Festivals

Filmfest Dresden – 5-10 Avril 2022

30 avril 2022

Anne-Christine Loranger

Fokus Québec, une sélection de court métrages québécois présentés au Festival International du court-métrage de Dresde en Allemagne (Filmfest Dresden) depuis 2006, est devenu un favori du public. Cette année, ce fut le premier des 40 programmes à afficher complet les deux soirs. Seul festival au monde à présenter annuellement un programme entièrement québécois, le Filmfest Dresden permet à de jeunes créateurs de chez nous de faire connaître leurs œuvres en Allemagne et en Europe de l’Est. La participation de la SODEC et du Bureau du Québec à Berlin y est cruciale, non seulement pour la sélection des œuvres, mais aussi pour faire venir les artistes.  Le Fokus Québec 2022 présentait huit courts métrages sélectionnés par Caroline Monnet, première curatrice issue des Premières Nations (voir notre entrevue avec Caroline Monnet sur le site).

Caroline Monnet (crédit photo : Chris Ludwig)

Fokus Québec prit son envol en 2006, quand Robin Malik, le directeur du Filmfest Dresden de l’époque, et Manuel Feifel, chargé des relations institutionnelles du Bureau du Québec à Berlin, se rencontrèrent pour regarder comment le cinéma québécois — et particulièrement le court métrage — pouvait être mieux représenté à Dresde. Robin Malik était bien disposé à cet égard : également directeur du Festival du film francophone de Dresde, il avait vu auprès du public allemand le succès de films québécois tels que La face cachée de la lune (Robert Lepage, 2003), Les invasions barbares (2003) de Denys Arcand et La grande séduction (2003) de Jean-François Pouliot. Le film de Pouliot avait d’ailleurs remporté le prix du public des festivals de films francophones à Tübingen ainsi qu’à Dresde. « Sans même qu’on ait eu besoin de manipuler les urnes! » nous avait commenté à l’époque Damien Chapuis, l’un des organisateurs du festival de Dresde, dont c’était de loin le film préféré.

C’est bien avant 2006 que le Québec avait commencé à faire sa cour auprès du public dresdois, surtout grâce aux films d’animation de l’ONF. « Il y avait déjà des présences régulières depuis un moment, mais pas de manière si structurée », explique M. Feifel, rencontré à l’occasion du Filmfest.  « Et après il y a eu le contexte de la mission du Premier Ministre Jean Charest en 2006. À cette occasion, la SODEC a signé une entente de déclaration avec le festival de Dresde, dans l’intérêt de promouvoir le court métrage québécois ici et le court-métrage saxon au Québec. En 2007, le premier Fokus Québec a eu lieu et depuis le festival de Dresde continue à s’intéresser aux courts métrages québécois. Nous, de notre côté (au Bureau de Berlin), on a toujours continué à nous intéresser aussi, on trouve que le festival fait un excellent travail. Nous en sommes maintenant à la 16e édition.»

Fokus Québec est toujours présenté les mercredi et vendredi soir au Cinéma Thalia, sans doute le cinéma de quartier le plus sympathique en ville, dont la programmation alterne cinéma de répertoire et films primés. Avec ses fenêtres ouvertes sur la rue grouillante de jeunes, son bar sympa (où on peut fumer), ses boiseries RDA, ses excellents cocktails et sa salle douillette, c’est le meilleurs rendez-vous à Dresde pour discuter de cinéma.

Sébastien Aubin (crédit photo : Chris Ludwig)

La SODEC avait fait venir cette année cinq cinéastes du Québec.  En plus de la curatrice Caroline Monnet, les Dresdois purent ainsi sympathiser avec Sébastien Aubin venu présenter Hide (2014), Alisi Telengut (La grogne, 2021) et Maxime Corbeil-Perron (Origami, 2021). En Compétition internationale, le public a eu l’occasion de rencontrer la cinéaste Miryam Charles (Chanson pour le nouveau monde, 2021). Mme Élisa Valentin, chef de la Délégation générale du Québec à Munich, présenta le Fokus Québec en allemand et en français. La sélection des courts métrages de Caroline Monnet, intitulée Carefully Crafted Silences (Silences soigneusement élaborés) proposait un regard différent sur le Québec moderne, par le biais de ses enfants. Rae (Kawannáhere Devery Jacobs, 2017) offrait une rare perspective, celle d’une petite fille Mohawk élevée par une mère schizophrène, sujet souvent tabou au sein des Premières Nations. La coupe (Geneviève Dulude-De Celles, 2014) et Les grandes claques (Annie Saint-Pierre, 2020) montraient de façon originale le drame d’enfants forcés de passer du temps avec leurs pères nouvellement divorcés et visiblement dépassés par leur esseulement. Alisi Telengut, dont le Fokus Québec 2021 avait présenté le très beau film d’animation The Fourfold (2020) inspiré de sa grand-mère mongole, revenait cette année avec La grogne (2021) une jolie animation un peu loufoque montrant un enfant cherchant à gagner l’attention de son père. Tourné au Maroc, Mohktar (Halima Quardini, 2010)  racontait l’histoire d’un petit berger qui, ayant trouvé un jeune hibou blessé, décide de le soigner au grand dam de son père pour qui cet oiseau est de mauvais augure. No Crying at the Dinner Table de Carole Nguyen (2019) était un documentaire pénétrant sur l’expression de l’amour et des émotions entre les parents et les enfants au sein de la communauté vietnamienne. Plus expérimentaux, les très courts films Hide de Sébastien Aubin sur une peaux de caribou et Origami de Maxime Corbeil-Perron, se situant entre le cinéma d’animation et le concept cinématographique pur, s’avalaient comme des trous normands entre deux plats de solides émotions. Une belle sélection, en somme, offrant des perspectives intimes sur le Québec d’aujourd’hui.

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