En salle à Montréal

The Circle

27 avril 2017

RÉSUMÉ SUCCINCT
Nouvellement engagée par la firme The Circle, la jeune Mae Holland se laisse entraîner dans les nouvelles technologies de surveillance mises de l’avant par Eamon Bailey, son patron charismatique.

CRITIQUE
★★★
Texte : André Caron

L’INVASION DES PROFANATEURS DE VIE PRIVÉE

Il fut un temps où les films d’anticipation ou de speculative fiction, qui projetaient nos angoisses sur la technologie envahissante dans un futur proche, mettaient en cause des ordinateurs hors de contrôle (The Forbin Project, Demon Seed, 2001: A Space Odyssey), des robots meurtriers (Saturn 3, Terminator) ou des sociétés manipulées ou contrôlées par une oligarchie toute puissante (1984, THX 1138, Logan’s Run). Dans ces films, le héros ou l’héroïne réussissait à détruire la source du danger ou à s’extirper du contrôle exercée sur lui ou elle par les maîtres du pouvoir. Il s’agissait de la victoire de l’individu sur l’envahisseur technologique.

The Circle

Dans The Circle, la menace ne provient pas uniquement des dirigeants de cette multinationale éponyme superpuissante qui fusionne ensemble Facebook, YouTube, Google et Apple en un gigantesque conglomérat. Après tout, ce que veulent Bailey (Tom Hanks en charmeur véreux) et son complice Stenton (Patton Oswalt), c’est d’augmenter les profits et les tentacules de leur compagnie comme tout bon capitaliste amoral qui se respecte. La menace ici vient de l’intérieur, de l’abdication volontaire par la population mondiale de ses droits à la vie privée, à l’intimité, à la libre pensée individuelle, à la faculté de raisonner par soi-même sans l’intervention insidieuse des émotions et de l’affect instantané monitorés par une technologie omniprésente et omnisciente. Au lieu de servir de chien de garde ou de prise de conscience sur cet abandon pervers, notre héroïne se montre encore bien pire.

Mae Holland (Emma Watson, très concentrée) possède un nom plutôt révélateur : il sonne phonétiquement comme « Me Hollow » (« je suis vide »). En effet, Mae vit modestement avec son père atteint de multi-sclérose (le regretté Bill Paxton dans son dernier rôle) et sa mère trop joviale (la touchante Glenn Headly, qui se fait trop rare à l’écran). Elle travaille pour une compagnie de recouvrement quelconque avant d’être recrutée par le Circle qui lui offre un poste en or. Une fois installée, elle est rapidement avalée par la connexion constante avec tous les autres employés. Elle voit de moins en moins ses parents. Puis, après un incident fâcheux, elle accepte d’être en ligne, en direct, 24 heures sur 24 à la Truman Show. C’est à ce moment que, pour le spectateur attentif, l’angoisse s’installe.

The Circle est en fait le remake d’Invasion of the Body
Snatchers
, l’original réalisé par Don Siegel en 1956. Les spores
extraterrestres sont ici remplacées par des caméras-billes qui
voient tout et sont acceptées par tous. Ceux et celles qui les
rejettent seront aussitôt dénoncées par la majorité tonitruante.

Le réalisateur James Ponsoldt (The Spectacular Now) prend bien le temps de nous expliquer l’envahissement de plus en plus permissif de la compagnie sur la vie privée de Mae, dans de longues scènes de dialogue (elles-mêmes accaparantes) et dans des échanges confus de tweets qui se multiplient à l’écran sans qu’on puisse avoir le temps de les lire, parfois même inscrits à l’envers. D’amples mouvements de steady-cam nous entraînent nulle part. Les employés anonymes du Circle sont beaucoup trop souriants pour être sincères. Pourtant, Mae semble ne pas comprendre ce que le spectateur est subtilement en train de réaliser : toute vie privée, toute forme d’intimité et toute possibilité de penser posément disparaissent sous nos yeux impuissants. Il s’exerce alors une grande frustration dans la naïveté et l’insouciance de Mae. Elle participe à « See Search » (Voir Tout) avant de proposer elle-même « Soul Search », qui est tout sauf une recherce d’âme, car cette technique vise à retrouver n’importe qui n’importe où sur la Terre en moins de dix minutes. C’est Big Brother à l’envers : Nous, le peuple, vous observons !

Même un drame terrible ne parvient pas à sortir Mae de sa torpeur. Elle propose : si tout le monde vote par l’entremise du Circle, c’est la volonté instantanée du peuple qui se manifeste. Erreur : c’est le pathos insidieux qui prend le contrôle et toute décision devient par le fait même irréfléchie. L’abîme dans lequel elle s’enlise troublera le spectateur qui prendra le temps de s’investir dans ce récit. Car The Circle est en fait le remake d’Invasion of the Body Snatchers, l’original réalisé par Don Siegel en 1956. Les spores extraterrestres sont ici remplacées par des caméras-billes qui voient tout et sont acceptées par tous. Ceux et celles qui les rejettent seront aussitôt dénoncées par la majorité tonitruante. Comme à la fin du film de Siegel, les derniers individus libres penseurs se tourneront vers nous et crieront : « You’re next ! You’re NEXT ! »

Séquences_Web

Sortie :  vendedi 28 avril 2017
V.o. :  anglais / Version française
Le cercle : Le pouvoir de tout changer

Genre :  Drame  – Origine : États-Unis / Émirats Arabes Unis –  Année :  2017 – Durée :  1 h 58  – Réal. :  James Ponsoldt – Int. : Emma Watson, Tom Hanks, Karen Gillan, John Boyega, Bill Paxton, Patton Oswalt – Dist. :  Entract Films.

Horaires
Cinémathèque québécoise

Classement
Tout public

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]  –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

 

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