pas bien?
Ajoutons néanmoins, pour notre simple plaisir, que l’animatrice Maripier Morin s’avère une excellente comédienne et possède, comme la plupart des Québécoises, un visage splendide et rassurant. Elle a pour prénom, dans le film, Aspasie, prénom féminin grec qui, si l’en croit les légendes antiques, cette femme farouchement vaillante et hautement cultivée aurait eu de l’influence auprès des Grands hommes de l’époque, dans tous les aspects de la vie. Le compte est bon. La morale est sauve.
—
Sortie
Vendredi 29 juin 2018
V.o.
Français, anglais; s.-t.f.
The Fall of the American Empire
Réalisation
Denys Arcand
Genre
Satire sociale
Origine
Québec [Canada]
Année
2018
Durée
2 h 09
Distributeur
Les Films Séville
Horaires & info.
@ Cinéma Beaubien
Cineplex
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
—
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Mauvais. 0 Nul / ½ [Entre-deux-cotes]
—
![]()
Après les succès, en Inde et dans les pays de la diaspora, que sont Munna Bhai M.B.B.S. (2003), Lage Raho Munna Bhai / Keep at It, Munna Bhai (2006), 3 Idiots (2009) et PK (2014), Rajkumar Hirani se penche sur une partie de la vie du controversé acteur indien Sanjay Dutt, accro à la drogue, consommé par l’alcool, playboy invétéré soupçonné d’avoir eu des liens avec le milieu du terrorisme. En tentant de réhabiliter cet immense acteur bollywoodien au sein de la société, Hirani n’a guère le choix que de prendre position; mais nous sommes prêts à entendre ce plaidoyer d’une profonde charge émotive.

Un plaidoyer d’une profonde charge émotive
Cette entreprise de retour à la vie normale se fait par le truchement du genre mélodrame, mais transcendé par une mise en scène spectaculaire respectant les codes du cinéma grand public (chansons, chorégraphies, recours à l’émotion) et du regard personnel. Ces deux approches se nourrissent l’une et l’autre, effectuant des va-et-vient sans qu’on s’aperçoive de leurs différences et de leurs similarités. Fils du grand cinéaste-comédien Sunil Dutt et de l’icône Nargis (Mother India), Sanjay Dutt est l’exemple même qui confirme que la notoriété n’est pas nécessairement synonyme de bonheur ou de vie artistique réussie.
Mais Rajkumar Hirani renverse la situation et finit par avoir la main heureuse dans cette entreprise de rédemption salutaire comme le ferait, par exemple, un livre. Mais il y a aussi, des interprètes qui permettent de rendre l’ensemble aussi crédible que possible. Ranbir Kapoor est triomphale, souverain, s’emparant du personnage de Dutt, comme une deuxième nature. Il respire le sujet, se l’acquière et se permet aussi quelques petites touches personnelles qui lui vont comme un gant. Voilà un Bollywood dont on sort ravis, conquis par la subtilité du propos, la force de caractère des protagonistes et les messages moraux de cette cinématographie nationale dont le principal thème demeure toujours la condition humaine.
Les connaisseurs reconnaîtront les passages rapides de quelques comédiens indiens, dont un Boman Irani en plein délire. Le rôle de Sunil Dutt est adroitement accompli par le puissant Paresh Rawal; quant à Nargis, Manisha Koirala se l’approprie, imitant sa voix, ses gestes et sa démarche dans quelques séquences bouleversantes. Tout en soulignant la présence magique de Vicky Kaushal , déjà remarqué dans Raman Raghav 2.0 / Psycho Raman 2.0 (2016) et Raazi / Agree (2018). Sanju est l’une des plus belles surprises de la saison bollywoodienne.
En Occident, on parle de plus en plus de crise du Grand Écran. En Inde, malgré la poussée des cellulaires et d’autres moyens de diffusion des films, les salles de cinéma conservent toujours leur attrait légendaire et ne sont pas prêtes de fermer. Car le cinéma, pour les gens de cette vaste région du monde, est à jamais plus grand que la vie.
—
Sortie
Vendredi 29 juin 2018
V.o.
Hindi; s.-t.a.
Sanjay Dutt
Réalisation
Rajkumar Hirani
Genre
Drame biographique
Origine
Inde
Année
2018
Durée
2 h 35
Distributeur
Fox Star Studios
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
—
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Mauvais. 0 Nul / ½ [Entre-deux-cotes]
—
![]()
Avec, à la barre, Stefano Sollima, fils du cinéaste-culte italien Sergio du même nom, et ayant signé un premier long métrage musclé, Suburra (2015), sans compter la mise en scène de nombreuses téléséries d’action, il fallait s’attendre au plus réussi, voir même foudroyant.
