En salle

Marinoni

26 mars 2015

Belle complicité

Jérôme Delgado
Critique
★★★

Documentaire pour passionnés de cyclisme ? Film sur le vélo, la machine autant que le sport? Oui, mais pas juste ça. Et même, plus que ça. Dans Marinoni, le réalisateur Tony Girardin ne dresse pas seulement le portrait de l’homme derrière ce nom presque mythique du monde à deux roues. Il parle de persévérance, de débrouillardise, de courage, salue l’artisan en marge de l’industrie, à contre-courant d’elle. Giuseppe Marinoni, coureur devenu fabricant de vélos puis obsédé, à 75 ans, par un défi personnel (le record de l’heure), est montré comme un survivant, qui ne fait qu’à sa tête, œuvre en dehors du temps et de toute logique commerciale.

Marinoni

Plus que tout, ce Marinoni est un objet cinématographique sans prétention, à l’image de son sujet. Sans fioritures, avec les défauts bien en évidence, le documentaire d’une heure et demie respire l’authenticité d’un bout à l’autre, des scènes de mécano aux tours de piste en Italie. Il révèle à l’écran ce qu’il a été lors de sa fabrication : une rencontre. Une rencontre entre un cinéaste et son personnage, puis entre un homme et la caméra qu’il finit par accepter. Girardin n’apparaît sur aucun plan, même pas en reflet, une ombre à l’occasion (presque accidentelle). Pourtant, on le sent là, présent par la voix, certes, mais aussi dans la proximité avec Marinoni. Davantage que de l’intimité, il y a de la complicité entre les deux, comme si le vieux renard du vélo était partie prenante du projet filmique.

Plus que tout, ce Marinoni est un
objet cinématographique sans prétention,
à l’image de son sujet.

On pourrait reprocher au documentariste de se mettre trop en scène. D’autant plus qu’il faut s’habituer à sa voix monocorde, à ses fautes, à la simplicité de ses questions. Sauf que le film est un projet tellement personnel qu’il fallait que Tony Girardin s’investisse ainsi, à fond, à la manière de Giuseppe Marinoni dans sa vie. Peu importe si les détails concernant le record de l’heure sont escamotés (la distance établie devant la caméra ne tiendrait plus), car le regard du cinéaste en est un d’admirateur béat. Il ne s’en cache pas, ça transcende l’écran et le spectateur est pris à parti. Quoi demander de plus?

revueséquences.org
Sortie :Vendredi 27 mars 2015
V.o. : anglais, italien
S.-t.f. > Marinoni : Le feu de la passion

Genre : Documentaire biographique – Origine :   Canada [Québec]– Année : 2014 – Durée : 1 h 27 – Réal. : Tony Girardin – Dist. / Contact : Tekko Hut.
Horaires : Excentris

CLASSIFICATION
Visa GÉNÉRAL

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel). ★★★★ (Très Bon). ★★★ (Bon). ★★ (Moyen). (Mauvais). ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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