19 juillet 2018
Quoi de mieux pour célébrer le 200e anniversaire de la parution du roman Frankenstein que ce drame biographique qui se concentre sur la jeunesse de son auteure ? On oublie souvent que Mary Wollstonecraft Shelley (née Mary Goldwyn) n’avait que 18 ans lorsqu’elle entama en 1816 l’écriture de cette œuvre-phare de la littérature gothique et fantastique. Le film débute en 1814, alors que l’adolescente subit les remontrances de la deuxième femme de son père et qu’elle cherche un moyen de quitter ce foyer familial dysfonctionnel. L’arrivée du poète Percy Bysshe Shelley dans sa vie lui permet de s’épanouir et d’assouvir son désir de liberté. En compagnie de sa demi-sœur Claire, elle part vivre avec Shelley et tombe bientôt enceinte. À l’hiver 1816, elle donne naissance à une fillette qui ne survivra que trois semaines. Puis, au printemps, le trio se retrouve en Suisse dans la Villa Diodati, en compagnie de Lord Byron et du docteur John Polidori.
De tous les films évoquant cette fameuse nuit où elle aurait supposément eu l’idée de Frankenstein (Bride of Frankenstein, Gothic, Haunted Summer), celui-ci semble le plus près de la réalité historique [1]. Le scénario ne peut éviter les raccourcis dramatiques et éliminent certains événements marquants (le long voyage en Europe du couple, la naissance de leur fils William), mais le récit bien construit conserve l’essentiel des années de jeunesse de l’auteure et de sa relation tumultueuse avec son futur époux. Il est tout de même étonnant que le mariage avec Shelley soit évacué, car c’est à partir de ce moment qu’elle s’appellera Mary Shelley. Wollstonecraft est le nom de sa mère, qui est morte au bout de son sang onze jours après sa naissance. On saisit d’ailleurs très bien à quel point cette mère, qu’elle n’a jamais connue, la hante.
Mary se recueille sur sa tombe en lisant des histoires d’horreur gothique. On ne pourrait plus clairement indiquer à quel point ces récits ont influencé l’écriture de Frankenstein. Dès les premières images, on sent aussi l’érudition, l’intelligence et la détermination de cette adolescente qu’interprète avec nuance et grâce Elle Fanning, parfaite pour le rôle. Elle aussi a 18 ans au moment du tournage, ce qui lui donne un avantage certain sur les autres interprètes de Mary Shelley (Elsa Lanchester, Natasha Richardson, Alice Kridge), sauf Jenny Agutter qui avait 19 ans dans le téléfilm Shelley de 1972.
Si la reconstitution d’époque est adéquate, la réalisation de la Saoudienne Haifaa al-Mansour s’avère plutôt conventionnelle, malgré quelques passages saisissants. La musique envahissante n’arrange pas les choses. Par moment, on se croirait dans un téléthéâtre de la BBC. Toutefois, la cinéaste a su mettre en évidence deux faits cruciaux : la découverte du galvanisme par Mary et la mort de sa fillette Clara, éléments marquants de la création du monstre dans Frankenstein. Après le décès de Clara, Mary rêve que le bébé reprend vie comme le monstre et elle utilise le galvanisme comme source de réanimation de la créature. La scène de ce rêve n’est cependant pas assez morbide pour nous faire comprendre l’horreur de cet épisode. Même constat dans la scène où Mary fantasme le moment où le monstre prend vie sous les yeux du jeune Victor Frankenstein, l’idée qui enclenche l’écriture du roman, comme le relatera l’écrivaine elle-même en 1831.

En illustrant ces moments, en incorporant dans le récit le célèbre tableau de Füssli, Le Cauchemar (1781), qui va marquer la jeune femme, en montrant la passion qui unissait les deux amants, en précisant le rôle prédominant de son père dans l’éducation de Mary, en insistant sur les difficultés qu’a rencontrées la jeune auteure à faire publier son roman en 1818 (les éditeurs ne croyaient pas qu’elle l’avait écrit toute seule !), ce film mérite amplement le détour, même si le dénouement artificiel s’inscrit dans une lecture révisionniste post-moderne au goût du jour.
[1] Pour une critique approfondie de ces films et de l’impact des faits marquants de la vie de Mary Shelley sur la création de son roman, consultez mon livre Frankenstein lui a échappé : les tourments cinématographiques d’un mythe moderne, aux Éditions L’Instant même.
