10 avril 2014
Garrel s’appuie sur un scénario en ellipses qui avance à une vitesse folle mais également sur le superbe noir et blanc charbonneux de Willy Kurant. Les images sont magnifiques, mais elles sont surtout en osmose parfaite avec le sens du film : le noir et blanc est contrasté (comme la vie qui passe d’un bonheur immense au désespoir le plus insurmontable); les contours sont flous (comme les sentiments de l’autre); le cadre est d’une sensibilité et d’une justesse qui aident le réalisateur et ses acteurs à donner vie à leurs personnages.
Avec La Jalousie, Philippe Garrel nous livre un film qui pourrait être un film de famille, un film de souvenirs, un nouvel autoportrait. Il est en réalité bien plus que ça. En effet, Garrel ne demande plus au spectateur d’avoir vécu Mai 68, d’avoir trop aimé, trop consommé, trop souffert pour comprendre ce qu’est la vie. Il la filme de manière bien plus universelle, mais aussi bien plus optimiste. Elle est incertaine, trop rapide, souvent douloureuse, mais également faite de bonnes raisons d’espérer.
En sortant de la projection de La Jalousie, le spectateur aura probablement conscience de l’importance de ne pas laisser filer sa propre vie, d’apprécier pleinement les beaux moments qui la composent, d’oser avoir espoir en l’avenir. Finalement, si le titre n’avait pas déjà été pris plusieurs fois, Garrel aurait presque pu appeler son film La vie est belle !
Texte complet : Séquences (nº 290, p. 54)
[ DRAME ]
Origine : France / Allemagne – Année : 2013 – Durée : 1 h 15 – Réal. : Philippe Garrel – Int. : Louis Garrel, Anna Mouglalis, Rebecca Convenant, Olga Milshtein, Jérôme Hughet, Arthur Igual, Esther Garrel – Dist./Contact : Métropole | Horaires/Versions /Classement : Excentris
MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel) ★★★★ (Très Bon) ★★★ (Bon) ★★ (Moyen) ★ (Mauvais) 0 (Nul) ½ (Entre-cotes) – LES COTES REFLÈTENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
De par son titre, le film de Nabil Ben Yadir induit un mouvement, une action toujours en cours. Ce qui est d’ailleurs vrai, tant ce combat entamé voilà 30 ans contre le racisme et les inégalités sociales reste toujours à gagner. Pourtant, même porté par les plus belles des intentions (rappeler à la société d’aujourd’hui un mouvement antiraciste méconnu par plusieurs), La Marche rate sa cible. Dans une mise en scène impersonnelle et téléfilmesque, Yadir donne l’impression de filmer comme on déroule les pages d’un scénario. Ce qui rend la progression de son récit souvent artificielle. À ne pas savoir trop où donner de la tête (la piste autour des agents des Renseignements Généraux par exemple), le réalisateur perd de vue l’importance de ses personnages, qu’il se plaît malheureusement à regarder avec un simplisme affligeant…
Des caricatures. À part Olivier Gourmet qui se révèle encore une fois incontournable, le reste de la distribution (la belle Hafzia Herzi et le génial Vincent Rottiers si platement filmés) traverse le film en accumulant les clichés les plus élémentaires ; le gros comme faire-valoir comique, le jeune romantique taiseux, le joueur de guitare au passé trouble ou encore l’indésirable drogué des banlieues (Jamel Debbouze, éprouvant) à qui bien sûr le film offrira sa rédemption au final. À tout cela, on pourra aussi évoquer le malaise suscité autour des deux personnages féminins (la lesbienne et l’arabe) qui de tout le groupe seront les seules à être victimes des coups et de la violence des opposants à leur mouvement. Rebondissements qui ne participent à rien d’autre qu’à maximiser le niveau d’empathie des spectateurs. À l’instar de ce plan d’archive, abruptement introduit dans la chronologie du récit, dans lequel la télévision française fait état de la mort injustifiée d’un jeune enfant des banlieues.
Ce n’est pas le rappel de ces violences et cette intolérance qu’on se refuse d’accepter, loin de là, mais plutôt leur mise en fiction, pas toujours honnête, forcée et poussive. De la même manière, on reste très perplexe devant la conclusion du film, dans laquelle le succès de la marche paraît se mesurer moins par le nombre des citoyens réunis (100 000 personnes) à Paris, qu’à l’annonce triomphale sur la tribune que le président François Mitterrand recevra à l’Élysée le groupe de marcheurs, pour discuter de leurs revendications…Un happy-end qui lorgne clairement vers la grandiloquence du cinéma hollywoodien, dont l’unanimisme frôle l’indécence quand on pense aux fissures sociales qui continuent à marquer la France d’hier et d’aujourd’hui.
