Articles récents

Répertoire des villes disparues

14 février 2019

| PRIMEUR |
Semaine 07
Du 15 au 21 février 2019

RÉSUMÉ SUCCINCT
À Irénée-les-Neiges, bourgade perdue de 215 habitants, Simon Dubé perd la vie en voiture. Choqués, les gens n’osent trop parler des circonstances de la tragédie. Dorénavant, pour la famille Dubé, la mairesse Smallwood et une poignée d’autres, le temps semble se rompre et les jours flottent sans fin. Quelque chose s’abat lentement sur la région. Dans ce deuil et ce brouillard, des étrangers sont vus. Qui sont-ils? Que se passe-t-il?

LE FILM
DE LA SEMAINE
| Sophie Leclair-Tremblay |

★★★★ ½

L’IDENTITÉ AU COEUR DE L’INEXPLICABLE

Près de deux ans après Ta peau si lisse, incursion dans l’univers du culturisme, Denis Côté revient en force avec son onzième long métrage, Répertoire des villes disparues. Nous plongeons au coeur d’Irénée-les-Neiges, village reculé du Québec – terrain de prédilection et d’éternel renouvellement pour le cineaste – et de son hiver brumeux et glacial. Le récit s’ouvre avec le décès d’un jeune homme, Simon, alors que ce dernier est victime d’un accident de voiture, aux circonstances nébuleuses. Puis, la rencontre de certains des habitants du village, endeuillés à leur manière, et de leur quotidien, routinier qui ne tarde pas à être parsemé de l’étrange apparition de villageois ayant perdu la vie.

Le réalisateur laisse les personnages exister dans leur monde, s’approprier le cadrage et le récit à chaque instant que nous passons à être témoin de la peur, l’incompréhension et l’égarement identitaire qui les habitent. L’angoisse se glisse en travers du chemin, sentiment qui va et vient entre la subtilité et l’intensité, provoqué par ces revenants qui viennent hanter leur univers d’habitude et d’ignorance envers le monde extérieur. Même si la présence de ces fantômes du passé vient susciter une réelle tension dont le récit ne se délie jamais complètement, elle semble aussi constamment faire partie intégrante de la réalité rurale qui nous est présentée.

La présence d’enfants aux masques terrifiants qui
batifolent est un élément à la fois délicat et percutant qui
contribue à l’immersion du spectateur dans la froideur
réelle et métaphorique de l’environnement…

Les personnages se questionnent sur l’identité de ces fantômes par rapport à la leur, c’est-à-dire celle de la communauté du village. Est-ce que ces apparitions font partie de nous? Et, à plus large échelle, qu’est-ce que ce nous? Ces régions isolées où les êtres veulent à tout prix rester tissés serrés, sans aucune intervention extérieure, et survivre? Les revenants n’entrent pas par effraction dans la vie des habitants; ils proviennent d’elle, mais ils sont passés de l’autre côté, morts, et reviennent, un peu comme s’ils étaient d’étranges passants sur une route déserte auxquels on ne s’attarderait pas réellement.

Et c’est un peu ce qu’ils sont. Les apparitions ne viennent pas diviser les gens: cette présence, tout le monde s’entend pour dire qu’elle est réelle, même si personne n’y comprend quoi que ce soit. Il s’agit donc de quelque chose de rassembleur, voire de rassurant pour certains. Ils peuvent traverser l’étrange, l’inhabituel et même le tragique sans parvenir à démystifier quoi que ce soit. Adèle (candide et captivante Larissa Corriveau), personnage qui fait bande à part, baigne dans de grands moments d’angoisse, déstabilisée, aventureuse.

Le cinéaste semble s’amuser à explorer son espace interagissant avec ses sujets, ce qui vient nourrir un climat fort de sa réussite à immiscer le spectateur dans l’atmosphère du village, de l’hiver déchaîné au calme angoissant, en passant par le bruit des arbres qui n’en finit plus, univers sonore résonnant merveilleusement bien avec l’état des lieux. La présence d’enfants aux masques terrifiants qui batifolent est un élément à la fois délicat et percutant qui contribue à l’immersion du spectateur dans la froideur réelle et métaphorique de l’environnement de ce fascinant long métrage.

