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Poésie sans fin

27 avril 2017

RÉSUMÉ SUCCINCT
Au cours des années 40 et 50, Alejandro Jodorowsky, la vingtaine, veut devenir poète. Au grand dam de son paternel qui veut qu’il poursuive une carrière dans le commerce. Mais le jeune Alejandro ne tarde pas à s’introduire dans le cœur de la bohème intellectuelle et artistique.

CRITIQUE
★★★★
Texte : Élie Castiel

LES FANTÔMES DE LA LIBERTÉ

L’an dernier, nous avions fait la page couverture d’un de nos six numéros avec La danse de la réalité (La danza de la réalidad), première partie d’un trilogie biographique qui se terminera au cours des années 60, plus précisément, d’après les rumeurs, après mai 68. On a hâte.

Poesía sin fin

L’univers fantaisiste de La danse de la réalité n’est pas si différent de cette Poésie sans fin, titre d’autant plus approprié qu’il situe le Jodorowsky, adulte en devenir, dans un univers où les vers sont une façon de vivre, de se parler, d’entreprendre des relations. Cotôyer la bohème, s’abandonner à un imaginaire qui nie la réalité triste et combative. Vivre selon ses instincts, mais aimer aussi la vie pour ce qu’elle peut nous permettre de réaliser du moment où nous avons le courage.

Mais le film de Jodorowsky est aussi bien une fiction accessible qu’un essai poétique sur la mise en scène : planifier le plan jusqu’à lui administrer des doses de surréalisme pur et dur ; situer les personnages dans des zones grises où la mort rôde de partout, mais s’éteint soudainement pour laisser la place à d’autres vies (ou moyens de vivre) qui ressuscitent. C’est baroque, extrême comme dans tous les films du cinéaste franco-chilien. Le surréalisme est proche ; Breton est dans les parages ; Neruda est dans l’air. Jodorowsky est en pleine formation et rien ne l’arrête.

Quand la décadence transcende la vie, quand elle a le
courage de s’exprimer malgré tous les interdits du monde, cela
s’appelle « vivre ». Même si dans ce processus, la nostalgie, la
mélancolie, parfois même le regret nous guettent à chacun
de  nos pas.  Comme de vrais fantômes qui suivent nos
faits et gestes pour prétendre qu’ils nous laissent libres.  

On retrouve ses univers d’antan, sortes de clins d’oeil où la vie et la mort se juxtaposent radicalement sans que l’une ou l’autre ne sorte victorieuse. La mère chante toujours, le père est toujours aussi angoissé qu’homophobe aguerri et Alejandro pose les premières pierres de ce que sera sa vie. Dans le rôle du jeune Alejandro, Adan Jodorowsky, le fils cadet du réalisateur, est en parfaite symbiose avec son paternel, unis tous les deux dans un même projet qui semble conduire vers un ailleurs paradisiaque qui dépasse la simple existence. Cela s’appelle sans doute « l’art », quelle que soit sa manifestation. À 87 ans, à l’hiver de sa vie, Alejandro Jodorowski jongle encore avec son univers fantaisiste, celui qui a nourri son œuvre d’imagination, de bravoure, de risque et particulièrement, d’un liberté extraordinaire de pensée. Quand la décadence transcende la vie, quand elle a le courage de s’exprimer malgré tous les interdits du monde, cela s’appelle « vivre ». Même si dans ce processus, la nostalgie, la mélancolie, parfois même le regret nous guettent à chacun de nos pas. Comme de vrais fantômes qui suivent nos faits et gestes pour prétendre qu’ils nous laissent libres. Par ailleurs, ce pamphlet fantastico-intime peut nous sembler narcissiste au point d’être embarrassé ou même indifférent. Mais finalement, c’est délicieusement décadent.

Séquences_Web

Sortie :  vendredi 28 avril 2017
V.o. :  espagnol / s.-t.f. ; s.-t.a.

Endless Poetry / Poesía sin fin

Genre :  Biographie fantaisiste  – Origine : France / Chili / Japon / Grande-Bretagne –  Année :  2016 – Durée :  2 h 08  – Réal. :  Alejandro Jodorowsky – Int. :  Adan Jodorowsky, Pamela Flores, Brontis Jodorowsky, Alejandro Jodorowsky, Jeremias Hersokovits, Leandro Taub  – Dist. :  FunFilm.

Horaires
@
  Cinéma BeaubienCinéma du Parc

Classement
Interdit aux moins de 13 ans

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]  –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

 

The Circle

RÉSUMÉ SUCCINCT
Nouvellement engagée par la firme The Circle, la jeune Mae Holland se laisse entraîner dans les nouvelles technologies de surveillance mises de l’avant par Eamon Bailey, son patron charismatique.

CRITIQUE
★★★
Texte : André Caron

L’INVASION DES PROFANATEURS DE VIE PRIVÉE

Il fut un temps où les films d’anticipation ou de speculative fiction, qui projetaient nos angoisses sur la technologie envahissante dans un futur proche, mettaient en cause des ordinateurs hors de contrôle (The Forbin Project, Demon Seed, 2001: A Space Odyssey), des robots meurtriers (Saturn 3, Terminator) ou des sociétés manipulées ou contrôlées par une oligarchie toute puissante (1984, THX 1138, Logan’s Run). Dans ces films, le héros ou l’héroïne réussissait à détruire la source du danger ou à s’extirper du contrôle exercée sur lui ou elle par les maîtres du pouvoir. Il s’agissait de la victoire de l’individu sur l’envahisseur technologique.

