En salle à Montréal

The Beguiled

29 juin 2017

RÉSUMÉ SUCCINCT
Durant la guerre de Sécession qui dure depuis déjà quelques années, la directrice d’un pensionnat de jeunes filles en Virginie accueille un soldat ennemi blessé. Remake du film de Don Siegel (1971).

COUP DE CŒUR
★★★★ ½

SÉDUIT ET ABANDONNÉ
ÉLIE CASTIEL

Soyons honnêtes. Si le titre de cette critique est à l’eau de rose, c’est bien intentionnel puisque le regard féminin porté par Sofia Coppola sur ce remake éponyme du film de Don Siegel (1971) repose sur des codes non seulement cinématographiques, mais également littéraires, particulièrement en ce qui a trait à une certaine littérature romantique.

« Prix de la mise en scène – Sofia Coppola »
Festival de Cannes 2017

The Beguiled_Coup de cœur (En salle)

Conscient de la présence d’un Clint Eastwood en pleine gloire comme comédien, Siegel optait pour un contexte sexuel et primaire/animal beaucoup plus accentué faisant de son Beguiled (Les Proies), un regard sur le désir inassouvi et l’animalité innée de l’homme. Son film était une œuvre charnelle autant qu’un grand film populaire sur le côté voyeur du spectateur.

Sofia Coppola signe donc ici un spectacle binaire dont les codes de l’un (cinéma) et de l’autre (le livre) se juxtaposent et explosent intérieurement chez les personnages. Il y a, en un premier temps, le désir fait chair, mais occulté, prêt à exploser à chaque moment. Les proies, ce sont ces femmes protégées des affres d’un Guerre civile qui opposent deux camps à l’intérieur d’une sorte d’île impénétrable dont l’entrée est renforcée par des colonnes grecques (ou romaines) en forme phallique et prisent fréquemment par l’objectif de la caméra, un œil indiscret qui vient rappeler aux spectateurs ou mieux encore « annoncer » ce dont il va être question.

La perte de l’innocence est au cœur de ce très beau film,
parmi les plus concluants de Coppola, magnifique réalisatrice
dont le regard incisif, l’approche non dénuée d’un certain
humour corrosif et sa majestuosité à cadrer le plan immergé
dans des couleurs faites de clairs-obscurs donnent au format
1,66:1 négatif 35mm toute sa splendeur et sa raison d’être.

Le roman de Thomas Cullinan est donc traité dans cette version 2017 avec une touche féminine qui, loin de paraître militante, ne porte aucun jugement ou revendique une quelconque idéologie. Si Siegel présentait la tentative de viol par les forces des Confédérés, Coppola l’évite pour mettre plus d’emphase sur le portrait romantique d’un caporal McBurney trop beau pour ce qu’il cache. Sur ce point, Colin Farrell étale son côté à la fois sombre, illuminé et sensuel des héros d’une certaine littérature que meublent les étagères de plusieurs bibliothèques dans leur section « Americana ». Tout le contraire de Siegel, où le viril Eastwood ne cachait pas son appétit carnassier et en même temps  protecteur des ses attributs de Lonesome Cowboy.

Et il y a une nature, certe luxuriante, mais également sauvage, à l’opposé d’un intérieur filmé en couleurs diaphanes, comme si un voile venait protéger toutes ces âmes perdues en quête de volupté. C’est un film aussi sur le repli, sur la prise de conscience de la sexualité, mais aussi sur la vengeance lorsque le désir, autrefois refoulé, est interdit, ou plutôt refusé.

The Beguiled_add

Coppola connaît magnifiquement bien sa condition de femme. Elle ose filmer ses complices avec toute la franchise du monde, ne reculant devant rien pour les placer dans des situations aussi paradoxales qu’infranchissables. La perte de l’innocence est au cœur de ce très beau film, parmi les plus concluants de Coppola, magnifique réalisatrice dont le regard incisif, l’approche non dénuée d’un certain humour corrosif et sa majestuosité à cadrer le plan immergé dans des couleurs faites de clairs-obscurs donnent au format 1,66:1 négatif 35mm toute sa splendeur et sa raison d’être.

Le plan magistral qui clôt le film (on ne vous dira rien d’autre), confirme que l’approche manichéenne à l’écran, si bien maîtrisée, peut  engendrer des propositions fort intéressantes. Aux accents toxiques de Siegel, Coppola énonce de subtiles éruptions qui, derrière leur candide affectation, cachent tout le venin de ces femmes, en quelque sorte, et sans jeu de mots, qui semblent au bord de la crise de nerfs. Mais en fin de compte, quoi qu’on en dise, le film de Sofia Coppola est adorablement et pudiquement sexy!

Sortie :  vendredi 30 juin 2017
V.o. :  anglais

Genre :  Drame  – Origine : États-Unis –  Année :  2017 – Durée :  1 h 33  – Réal. : Sofia Coppola – Int. : Colin Farrell, Nicole Kidman, Kirsten Dunst, Elle Fanning, Angourie Rice, Oona Laurence – Dist. :  Universal Pictures.

Horaires
@
 
Cineplex

Classement
Tout public
(Déconseillé aux jeunes enfants)

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]  –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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