FICHE TECHNIQUE

Sortie
Vendredi 15 février 2019

Réal.
Denis Côté

Origine(s)
Québec [Canada]

Année : 2019 – Durée : 1 h 36

Genre(s)
Drame psychologique

Langue(s)
V.o. : français ; s.-t.a.
Ghost Town Anthology

Dist. @
Maison 4:3


Classement
Interdit aux moins de 13 ans

Info. @
Cinéma Beaubien – Cinéma du Musée
Cinéma du Parc Cinéma Moderne
Cineplex

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel.  ★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon.
★★ Moyen.   Mauvais. 0 Nul.
½ [Entre-deux-cotes]

Song of Granite

| PRIMEUR |
Semaine 07
Du 15 au 21 février 2019

RÉSUMÉ SUCCINCT
Inspiré par les mythes, fables et chansons de la tradition irlandaise, Joe Heaney a été l’un des plus grands interprètes de langue gaélique de son pays. Originaire du comté de Galway, il a passé une bonne partie de sa vie en Écosse et à Seattle, où il est décédé en 1984 à l’âge de 65 ans.

Critique
| Jean-Philippe Desrochers |

★★★ ½

LA BEAUTÉ DU GESTE

Coproduction Irlande-Québec, Song of Granite connaît cette semaine une sortie très limitée (seulement une salle, à Montréal). Film pointu et exigeant, tourné de surcroît principalement en langue gaélique, il s’agit du premier long métrage de Pat Collins, cinéaste irlandais inconnu mais talentueux, à sortir officiellement en salle chez nous. Biographie audacieuse et atypique flirtant par moments avec le documentaire, Song of Granite raconte la vie du chanteur irlandais Joe Heaney en trois temps.

Collins réussit à transmettre l’impression, presque tactile,
que le chant du peuple émane et est contenu dans les
pierres, dans le granite, qui façonnent le paysage irlandais.

On retrouve chez Collins cette volonté de faire un cinéma proprement irlandais. Le cinéaste s’intéresse à la transmission et tente de saisir l’essence, l’âme de son pays par le biais de sa culture et de son histoire, en utilisant la musique (ou le chant et les sons) comme matériau principal. Rappelant effectivement Tarkovski, ou même la démarche d’un Pierre Perrault si ce dernier avait tourné de la fiction, le premier tiers du film, qui se déroule pendant l’enfance d’Heaney, est très réussi. Les plans fixes et contemplatifs, tournés en noir et blanc, mettent en valeur la beauté austère de l’Irlande rurale (région du Connemara). Collins réussit à transmettre l’impression, presque tactile, que le chant du peuple émane et est contenu dans les pierres, dans le granite, qui façonnent le paysage irlandais.

Toutefois, les deux derniers tiers du film, qui présentent Joe, adulte, exilé de sa campagne, sont moins inspirés (sauf pour les scènes de jams traditionnels dans les pubs). Collins filme alors avec une certaine retenue ce qu’il a moins exploré (la ville, l’Amérique) à titre de cinéaste. Les deux derniers tiers illustrent cependant un thème central de la culture irlandaise : le sentiment de déracinement éprouvé par sa diaspora. Malgré cette partie moins convaincante, le parcours de Collins reste à surveiller. Souhaitons par ailleurs que la collaboration Irlande-Québec se poursuive et engendre d’autres longs métrages d’auteur aussi ambitieux.

FICHE TECHNIQUE

Sortie
Vendredi 15 février 2019

Réal.
Pat Collins

Origine(s)
Irlande
Canada

Année : 2017 – Durée : 1 h 37

Genre(s)
Drame biographique

Langue(s)
V.o. : anglais, gaélique ; s.-t.a. & s.-t.f.
Le chant du granite / Amhrán eibhir

Dist. @
Filmoption International


Classement
Tous publics

Info. @
Cinéma du Musée

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel.  ★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon.
★★ Moyen.  Mauvais. 0 Nul.
½ [Entre-deux-cotes]

Akram Khan Company

CRITIQUE
DANSE

| Élie Castiel |

★★★★ ½

XENOS

PROMÉTHÉE RÉINVENTÉ

Retour du grand Akram Khan après son remarquable Until the Lions, à Danse Danse en 2017. Et avec XENOS (du grec, étranger), raison de plus d’y assister puisque c’est la dernière prestation solo du chorégraphe-danseur. Salle complète pour la Première hier soir devant un public ébahi non seulement par la performance de l’artiste, mais également par le message qu’il implique, rendu encore plus pertinent grâce à un décor majestueux.

Pour Akram Khan, une pièce essentielle parce qu’intime, personnelle, complice de sa vision du monde et de la vie. Les guerres, de la Première Guerre mondiale jusqu’à, en filigrane, celles d’aujourd’hui. On comprendra que l’unique danseur sur scène se fait le narrateur en mouvement et le messager de ces erreurs humaines que sont les conflits armés. Dans les temps anciens, Prométhée avait décelé la dichotomie de l’humain, le bien et le mal. Suite

2026 © SÉQUENCES - La revue de cinéma - Tous droits réservés.