20 avril 2018
Dans L’apparition, son septième film en 15 ans, le réalisateur français Xavier Giannoli reprend un élément narratif qui traverse l’ensemble de son œuvre. Cet élément narratif qui catalyse et carbure son intrigue est la notion d’imposture et ses impacts sur les personnages qui y sont confrontés. Dans le cas présent, l’imposture soupçonnée est celle d’Anna, couventine autour de laquelle s’érige un culte lorsqu’elle révèle avoir été témoin d’une apparition miraculeuse de la Sainte Vierge. Généralement frileuse à ces déclarations et à l’attention qu’elles attirent, le Vatican doit néanmoins se positionner: nie-t-elle l’histoire d’Anna ou l’ajoute-t-elle à la quinzaine d’apparitions qu’elle reconnaît officiellement?
Pour vérifier l’authenticité des affirmations d’Anna, l’Église mandate Jacques, grand reporter au sang-froid, d’investiguer sur les circonstances qui entourent l’affaire. Mais que le journaliste se le tienne pour dit : « L’Église préférera toujours passer à côté d’un véritable miracle plutôt que de reconnaître une imposture. » Assisté par un panel d’experts — théologiens, historiens, psychologues — Jacques mènera une enquête digne d’un polar qui révélera que l’histoire est plus tortueuse qu’elle ne paraît.
On pourrait reprocher à Giannoli d’esquiver ou, du moins, de cultiver une certaine ambiguïté autour de la question qui sous-tend son intrigue, c’est-à-dire, « La Vierge Marie est-t-elle véritablement apparue à Anna? » Mais ce n’est pas là que réside l’intérêt de réfléchir aux manifestations contemporaines de la foi chrétienne et le cinéaste l’aura bien compris. En signant une mise en scène sobre, mais efficace, qui cadre son récit à hauteur d’homme, le réalisateur nous guide dans une exploration de l’autonomie intellectuelle et spirituelle des croyants et des athées. La foi n’est pas un état naïf ou aveugle, mais un choix, une manière de s’expliquer une réalité qui autrement nous échappe. C’est dans ces scènes où se confrontent deux interprétations du monde — la science vs la religion — que L’apparition s’incruste dans notre mémoire.

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Réalisation
Xavier Giannoli
Genre : Drame – Origine : France – Année : 2018 – Durée : 2 h 18 – Dist. : MK2 | Mile End.
Horaires & info.
@ Cinéma Beaubien – Cineplex
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]
Réalisation
Andrew Haight
Genre : Drame – Origine : Grande-Bretagne – Année : 2017 – Durée : 2 h 02 – Dist. : Entract Films.
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
(Accès autorisé si accompagnés d’un adulte)
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Réalisation
Mathieu Brouillard
Genre : Documentaire – Origine : Québec [Canada] – Année : 2017 – Durée : 1 h 19 – Dist. : Spira.
Horaires & info.
@ Cinémathèque québécoise
Classement
E/C
(En attente)
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Réalisation
Jay Chandrasekhar
Genre : Comédie – Origine : États-Unis – Année : 2018 – Durée : 1 h 39 – Dist. : Fox Searchlight.
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
(Accès autorisé si accompagnés d’un adulte | Langage vulgaire)
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Seule la version sous-titrée en anglais aurait dû être distribuée et non aussi celle de la version anglaise affublée du titre prévisible de Furious. Nous avons préféré la v.o., sous-titrée, baptisée en anglais The Legend of Kolovrat, en accord avec le titre original.
Épique, évitant les excès du genre, s’en tenant proche de la psychologie du héros qui se bat contre cette horde de Mongols un peu trop démonisés, par leurs parures, leurs maquillages, leurs sentiments de haine envers une Russie civilisée et aux forts sentiments nationaux, le film de Dzhanik Fayziev respire l’amour du pays, chose qu’on ne peut absolument pas reprocher. En soulignera cependant l’allusion à la situation actuelle entre un Occident inquiet et une Russie certaine d’elle-même et de ses traditions, mais qu’on accuse d’ingérence.
Mais The Legend of Kolovrat se heurte cependant aux diktats de la production mondiale et de la distribution, ces produits ne comptant que sur les spectateurs issus des différentes diasporas.
Ici, à Montréal, les films qu’on considère « ethniques » – qu’il s’agisse des films philippins, asiatiques, bollywoodiens, comme notre Film de la semaine, Beyond the Clouds, de Majid Majidi, un des chefs de file du cinéma iranien, n’intéressent point la presse traditionnelle. La défense : pas de liens, pas de projections de presse.
De retour à la case départ, Il y a chez Fayziev, plus proche des téléséries, une propension à mimer les créateurs occidentaux, surtout les Américains, en matière d’effets visuels. Les gaucheries, nombreuses, trouvent cependant matière à donner au film un je-ne-sais quoi de nostalgique. Cette époque où les effets, quels qu’ils soient, avaient ce charme surrané et mélodramatique qui finissait par convaincre le plus incrédule des spectateurs.
Le film de Dzhanik Fayziev demeure quand même un spectacle grand public divertissant, nous rappelant une époque où les films du monde entier, d’auteurs ou pas, étaient présentés en salle. Ce petit voyage en arrière nous ramène à un ordre moins désordonné que celui d’aujourd’hui. Et comme cadeau, dans le rôle du héros, Ilya Malavok démontre une volonté de fer, un charisme d’enfer et un amour inconditionnel de la caméra, virevoltante à souhait, et qui ne cesse de l’épier.