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Genre
Drame biographique
Origine
Grande-Bretagne
Luxembourg
États-Unis
Irlande
Année
2017
Durée
2 h
Distributeur
TVA Films
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Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Tous publics
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MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Mauvais. 0 Nul / ½ [Entre-deux-cotes]
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Il y a 50 ans, en avril 1968, 2001: A Space Odyssey prenait l’affiche. Il allait révolutionner le genre science-fiction et les techniques d’effets spéciaux. Trois ans plus tard, en 1971, Andreï Tarkovski réalise le sublime Solaris, une œuvre que Moscou présente alors comme la réponse des Soviétiques au film de Kubrick. Une telle compétition dans le domaine ne s’est pas vue depuis, jusqu’à cette sortie inopinée de Salyut-7 en sol américain l’an dernier et au Québec cet été, quatre ans après le film d’Alfonso Cuarón, Gravity. Mais il ne s’agit plus ici de science-fiction mais bien de science réalité placée dans le contexte de l’histoire récente de l’exploration de l’espace par les Soviétiques en 1985, en plein milieu de l’escalade nucléaire et de l’implantation supposée du système de défense anti-missiles par satellites, surnommé « Star Wars » par le président américain Ronald Reagan. La tension était à son comble à ce moment-là, jusqu’à ce que Reagan se réveille et demande à Gorbatchev, en 1987 près du mur de Berlin : « Tear down this wall. »
Les Russes ont donc produit leur propre aventure spatiale, inspirée des faits réels entourant le sauvetage de la station Saliout-7, une mission encore plus périlleuse que celle d’Apollo 13 en 1970. D’ailleurs, ce film s’inscrit davantage dans la réalité de cette mission relatée dans Apollo 13 de Ron Howard en 1995 que dans la fiction racontée dans Gravity en 2013, même si la séquence d’ouverture semble s’inspirer de ce dernier. L’expertise technique des artisans russes n’a rien à envier aux blockbusters américains. Les effets spéciaux sont impeccables. Toutes les scènes qui se déroulent dans l’espace et dans la station spatiale se révèlent vraiment spectaculaires. Le cinéaste maintient un suspense haletant, plein de rebondissements, mettant constamment en danger la vie des deux cosmonautes qui doivent faire fi des ordres venant de la Terre pour se débrouiller tout seuls et survivre tous les deux. Leur courage et leur dévouement ne peuvent que susciter notre admiration, d’autant plus que les deux acteurs offrent un jeu solide.

Malheureusement, dans la première partie, quand le réalisateur a les deux pieds sur Terre, le récit se disperse quelque peu entre les événements entourant la déroute de la station, la décision de l’état-major de la détruire, l’insistance du directeur de la sauver et l’intimité des deux cosmonautes. La routine s’installe et l’illustration se fait plus conventionnelle, avec les deux femmes des cosmonautes qui s’inquiètent, le quotidien factice des deux hommes, la séquence obligée des préparatifs, la colère inévitable du directeur du centre spatial, le tout enrobé d’une musique techno-pop un peu déconnectée et plutôt pompeuse, un défaut des films américains que les Russes n’ont pas su éviter. Le contexte politique est par ailleurs assez bien cerné, montrant avec éloquence la crainte des Soviétiques que les Américains ne s’emparent de la station spatiale avec leur navette, dont l’espace-cargo correspond exactement aux dimensions et au poids de la station. Est-ce un hasard si son départ est imminent et que sa trajectoire va la placer tout près de Saliout-7 ? Il est fascinant d’accéder au point de vue des Russes pour faire changement, sans tomber dans la démagogie ou la propagande imposée.
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Genre
Suspense
Origine
Russie
Année
2017
Durée
1 h 59
Distributeur
A-Z Films
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Horaires & info.
@ Cinéma Beaubien
Cineplex
Classement
Tous publics
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MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Mauvais. 0 Nul / ½ [Entre-deux-cotes]
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Ce détail ne peut échapper au critique : dans ses très rares moments libres, le héros solitaire et mélancoliquement désenchanté est en train de lire une version du Marcel Proust, In Search of Lost Time (À la recherche du temps perdu), œuvre-phare de la littérature française, voire même mondiale. Élément narratif qui prétend apporter quelque chose aux agissements du personnage, mais pas assez élaboré par le réalisateur, du moins selon notre sens de l’observation.
Ce qui n’empêche pas que le film est une réussite dans sa mise en scène, à la limite de l’abstraction, notamment dans la longue séquence finale filmée à la manière d’un plan-séquence (sans l’être) et où la caméra suit la confrontation entre les deux ennemis comme s’il s’agissait d’une chorégraphie de l’affrontement ; suscitant pour ainsi dire chez le spectateur une sorte de mélange entre le malaise et la quasi euphorie et là où la continuité narrative de la violence suggère une condition de mini-récit.
Il faut mettre une chose au clair : les réactions aux films émanant des critiques professionnels peuvent différer les unes des autres. Cela a à voir avec notre vision du monde, du cinéma, de nos propres sensibilités, de notre éducation, de notre dialogue avec les images en mouvement. Le lecteur est libre, bien entendu, de suivre qui il voudra.
Les silences sont pesants dans EQ2, mais parlent. Antoine Fuqua n’est pas dupe de certaines critiques associées à ses films, mais assume néanmoins sa marginalité en défendant un cinéma grand public qu’il affectionne en lui administrant un regard autre sur l’existence. C’est souvent extrême. Et alors ! Entre western moderne et film d’action standardisé, The Equalizer 2 a reçu les foudres de Metascore, la Bible de l’establishment critique. Justement, en parlant de Bible, on s’aperçoit des liens qui unissent le réalisateur à l’existence de Dieu (séquence du règlement de compte, une sorte de punition tombée du ciel). On peut ne pas partager son affection pour la foi, mais le cinéaste a le mérite d’associer la narration, la mise en scène, le choix de la direction photo et les éléments de la nature à sa conscience.
Par ailleurs, Denzel Washington conserve une humanité qui, mine de rien, a recours à la violence, lorsque le hasard l’impose. Pour Antoine Fuqua, c’est sûrement, le croisement entre la dualité de la Vie et de la Mort, du Bien et du Mal.
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Genre
Action
Origine
États-Unis
Année
2018
Durée
2 h 01
Distributeur
Columbia Pictures
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Horaires & info.
@ Cineplex
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
Violence
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MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Mauvais. 0 Nul / ½ [Entre-deux-cotes]
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