En salle à Montréal

Bonté divine

24 septembre 2015

RÉSUMÉ SUCCINCT
Un prêtre défroqué se confesse avant de mourir. Son récit est une histoire de préservatifs, de naissances et de morts. Quel est donc le rapport entre cette souvent irritante enveloppe de caoutchouc bien ancrée dans le vécu masculin et ces deux étapes de l’existence ?

Bonté divine

LE PRÉSERVATIF COMME
EXUTOIRE À LA CORRUPTION

Élie Castiel
CRITIQUE
★★★ ½

Du Croate (ex-Yougoslave puisque né en 1964) Vinko Bresan, nous ne connaissons que How the War Started on My Island / Kako je poceo rat na mom otoku (1996), situant l’action au début de la discolation de la Yougoslavie en petits états indépendants. De ce film, nous n’avons en mémoire que l’humour servant à alléger une situation politique et sociale, pour le moins dramatique, sommant le peuple à envisager son avenir en pièces détachées.

Pour capter l’attention du spectateur, la satire est-
européenne côtoie l’humour italien, formant un mélange
assez adroit de débauche contrôlée, de rapport délirant au
corps de l’autre (la femme) et finalement d’une vision
de la vie axée sur le plaisir immédiat et naturel…

Dans Bonté divine, les habitants d’une petite île croate bien charmante semblent vivre une existence calme, si ce n’est que trop de vieux meurent et que le taux de naissances est plutôt faible, pour ne pas dire nul. Le véritable coupable : le sacro-saint préservatif. À partir de ce sujet social on ne peut plus consensuel, Bresan ouvre grand les portes des liens qui existent entre prêtrise et sexualité, fidélité dans le couple et activités nocturnes en dehors du foyer (bien entendu, en ce qui concerne les hommes). Car Bonté divine, c’est surtout de ce qu’on appelait auparavant (et selon le cas, encore aujourd’hui) le sexe fort qu’il s’agit. Ses pulsions, ses fantasmes, ses envies et désirs. Sans doute une question de survie et de nier la mort.

Pour capter l’attention du spectateur, la satire est-européenne côtoie l’humour italien, formant un mélange assez adroit de débauche contrôlée, de rapport délirant au corps de l’autre (la femme) et finalement d’une vision de la vie axée sur le plaisir immédiat et naturel.

Mais ce qui étonne davantage dans cette comédie caustique bien agencée, c’est la présence extraordinaire des comédiens, particulièrement Krešimir Mikiċ dans le rôle du prêtre, s’aventurant avec une aisance impartiale dans l’univers des laïcs.

La mise en scène de Bresan s’appuie sur les codes rigides de la satire sociale (situations rocambolesques, écueils entre vie publique et le royaume de Dieu, métaphore politique…). Sa caméra est donc alerte, évite le gros plan, filme le groupe plutôt que l’individu et se permet quelques trouvailles magiques comme seuls les cinémas de l’Est peuvent se permettre de créer. En fin de compte, comme par enchantement, le fameux morceau protecteur finira tout de même par faire des petits. Comme quoi les miracles sont encore possibles.

Vous constaterez avec émoi que Charlie Hebdo est présent de façon tout à fait symbolique, sans doute métaphore politique d’une Croatie où règne encore la corruption.

revuesequences.org

Sortie : vendredi 25 septembre 2015
Version originale :  croate
S.-t.a. <  Svecenikova djecca

Genre : Satire sociale – Origine : Croatie – Année : 2013 – Durée : 1 h 33 – Réal. : Vinko Bresan – Int. : Kresimir Mikic, Niksa Butijer, Drazen Kuhn, Marija Skaricic, Jadranka Djokic, Filip Križan– Dist. / Contact : K-Films Amérique.
Horaires : @ Beaubien

CLASSEMENT
Visa GÉNÉRAL
(Déconseillé aux jeunes enfants)

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

2019 © SÉQUENCES - La revue de cinéma - Tous droits réservés.