[ DRAME SOCIAL ]
Origine : France / Belgique – Année : 2013 – Durée : 2 h 06 – Réal. : Nabil Ben Yadir – Int. : Tewfik Jallab, Olivier Goumet, Jamel Debbouze, Vincent Rottiers, M’Baret Belkouk, Lubna Azabal, Hafsia Herzi – Dist./Contact : A-Z Films | Horaires /Versions /Classement : Cineplex
MISE AUX POINTS
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[ SUSPENSE D’ÉPOUVANTE ]
Origine : États-Unis – Année : 2013 – Durée : 1 h 45 – Réal. : Mike Flanagan – Int. : Karen Gillan, Brenton Twaites, Katee Sackhoff, Rory Cochrane, Annalise Basso, Garrett Ryan – Dist./Contact : VVS | Horaires/Versions /Classement : Cineplex
En quelques mots
SANS COMMENTAIRES / Film non vu.
Texte : Pascal Grenier
Cote : ★★★★
Mettant à nouveau en vedette Iko Uwais, cette suite reprend là où le premier film se concluait et met à nouveau de l’avant le pencat silat – cet art martial ancestral indonésien – dans un scénario aussi étoffé que touffu et au souffle épique (le film dure 2h30). Plus lent dans son rythme et son exécution que le premier volet, The Raid 2 surpasse ce dernier dans sa présentation graphique et sanglante.
Une famille d’aras bleus, vivant dans un sanctuaire écologique à Rio, entreprend un voyage en Amazonie pour retrouver ses congénères. Le réalisateur d’origine brésilienne Carlos Saldanha, fort du succès de sa série Ice Age, avait pu réaliser Rio sur la rencontre improbable entre Blu, un ara bleu vivant aux États-Unis et Jewel, une femelle de son espèce capturée au Brésil et transportée clandestinement au Nord. Le succès public et critique avait accueilli cette fable pour adultes et enfants sur la rencontre des cultures dans l’environnement dépaysant de l’ancienne capitale du Brésil.
Quelques années ont passé et Blu est toujours aussi américanisé et plus domestiqué que sa compagne et ils sont parents de trois jeunes aux caractères assez différenciés. Une introduction, haute en couleurs et musiques chatoyantes, épicée de gags d’inégale valeur fait place à l’intrigue des retrouvailles espérées, préparées. La famille et leurs amis volatiles se transportent vers une Amazonie luxuriante aux dangers multiples où la déforestation désordonnée (L’Erreur équatoriale pourrait-on dire) mine la tranquillité des lieux. Saldanha et son équipe rendent un hommage appuyé aux comédies musicales à la Busby Berkeley et à la préparation de spectacles mettant en vedette des amateurs de tous poils ou plumes. La jalousie pointe son bec dans un déroulement d’aventures plus ou moins prenantes où l’anthropomorphisme n’est pas trop appuyé. La trame musicale servie par de bons interprètes nord-américains mais aussi latino-américains accompagne magiquement le travail d’orfèvre en animation qui fait de ce film une suite réussie à Rio.
[ ANIMATION ]
Origine : États-Unis – Année : 2014 – Durée : 1 h 46 – Réal. : Carlos Saldanha – Voix (V.o. : Anglais) : Jesse Eisenberg, Anne Hathaway, Andy Garcia, Jemaine Clement, Kristin Chenoweth, Leslie Mann, Rodrigo Santoro – Dist. /Contact : Fox | Horaires/Versions /Classement : Cineplex
MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel) ★★★★ (Très Bon) ★★★ (Bon) ★★ (Moyen) ★ (Mauvais) 0 (Nul) ½ (Entre-cotes) – LES COTES REFLÈTENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
Kore-eda a toujours été un cinéaste des frontières, de ces espaces et de ces temps où les démarcations se brouillent. Les démarcations sont d’autant plus intéressantes à dépeindre si le film parle d’un milieu familial, en apparence bien uni, ordonné, réussi. Kore-eda est un cinéaste du « drame familial », principalement de la classe moyenne. Dans Nobody Knows (2004), une famille doit se (re)créer lorsqu’une mère abandonne ses enfants. Souvent, ces démarcations familiales prennent forme dans le contexte de l’étroitesse des logements dans les grandes villes (c’est le cas pour la famille Seiki dans Tel père, tel fils). L’architecture des maisons a toujours joué un grand rôle dans la dramaturgie des films japonais (vrai, aussi bien pour Ozu que Kobayashi). Dans Still Walking (2008), une famille se retrouve pour commémorer la mort tragique du frère aîné décédé quinze ans plus tôt. La maison de cette famille ressemble étrangement à celle de Ryota : une caméra stable met en évidence le trait net du contour des murs des deux appartements. Ces maisons sont grandes et « réconfortantes », image de stabilité, mais un changement peut survenir et il faut changer, s’adapter. Ce que doivent faire aussi bien la famille de Still Walking que celles de Tel père, tel fils. Rien n’a bougé dans la spacieuse maison des parents dans Still Walking; elle est à la fois classique et moderne. La maison de Ryota est celle des objets aux lignes épurées avec des plans où s’exprime la volonté ordonnée, rigide, du père et son désir de perfection.