Pari plus qu’atteint puisque ce deuxième épisode est plus réussi que celui de Denis Villeneuve, pourtant très bon, délaissant l’action (pourtant, ici, très présente) au profit d’une création d’ambiances étonnantes, rendant le cadre de fond en comble cinématographique et à-propos, politique mondiale migratoire oblige.
Effectivement, Sicario: Day of the Soldado abandonne certains clichés du genre, s’empare de ce qui paraît bien en termes de narration et a l’air de s’en ficher totalement de la censure. Sicario ou en français « tueur à gages », surplombé d’un sous-titre pour signifier sa double nouvelle identité. On ne dit pas plus. Le spectateur est assez intelligent pour comprendre. Sommes-nous revenus (bien heureusement) au temps des Charles Bronson de ce monde (Death Wish et ces films italiens à la Valachi Papers) où la violence servait d’élément esthétique à un cinéma en plein questionnement affichable. Dans le cas de Sollima fils, très certainement. Du moins, c’est de sa part, une brillante proposition.
Car derrière ces sports de combat que manifestes les anti-héros de ce thriller/suspense, une âme sensible, une volonté de normaliser, le plus souvent vainement, un monde corrompu jusqu’aux os. Est-ce un hasard si le film sort au moment où les États-Unis sont à l’heure zéro politique, sociale et avant tout morale. Les migrants, c’est de cela qu’il s’agit. Ont-ils tort, ont-ils raison? Les différents médias prêchent pour leur paroisses (leurs idéologies), faisant du simple citoyen un objet de convoitise pour tel ou tel parti.

Le système œil pour œil, dent pour dent semble fonctionner dans certains cas
Le système œil pour œil, dent pour dent, contraire aux principes chrétiens, semble fonctionner dans certains cas, dans un terrain mondial miné qui n’a plus de valeurs. Nous sommes tous des assassins et en liberté provisoire, semble dire un Sollima tout à fait conscient de son époque, montrant des personnages hors du temps, réinventant inconsciemment le quotidien. Et Alejandro, parfait Benicio Del Toro, en est la preuve vivante.
Les cartels règnent dans leurs pays. La morale n’existe plus. Les bonnes consciences doivent réajuster leurs visions du monde et de la vie. Le film de Stefano Sollima, c’est parfois invraisemblable parce que c’est du cinéma, éthiquement discutable parce nous devons nous poser des questions et que notre cerveau conserve encore quelques degrés de décence. Mais en fin de compte il s’agit là d’un film qui, tout en utilisant les codes du genre qu’il semble repousser, présente des protagonistes, prisonniers d’un univers clos qui les dépasse et ne peuvent agir autrement. Lorsque Matt Graver (excellent Josh Brolin dans sa démarche caricaturale) clame tout haut « I’m gonna have to get dirty », c’est bien de cela qu’il s’agit. Telle semble être le crédo. Et finalement, la musique puissamment inquiétante qui remue immuablement nos sens de la violoncelliste Hildur Guðnadóttir. Elle résonne comme un requiem obsédant à la mémoire du compositeur Johann Johannsson, à qui le film rend hommage.
—
Sortie
Vendredi 29 juin 2018
Version(s)
anglais, espagnol; s.-t.a.
El día del soldado
Version française
Sicario : Le jour du soldat
Réalisation
Stefano Sollima
Genre
Action
Origine
États-Unis / Espagne
Année
2018
Durée
2 h 02
Distributeur
Columbia Pictures
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
(Violence)
—
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Mauvais. 0 Nul / ½ [Entre-deux-cotes]
—
![]()
Sortie
Vendredi 29 juin 2018
V.o.
Cantonnais; s.-t.a. & chinois
Xie mi zhe
Réalisation
Herman Yau
Genre
Suspense policier
Origine
Chine
Année
2018
Durée
1 h 43
Distributeur
Eye Steel Films Inc.
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Tous publics
(Déconseillé aux jeunes enfants)
—
![]()
Sortie
Vendredi 29 juin 2018
V.o.
Anglais / Version française
Oncle Drew
Réalisation
Charles Stone III
Genre
Comédie sportive
Origine
États-Unis
Année
2018
Durée
1 h 44
Distributeur
Entract Films
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Tous publics
—
![]()
Sortie
Vendredi 29 juin 2018
V.o.
Anglais
Réalisation
Leigh Wannell
Genre
Horreur / Science-fiction
Origine
Australie
Année
2018
Durée
1 h 40
Distributeur
OTL Releasing
[Universal Pictures]
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
(Violence)
—
![]()
21 juin 2018
2026 © SÉQUENCES - La revue de cinéma - Tous droits réservés.