En salle à Montréal

Les sept dernières paroles

14 juin 2019

PRIMEUR
| Semaine 24 |

Du 14 au 21 juin 2019 

RÉSUMÉ SUCCINCT
Exploration autour des états expérientiels et les rituels propres au genre humain, à partir des sept thèmes dictés par un oratorio: le pardon, l’acceptation, la relation, l’abandon, la détresse, le triomphe et la vie après la mort

< Coup de CŒUR >
Élie Castiel

★★★★ ½

LE TEMPS ET L’ATTENTE

En 1982, il y a bien longtemps, Koyaanisqati (Life Out of Balance) défie l’expérience du regard. Film sans dialogue. Simplement des images de notre monde et de notre activité et la relation entre ces deux concepts. Parmi les autres essais sur le temps et la vie sur Terre, deux autres parties s’ajoutent au premier film cité, Powaqqatsi / Life in Transformation (1988) et Naqoyqtsi / Life as War (2002).

Impossible de ne pas penser à ces films dès les premières images de ces Sept dernières paroles, essai expérimental collectif à partir de l’oratorio de Franz Joseph Haydn, Les sept dernières paroles du Christ en croix. Unique comparaison avec Reggio, puisque les sept cinéastes impliqués ont chacune, chacun, choisi un extrait de la pièce musicale, mais dans sa continuité et selon le thème, jonglant avec le médium qu’elles/ils professent selon leur propre idée du sujet traité.

Cette liberté, on la sent à chaque détour. Elle s’assume, laissant libre cours non seulement à l’imagination, mais plus exactement au rapport entre l’image et la caméra, ce lien intime unique, sensoriel, sensuel même.

Il en résulte un poème visuel étrange, éthérée, d’une beauté plastique majestueuse. Mais ce qui frappe davantage, c’est la sérénité de l’ensemble même si certaines séquences, comme celles du début, montrant un rituel religieux en Iran, se passe de tout commentaire, mais là où la caméra affiche son obsession autant pour les gestes de la théâtralité et les visages des spectateurs, surtout des spectatrices, cachant leurs yeux, versant parfois quelques larmes coupables devant cette violence esthétisée. C’est sans doute la partie la plus intéressante du film car la mise en scène révèle ses aspérités, sa raison d’être et son rapprochement avec le réel.

Mais nous prépare aussi pour la suite, entre le verbe non-dit, silencieux, muet, mais qui veut dire mille et une choses. Ces personnages de la vie, des non-professionnels, pris au hasard, sauf dans quelques séquences – devinez lesquelles – où les actrices et les acteurs jouent à… selon le thème en question.

Mais il y a surtout un travail de caméra extraordinaire et sa fascination pour le plan. Car dans Les sept dernières paroles, on n’a jamais parlé autant de cinéma, de sa fonction première, de son intrusion dans le quotidien et dans la corporalité. Pour des raisons qui nous échappent, le film interpelle parfois Godard, Cavalier et sans doute d’autres esthètes des images en mouvement.

Kaveh Nabatian et ses six autres cinéastes ouvrent une parenthèse aussi énergique qu’étonnante dans l’imaginaire du cinéma québécois.

Autre thème qu’aborde cet proposition collective, le corps. Et comment dire? : le corps dans tous ses états, d’âme et physiques. Les membres du Callino Quartet, qui sera le sujet d’une partie du film, repose le regard du spectateur devant tant de beauté, la caméra les filme de façon conventionnelle, comme pour nous ressourcer avant de poursuivre ce voyage inusité. Avant tout, Les sept dernières paroles, c’est du cinéma dans le cinéma, c’est de la musique classique, donc indémodable, éternelle lorsqu’elle s’insère dans la vie.

Mais c’est aussi un regard sur notre monde, de la naissance à la mort, de ce qui nous retient ici-bas malgré les forces de la nature, les dangers incessants. Sans doute, cette image d’enfant naissant au visage crispé qui apprend difficilement à ouvrir les yeux sur un lieu imprévisible qu’il lui faudra, malgré lui, ou plutôt affectueusement, découvrir. C’est un film exigeant, mais à la fois transcendant sur le temps, le mouvement et l’attente.

Kaveh Nabatian et ses six autres cinéastes ouvrent une parenthèse aussi énergique qu’étonnante dans l’imaginaire du cinéma québécois.

 

FICHE TECHNIQUE
Sortie
Vendredi 14 juin 2019

Réal.
Juan André Arango Garcia
Sophie Deraspe, Sophie Goyette
Karl Lemieux, Ariane Lorrain
Caroline Monnet, Kaveh Naba
tian

Genre(s)
Expérimental

Origine(s)
Québec

[ Canada ]

Année : 2019 – Durée : 1 h 13

Langue(s)
Sans dialogue

The Seven Last Words

Dist. @
Maison 4tiers

Classement
Tous publics

En salle(s) @
Cinéma du Musée
Cinéma Moderne

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel.  ★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon.
★★ Moyen.  Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

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