En salle à Montréal

Capharnaüm

31 janvier 2019

| PRIMEUR |
Semaine 05
Du 1er au 7 février 2019

RÉSUMÉ SUCCINCT
Devant un juge d’un tribunal de Beyrouth, Zain, un garçon âgé d’une douzaine d’années, annonce qu’il souhaite porter plainte contre ses parents pour l’avoir mis au monde. La vie de ce préadolescent originaire d’un quartier défavorisé n’a été que misère depuis sa naissance. Obligé de mentir et de voler pour aider sa famille, injurié et menacé quotidiennement par ses parents, Zain s’enfuit après avoir échoué à protéger sa sœur de 11 ans d’un mariage arrangé avec un petit commerçant.

COUP DE CŒUR
| Élie Castiel |

★★★★ ½

SALÂM, BEYROUTH!

AVEC CARAMEL (2007), NOUS DÉCOUVRONS une comédienne impeccable et une réalisatrice qui sait filmer autant les personnages que les coins d’un Beyrouth intemporel. Pure libanaise. Avec Capharnaüm (de l’hébreu, kafar et naüm, lieu où des personnes et des objets de toutes sortes se trouvent pêle-mêle, bien que ça ne s’arrête pas là), elle hérite de Mira Nair et de son lyrique Salaam Bombay! (1988), du brillant Pixote: A Lei do Mais Fraco (Pixote : La loi du plus faible) du regretté Hector Babenco (1981) ou bien avant cela d’un des chefs-d’œuvre de Luis Buñuel, Los olvidados (1950). L’enfance et ses drames, sa marginalité due à des familles dysfonctionnelles et à la pauvreté excessive, mais également à un système d’éducation pourri.

Beyrouth, le Paris du Moyen-Orient, même dans les années 1960 et aujourd’hui plus encore, alors que la ville se reconstruit de ses nombreux conflits, c’est pour les magnats de la finance de l’Occident et les états pétroliers du Moyen-Orient. Oui, une petite bourgeoisie existe, mais pas vraiment atteinte par les injustices.

Ce n’est pas l’environnement où vit le petit Zain (Zain Al Rafeea, parfais dans tous les sens), qui parle, gesticule et se débrouille mieux qu’un adulte. Il fait partie de ceux qui doivent se battre constamment sans être certains qu’ils survivront. Pour ceux qui ont vécu dans un pays arabe, comme le signataire de ces lignes, ce n’est pas surprenant. Il y a, chez l’oriental, un sans-gêne sis dans l’ADN qui le pousse automatiquement à gérer ce qu’on appelle le système de la débrouille. L’adolescence, surtout pour les garçons, est déjà un passage à l’âge adulte. Gérer l’absence de cette étape de la vie est déjà un défi, mais à la longue, peut s’avérer libérateur.

 Il s’agit d’un film brillant, didactique aussi, et c’est bien ainsi alors que nous traversons une époque difficile où il est de plus en plus ardu de vivre. Si des cinéastes de la trempe de Labaki, de Cuarón ou d’autres observateurs du monde se donnent la peine de nous sensibiliser (sans doute une autre façon de nous donner des messages – action devenue taboue dans un monde populiste), c’est déjà un pas dans la bonne direction.

Labaki démontre cette particularité par le biais d’une fiction tournée parfois comme un documentaire; mais également tout à fait consciente des codes qui régissent cette ville du pays des Cèdres. La ville moderne est aussi agitée que les bidonvilles beyrouthins. Là, Les femmes triment ou… , les enfants se débrouillent du mieux qu’ils peuvent, les hommes traînent parce que chômeurs, ou s’ils travaillent, trichent comme par habitude et non pas malice.

La mise en scène de Nadine Labaki, faite de retours en arrières significatifs, de temps réels époustouflants et d’une utilisation du langage ordurier tout à fait naturelle qui, pour l’occasion, marque toutefois ses limites, s’annonce exploratrice, oscillant entre le drame urbain et le regard ethnographique. Il s’agit d’un film brillant, didactique aussi, et c’est bien ainsi alors que nous traversons une époque difficile où il est de plus en plus ardu de vivre. Si des cinéastes de la trempe de Labaki, de Cuarón ou d’autres observateurs du monde se donnent la peine de nous sensibiliser (sans doute une autre façon de nous donner des messages – action devenue taboue dans un monde populiste), c’est déjà un pas dans la bonne direction.

Et puis des comédiens non professionnels, choisis astucieusement (sauf pour le père, la mère, le juge, et quelques autres déjà dans le métier), tous, surtout les enfants, sont issus de la rue et partagent leurs manques, leur marginalité. Leur rapport à la caméra est un acte amoureux plein de compassion qui se manifeste tout le long de ce film admirable où il est également question d’immigration illégale (Éthiopiens, Syriens), un aspect du film que la cinéaste libanaise traite avec une humanité aussi réconfortante qu’empreinte de quelque chose pas très lointain de la tragédie, apparemment signe des temps nouveaux.

Sortie
Vendredi 1er février 2019

FICHE TECHNIQUE

Réal.
Nadine Labaki

Origine(s)
Liban

Année : 2018 – Durée : 2 h 03

Genre(s)
Drame

Langue(s)
V.o. : arabe ; s.-t.a. & s.-t.f.
Capernaum / Cafarnaúm

Dist. @
Métropole Films


Classement
Interdit aux moins de 13 ans

Info. @
Cinéma Beaubien
Cineplex


MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel.  ★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon.
★★ Moyen.  Mauvais. 0 Nul.
½ [Entre-deux-cotes]

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