Texte complet : Séquences (nº 290, p. 46)
[ DRAME FAMILIAL ]
Origine : Japon – Année : 2013 – Durée : 2 h – Réal. : Hirokazu Kore-eda – Int. : Masaharu Fukuyama, Machiko Ono, Lily Franky, Yako Maki, Keita Ninomiya, Shogen Hwang – Dist./Contact : Métropole | Horaires/Versions /Classement : Beaubien – Cineplex – Excentris
MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel) ★★★★ (Très Bon) ★★★ (Bon) ★★ (Moyen) ★ (Mauvais) 0 (Nul) ½ (Entre-cotes) – LES COTES REFLÈTENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
3 avril 2014
Entouré de deux brillants scénaristes acolytes, Héctor Cabello Reyes et Olivier Demangel, l’iconoclaste Albert Dupontel construit volontairement ses dialogues sur un ton incisif, sournois, pince-sans-rire, parfois même affreux, sale et méchant. Son pouvoir de séduction, c’est dans les mots traitres, grossiers, invulnérables et pleins de rage qu’on le trouve ; mais aussi dans les scènes chocs qu’il impose avec une grâce animale. Impossible de ne pas réagir à cette autopsie ensanglantée, alors que l’exécutant se débrouille pour que les bruits provoqués par le matériel employé montrent leur fureur affriolante ; l’échographie annonçant la grossesse de la protagoniste est aussi une séquence d’anthologie. Par sa nonchalence et sa truculence, par son je-m’en-foutisme et sa déreliction. Les esprit tordus en ont pour leur argent (et tant mieux !). Les autres, moins avertis, s’en donnent tout de même à cœur joie puisque Dupontel ne cesse de réinventer l’absurde dans le jeu et l’inconcevable dans la mise en scène.
Il semble nous dire qu’après tout, « nous ne sommes qu’au cinéma et tout est permis ». Une fois cette hypothèse acceptée, on se laisse emporter par ce jeu pervers qui constitue la majeur partie du film ; et d’un coup, cet univers en décomposition morale se transforme en une bizarre histoire d’amour non consommée qui montre qu’en fin de compte, la trendresse est un sentiment accessible à tout le monde.
Entre la célibataire quanrantenaire qui rêve de carrière plus importante et l’accusé de crimes atroces (est-il coupable ou pas ?), une possible relation se crée au fil des jours. Conscient de la tournure des événements, de ces paradoxes narratifs, Dupontel atténue d’un coup la mise en scène grandiloquente tout en conservant la pugnacité requise. Comédie grand public, 9 mois ferme est un grand rire garanti, intelligent parce que calibré à point, superbement mené par des comédiens exceptionnels qui ont un plaisir fou à simplement déconner, par plaisir, par instinct, pour nous emmerder ; et nous en redemandons. Et puis, une surprise : la présence éphémère d’un Jean Dujardin imbattable dans la peau d’un traducteur télé pour malentendants.
COMÉDIE
Origine : France – Année : 2013 – Durée : 1 h 22 – Réal. : Albert Dupontel – Int. : Albert Dupontel, Sandrine Kiberlain, Philippe Uchan, Nicolas Marié, Bouli Lanners, Gilles Gaston-Dreyfus – Dist. / Contact : Métropole | Horaires / Versions / Classement : Beaubien – Cineplex
Mise aux points
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Remarquable. ★★★ Très bon. ★★ Bon. ★ Moyen. ☆ Mauvais. ☆☆ Nul. ½ (Entre-cotes) — LES COTES REFLÈTENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
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