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The Refugee Hotel

29 octobre 2016

THÉÂTRE /
CRITIQUE
★★ ½
Texte : Élie Castiel

LOS DESPOSEÍDOS

On aurait voulu être conquis par cette troublante et touchante histoire d’un passé pourtant si proche de nous, d’une époque charnière dans l’Histoire du Chili, ce pays d’Amérique latine où la culture demeure une des raisons d’être des habitants, sans compter sur ses chères valeurs démocratiques.

Après le coup d’État militaire du 11 septembre 1973 (bizarre coïncidence avec le 11 septembre 2001, comme sil s’agissait d’un néfaste présage) perpétré par le Général Pinochet, avec la bénédiction des États-Unis, par l’entremise de la CIA, les emprisonnements, les tortures de toutes sortes… et l’exil commencent pour de nombreux habitants.

À 43 ans de cette tragédie chilienne, les enfants des exilés se souviennent-ils du drame que leurs parents ont vécu ou au contraire, se sont entièrement assimilés aux valeurs des pays où ils sont nés, un peu partout dans le monde, comme le Canada, les États-Unis (paradoxalement), la Grèce, la France et d’autres ailleurs ? Grande question qui restera nul doute sans réponse tant le monde a changé depuis.

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Juan Grey, Gilda Monreal, Marian Tayler et Pablo Diconca (PHOTO : © James Douglas)

Avec The Refugee Hotel, Carmen Aguirre dresse le bilan d’un exil forcé en appuyant en filigrane le manque d’éthique du Gouvernement canadien, encore traumatisé par l’après crise d’Octobre 1970. Et c’est grâce, en partie, à des ONG que le Canada a commencé à ouvrir ses portes. L’histoire de cet hôtel (sans étoiles) est celui d’un espoir donné à tous ces déplacés, des réfugiés socio-politiques sans la connaissance ni du français, ni de l’anglais. Sur ce point, la mise en scène de Paulina Abarca-Cantin est assez précise, illustrant les scènes avec combativité et notamment débrouillardise.

Nous n’avons jamais entendu parler du Teesri Dunya Theatre, dont la grande majorité de la troupe est composée de comédiens de diverses ethnies. Sur ce point, nous devons les encourager face un théâtre et un cinéma québécois plutôt protectionnistes et qui pourtant, dernièrement, commencent à s’ouvrir timidement à l’autre.

Soulignons… l’enthousiasme conquis de tous les
comédiens de ce flashback à travers la mémoire du souvenir.

À lire la biographie des comédiens, tous ont de l’expérience dans le domaine de la scène. Malheureusement, cela ne se voit pas dans The Refugee Hotel. On a l’impression que la metteure en scène a tellement voulu faire passer le message que la direction des comédiens a été laissée de côté, même si certains moments sont assez touchants pour qu’on s’y attarde. Les éclairages d’Audrey-Anne Bouchard sont au point, faisant transparaître la bonne humeur temporaire et le drame avec aplomb.

Par ailleurs, Carmen Aguirre, dont la proposition demeure assez intéressante, aurait dû pondre un texte théâtral plutôt que d’un texte populaire. Les spectateurs sont assez intelligents pour comprendre les métaphores. En s’inspirant du quotidien, elle place le théâtre dans une réalité qui exige énormément d’expérience dans l’écriture pour qu’elle puisse rejoindre le spectateur. Sur ce point, la dramaturgie de Michel Tremblay est un exemple à suivre.

Au-delà de ces critiques, que nous aurions sincèrement voulu éviter, nous devons néanmoins appuyer les initiatives du TDT, ne serait-ce que pour donner la possibilités aux autres de s’exprimer culturellement. Ou encore, une intégration, même forcée, au sein de la culture québécoise, la plus riche au Canada, serait même bien plus que souhaitable. Soulignons cependant l’enthousiasme conquis de tous les comédiens de ce flashback à travers la mémoire du souvenir.

Quelques mots pour ajouter que le programme de la soirée est écrit en anglais, avec un court exergue en français, LatinArte – L’art de vivre Latinos, qui aurait eu besoin d’être corrigé avant publication ; tout en soulignant qu’on pouvait à peine voir sur vidéo, le danseur de Cueca, Bryan Javia.

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Texte : Carmen Aguirre – Mise en scène : Paulina Abarca-Cantin – Musique : Victor Jara, Quilapayún, Violeta Parra, Los Dinametros de Colombia, Bruce Cockburn (Stealing Fire) –  Son & Vidéo : Christopher Scott Wardell – Scénographie / Costumes : Diana Uribe –  Éclairages : Audrey-Anne Bouchard – Surtitres en espagnol : Bruce Gibbons Fell – Distribution  : Charles Bender, Pablo Diconca, Braulio Elicer, Craig Francis, Ziad Ghanem, Shanti Gonzalez, Juan Grey, Gilda Monreal, Sally Singal, Mariana Tayler, Vera Wilson Valdez, Bryan Javia – Production : Teesri Dunya Theatre / Centre Segal | Durée : 1 h 50 (incluant 1 entracte) – Représentations : Jusqu’au 13 novembre 2016Centre Segal (Studio).

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel). ★★★★ (Très Bon). ★★★ (Bon). ★★ (Moyen). (Mauvais). ½ [Entre-deux-cotes]

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