3 mai 2018
Les beaux récits existentiels ont ceci de particulier qu’ils ne parlent pas d’un seul individu, mais exercent chez la plupart des lecteurs ou des spectateurs une influence sur leur vie. Car comme le clame Sartre, « l’existentialisme est un humanisme ». Dans The Rider, il prend la forme non seulement d’un individu dont un dramatique accident l’empêche de participer à des rodéos, mais d’un espace géographique fait de faux rêves et d’illusions perdues, d’une conquête illusoire de l’Ouest américain.
C’est aussi sans doute une certaine Amérique profonde, celle qui opte pour Trump, même si les individus qui y vivent, sont des Amérindiens, et caressent les causes idéologiques de la NRA (National Rifle Association); avoir une arme pour se défendre, ne l’utiliser qu’en cas de légitime défense. C’est ainsi que s’est bâtie une Amérique aussi dévoyée que magnifique. Les acteurs autochtones choisis par la sino-américaine Chloé Zhao sont tout à fait conscients de leurs origines. À un certain moment, l’Amérique les a intégrés, non sans leurres, mais ils ont su s’accommoder tant bien que mal, mais à l’intérieur de leurs territoires.
Brady Blackburn, c’est Brady Jandreau (quelque chose de francophone dans son nom détient nul doute un rapport à l’Histoire), un premier rôle magnifique pour un film exceptionnel. L’image et la narration se confondent à tel point qu’il est difficile de savoir qui des deux l’emportera. Zhao, dont c’est ici le deuxième long métrage de fiction après Songs My Brothers Taught Me / Les chansons que mes frères m’ont apprises (2014) est amoureuse de ces vastes plaines et horizons lointains qui défient l’urbanité puisque, par leur nature, racontent l’Histoire, la naissance d’un nouveau monde qui s’impose. Et à travers les personnages, inscrits dans ces territoires quasiment vierges, quelques récits qu’on épelle au jour le jour, comme si les lendemains n’existaient pas… ou au contraire, étaient porteurs d’espoir et de réconciliation.
Terrence Malick n’est pas loin, parfois trop proche, mais Chloé Zhao est plus terre à terre, optant pour une poétique d’un réalisme ancré. Caractéristique maintenue par une caméra respectueuse des sujets et des lieux filmés et plus que toute autre chose, par un regard inusité porté sur le monde. La vie et rien d’autre, même si pour conquérir cet Ouest tant convoité, il fallait tout réinventer.

Réalisation
Chloé Zhao
Genre : Drame psychologique – Origine : États-Unis – Année : 2017 – Durée : 1 h 43 – Dist. : Métropole Films.
Horaires & info.
@ Cinéma du Parc – Cineplex
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]
Réalisation
Nick Cheung
Genre : Action – Origine : Chine / Hong Kong – Année : 2018 – Durée : 1 h 40 – Dist. : A-Z Films.
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
(Accès autorisé si accompagnés d’un adulte | Violence)
Au scénario, le nom de Diablo Cody est pour quelque chose ; on n’a qu’à retenir son inusité et délicieux Juno. Ici, cette adolescente (efficace Ellen Page) qui était tombée enceinte, est devenue Marlo (Charlize Theron), déjà femme, mère de deux enfants et en attente d’un troisième. La comédienne tient à son personnage comme dans une bouée de sauvetage à laquelle elle s’accroche. Accaparée, elle reçoit l’aide d’une « gardienne » d’enfant nouvelle-mouture, ou plutôt « rêvée », car dans un monde où l’individualisme est un credo, la fusion entre les individus est devenue chose rare.
Beau message de la scénariste qui, par le biais de la comédie dramatique parvient à séduire un certain public, notamment celui prêt à ce que les choses changent. Les rapports amoureux sont affaires du privé, mais lorsque l’intrusion peut apporter des solutions à des problèmes, pourquoi pas ? Thérapie, remise en question de soi, de ses valeurs, d’un société qui a perdu la foi, non pas d’un point de vue religieux, mais spirituel.
L’écriture est donc pour quelque chose dans ce récit d’un simplicité étonnante, mais qui offre, chose peu courante, une unification des personnages qu’on aurait voulu voir plus souvent par les temps qui courent. S’immiscer dans le privé, se sentir comme faisant partie d’une famille, reconnaître les problèmes des autres qui, à leur tour sauront découvrir ceux d’autrui.
C’est là la grande richesse de ce film qui, malgré des écarts de langage et des situations biscornues, se savoure avec un mélange de bonheur et de tristesse à la fois. La mise en scène de Jason Reitman privilégie le verbe et on le comprend puisque les mots servent ici d’éléments thérapeutiques, de points d’ancrages, quelque chose qui ressemble à de la mélancolie qu’on tente d’apprivoiser. Cela se voit, paradoxalement, lorsque Marlo et Tully décident de « sortir » entre filles, le soir venu, dans les boîtes de Brooklyn.
Mais le cinéaste préfère la retenue, l’intellect primant sur les émotions trop tendues. Il y a là une dimension narrative qui peut plaire à certains et qui évoquent le dialogue exempt de confontation, car tous ont tort et raison et, surtout, le reconnaissent.
Avec Tully, Jason Reitman poursuit une carrière où l’humain et ses contradictions demeurent les principaux boulons narratifs. Touchant!

Réalisation
Jason Reitman
Genre : Drame – Origine : États-Unis – Année : 2018 – Durée : 1 h 35 – Dist. : Universal Films.
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
(Accès autorisé si accompagnés d’un adulte)
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]
2026 © SÉQUENCES - La revue de cinéma - Tous droits réservés.