En salle

Les fleurs bleues

23 mars 2017

RÉSUMÉ SUCCINCT
Wladyslaw Strzeminski, peintre réputé dans la Pologne d’après-guerre, figure de l’avant-garde, enseigne à l’École nationale des beaux-arts de Lódz. Mais ses idées ne plaisent pas aux autorités.

EXTRAIT
★★★★
Texte : Denis Desjardins

Andrzej Wajda, mort en octobre dernier, savait-il que Les fleurs bleues serait son ultime opus, le dernier d’une série de plus de 30 longs métrages sur une carrière s’étendant sur quelque 65 années ? En tout cas, on dirait bien là une sorte de bilan, un condensé de ses principales sources d’inspiration. Comme presque toujours chez lui, l’histoire est ancrée dans un contexte historique précis, un moment de crise où des forces antagonistes s’affrontent, avec à la clé un changement d’époque, un bouleversement sociétal.

Les fleurs bleues

C’était le cas, par exemple, de Cendres et diamant, qui se déroule pendant l’armistice de 1945; des Noces, qui évoque une Pologne insouciante à l’époque de l’occupation autrichienne; de L’homme de marbre et de L’Homme de fer, qui annoncent respectivement en 1977 et en 1981 les derniers milles d’un régime qui s’effondrera quelques années plus tard. Mais dès la prémisse des Fleurs bleues, dès les premières images de cette histoire qui s’amorce en 1948, images à la fois lumineuses, festives et apaisantes, c’est au Chef d’orchestre (1980) que nous pensons, en observant un rapport privilégié entre maître et élèves, et le grand respect que les seconds vouent au premier, un artiste accompli doublé d’un pédagogue exemplaire.

Wladyslaw Strzeminski, homme posé et pacifique,
semble pourtant être le seul à tenir tête à ce discours
réducteur, défendant comme il l’a toujours fait la liberté de
l’artiste, son intériorité. « Mais de quel côté êtes-vous donc ? »

Cet homme, c’est Wladyslaw Strzeminski, théoricien de l’unisme, une doctrine qui est en quelque sorte une anti-doctrine, élaborée vers 1925, et qui, pour résumer grossièrement, défend la valeur uniquement plastique de l’oeuvre, sans contrainte symbolique ou émotive. Avec ce précepte inédit pour l’époque, Strzeminski tint un rôle important dans le paysage artistique polonais de la première moitié du XXe siècle, le rôle d’un avant-gardiste et d’un anti-conformiste sans précédent. Mais voilà qu’après la Seconde Guerre mondiale, la Pologne, à peine libérée du cauchemar nazi, tombe aussitôt dans le giron soviétique. Dès lors, le nouveau gouvernement du Parti ouvrier polonais n’aura de cesse d’imposer sa propre conception de l’art, c’est-à-dire le fameux « réalisme socialiste », qui sera célébré longtemps de Berlin-Est à Pékin en passant par La Havane.

Lors d’une visite impromptue à l’Académie, le ministre de la Culture interrompt un cours sur Van Gogh que donnait Strzeminski, afin d’expliquer devant les étudiants consternés les principes du réalisme socialiste : tout formalisme serait le produit d’une société décadente, et, bien sûr, au service du capitalisme tant honni. Wladyslaw Strzeminski, homme posé et pacifique, semble pourtant être le seul à tenir tête à ce discours réducteur, défendant comme il l’a toujours fait la liberté de l’artiste, son intériorité. « Mais de quel côté êtes-vous donc ? »
[…]

Texte intégral
Séquences
Nº 307 (Mars-Avril 2017)
Page 28-29
En kiosque

Sortie :  vendredi  24 mars 2017
V.o. :  polonais
Sous-titres : anglais, français
Afterimage / Powidoki

Genre :  DRAME BIOGRAPHIQUE  – Origine : Pologne –  Année :  2016 – Durée :  1 h 38  – Réal. :  Andrzej Wajda – Int. :  Boguslaw Linda, Aleksandra Justa, Bronislawa Zamachowska, Zofia Nichlacz, Krzysztof Pieczynski, Marius Bonaszewski  – Dist./Contact :  Eye Steel Inc.

Horaires
Cinéma Beaubien Cinéma du Parc

Classement
Tout public

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]  –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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