Réalisation
Dzanick Fayziev
Genre : Aventures épiques – Origine : Russie – Année : 2017 – Durée : 1 h 58 – Dist. : KinoFilm Corp.
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
(Accès autorisé si accompagnés d’un adulte | Violence)
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]
À l’instar de son précédent No Land, No Food, No Life (lire notre critique), Tomorrow’s Power de Amy Miller reprend son bâton de pèlerin pour nous emmener sur les routes de la misère du monde. Cette fois, c’est à Gaza, en Colombie et en Allemagne que nous posons nos valises pour voir trois facettes de luttes qui opposent des peuples opprimés ou en colère face à des multinationales ou des sociétés délinquantes.

À Gaza, c’est l’électricité que l’État d’Israël coupe quand bon lui semble, jouant avec la vie de milliers de résidants soignés dans les hôpitaux. En Rhénanie, c’est une exploitation gigantesque de lignite qui met à mal l’écosystème et en Colombie c’est la révolte des « sans-grade » contre les cartels du crime organisé. Les exemples sont éloquents et font sursauter d’horreur.
À partir de cette volonté de dénoncer les injustices, Miller nous livre un pamphlet vibrant. Elle nous éduque sur la honte et le courage, et, par le fait même, nous permet d’entrevoir malgré tout, un très très mince espoir de prise de conscience collective. À l’instar de bien d’autres documentaires récents (on pense en particulier au 24 Davids de Céline Baril ou à Demain de Mélanie Laurent et Cyril Dion), le propos n’est pas neuf. Alors, certes, le traitement peut paraître inégal (les drames de Gaza auraient mérité plus d’espace), mais l’ensemble adopte une posture simple et droite qui consiste à documenter caméra à l’épaule l’état chancelant de notre monde. Et tant que les populations n’auront pas fini de crier leur révolte, les documentaristes d’ici et d’ailleurs n’auront de cesse que de nous rappeler leur indignation.
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Réalisation
Amy Miller
Genre : Documentaire – Origine : Canada / Colombie / Allemagne / Territoires palestiniens – Année : 2017 – Durée : 1 h 24 – Dist. : Diffusion Multi-Monde.
Horaires & info.
@ Cinémathèque québécoise
Classement
E/C
(En attente)
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]
À en juger par ce premier film de Thierry de Peretti montré au Québec (Les Apaches, encore inédit, fera l’objet d’une critique dans un de nos prochains numéros de la revue imprimée), le cinéaste corse affectionne le dialogue, une sorte de lien narratif qui non seulement brosse le portrait des personnages dont il est question, mais bien plus, présente ce lieu de l’Hexagone comme un territoire conquis, loin de ses clichés touristiques. Comme, façon de parler, c’est le cas de la Catalogne, en Espagne.
Mais derrière ces revendications nationales, une mafia corse, où la conduite, comme dans tous les lieux du crime organisé, dicte un côté rituel comme dans les Tables de la Loi, mais totalement inversées, puisque les codes moraux sont remplacés par règlements de compte, vengeance, honneur, (ir)responsabilités familiales, respect du clan, embrigadement, distance émotionnelle face à la mort et à la punition.
Les personnalités viriles que met en scène de Peretti sont d’une autre époque du cinéma européen, une production éclatante des années 70 où misogynie n’est pas un tort, mais une façon de vivre, où la masculinité se mesure à la puissance physique et au pouvoir de l’individu dans la société.
Surmené par des échanges de paroles incessants et des conciliabules violents, mais à la fois brilants dans leur composition, Une vie violente signe haut et fort ses bonnes intentions. Une chose est claire, la Corse est présenté sous un soleil radieux, mais là où les Dieux ne cessent de jeter leurs mauvais sorts, comme si le Destin était pour quelque chose.
Thierry de Peretti peut se vanter d’avoir construit un film hors du commun, notamment dans sa direction d’acteurs, la plupart non professionnels, qui semblent avoir un plaisir fou à collaborer pour une cause qui leur tient à cœur, se donnant Coeur et âme. Mais dans ce récit de vie et de mort, la rédemption, le repentir et la grâce divine se heurtent aux lois des Hommes.

Réalisation
Thierry de Peretti
Genre : Drame politique – Origine : France – Année : 2017 – Durée : 1 h 53 – Dist. : Maison 4:3.
Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
(Accès autorisé si accompagnés d’un adulte)
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]
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