The Circle

Dans The Circle, la menace ne provient pas uniquement des dirigeants de cette multinationale éponyme superpuissante qui fusionne ensemble Facebook, YouTube, Google et Apple en un gigantesque conglomérat. Après tout, ce que veulent Bailey (Tom Hanks en charmeur véreux) et son complice Stenton (Patton Oswalt), c’est d’augmenter les profits et les tentacules de leur compagnie comme tout bon capitaliste amoral qui se respecte. La menace ici vient de l’intérieur, de l’abdication volontaire par la population mondiale de ses droits à la vie privée, à l’intimité, à la libre pensée individuelle, à la faculté de raisonner par soi-même sans l’intervention insidieuse des émotions et de l’affect instantané monitorés par une technologie omniprésente et omnisciente. Au lieu de servir de chien de garde ou de prise de conscience sur cet abandon pervers, notre héroïne se montre encore bien pire.

Mae Holland (Emma Watson, très concentrée) possède un nom plutôt révélateur : il sonne phonétiquement comme « Me Hollow » (« je suis vide »). En effet, Mae vit modestement avec son père atteint de multi-sclérose (le regretté Bill Paxton dans son dernier rôle) et sa mère trop joviale (la touchante Glenn Headly, qui se fait trop rare à l’écran). Elle travaille pour une compagnie de recouvrement quelconque avant d’être recrutée par le Circle qui lui offre un poste en or. Une fois installée, elle est rapidement avalée par la connexion constante avec tous les autres employés. Elle voit de moins en moins ses parents. Puis, après un incident fâcheux, elle accepte d’être en ligne, en direct, 24 heures sur 24 à la Truman Show. C’est à ce moment que, pour le spectateur attentif, l’angoisse s’installe.

The Circle est en fait le remake d’Invasion of the Body
Snatchers
, l’original réalisé par Don Siegel en 1956. Les spores
extraterrestres sont ici remplacées par des caméras-billes qui
voient tout et sont acceptées par tous. Ceux et celles qui les
rejettent seront aussitôt dénoncées par la majorité tonitruante.

Le réalisateur James Ponsoldt (The Spectacular Now) prend bien le temps de nous expliquer l’envahissement de plus en plus permissif de la compagnie sur la vie privée de Mae, dans de longues scènes de dialogue (elles-mêmes accaparantes) et dans des échanges confus de tweets qui se multiplient à l’écran sans qu’on puisse avoir le temps de les lire, parfois même inscrits à l’envers. D’amples mouvements de steady-cam nous entraînent nulle part. Les employés anonymes du Circle sont beaucoup trop souriants pour être sincères. Pourtant, Mae semble ne pas comprendre ce que le spectateur est subtilement en train de réaliser : toute vie privée, toute forme d’intimité et toute possibilité de penser posément disparaissent sous nos yeux impuissants. Il s’exerce alors une grande frustration dans la naïveté et l’insouciance de Mae. Elle participe à « See Search » (Voir Tout) avant de proposer elle-même « Soul Search », qui est tout sauf une recherce d’âme, car cette technique vise à retrouver n’importe qui n’importe où sur la Terre en moins de dix minutes. C’est Big Brother à l’envers : Nous, le peuple, vous observons !

Même un drame terrible ne parvient pas à sortir Mae de sa torpeur. Elle propose : si tout le monde vote par l’entremise du Circle, c’est la volonté instantanée du peuple qui se manifeste. Erreur : c’est le pathos insidieux qui prend le contrôle et toute décision devient par le fait même irréfléchie. L’abîme dans lequel elle s’enlise troublera le spectateur qui prendra le temps de s’investir dans ce récit. Car The Circle est en fait le remake d’Invasion of the Body Snatchers, l’original réalisé par Don Siegel en 1956. Les spores extraterrestres sont ici remplacées par des caméras-billes qui voient tout et sont acceptées par tous. Ceux et celles qui les rejettent seront aussitôt dénoncées par la majorité tonitruante. Comme à la fin du film de Siegel, les derniers individus libres penseurs se tourneront vers nous et crieront : « You’re next ! You’re NEXT ! »

Séquences_Web

Sortie :  vendedi 28 avril 2017
V.o. :  anglais / Version française
Le cercle : Le pouvoir de tout changer

Genre :  Drame  – Origine : États-Unis / Émirats Arabes Unis –  Année :  2017 – Durée :  1 h 58  – Réal. :  James Ponsoldt – Int. : Emma Watson, Tom Hanks, Karen Gillan, John Boyega, Bill Paxton, Patton Oswalt – Dist. :  Entract Films.

Horaires
Cinémathèque québécoise

Classement
Tout public

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]  –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

 

The Kitchen: World Chef Battle

RÉSUMÉ SUCCINCT
Le chef russe Victor Barinov et son équipe décident de se présenter aux Championnats mondiaux  de la gastronomie qui auront lieu bientôt.

SANS
COMMENTAIRES

Sortie :  vendredi 28 avril 2017
V.o. :  russe / s.-t.a.

Kuhnja Postlednjaia bitva

Genre :  Comédie  – Origine : Russie –  Année :  2017 – Durée :  1 h 50  – Réal. :  Anton Fedotov – Int. : Dmitry Nazarov, Dmitry Nagiev, Oleg Tabakov, Anfisa Chermyh, Max Bogetyev, Valeria Fedorovich – Dist. :  KinoFilm  Corp.

Horaires
@
  Cineplex

Classement
Tout public

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