En salle à Montréal

A Girl Walks Home Alone at Night

6 mars 2015

Morsures salutaires

Élie Castiel
CRITIQUE
★★★ ½

D’origine iranienne, installée aux États-Unis, Ana Lily Amirpour signe un premier long métrage bercé de cinéphilie, de références culturelles et d’un goût évident pour la provocation. Le film de vampire côtoie allègrement le spaghetti western, le film noir à la sauce Jarmusch et un côté subtilement lynchien qui ne fait que rehausser la texture de ce qui ressemble à une fable politico-sociale tournée en noir et gris plutôt qu’en noir et blanc.

A Girl Walks Home Alone at Night

Si Arash Marandi (Arash) projette un look fifties qui rappelle à s’y méprendre l’acteur-culte James Dean, faisant de son personnage un loup solitaire inoffensif doublé de charme et de sensualité, Sheila Vand, quant à elle, se présente comme une belle et mystérieuse justicière de la nuit, ne s’attaquant qu’à ceux qui minent la conscience sociale. Sans oublier ce gamin des rues (le jeune Milad Eghbali, subtilement candide), sorte de témoin et de messager.

Amirpour procède par joutes oniriques, faisant de ce film une aventure du regard où la narration ne sert qu’à justifier un côté formel appuyé, mais d’une forte et sincère intégralité. Même les scènes extérieures sont tournées comme s’il s’agissait de huis clos. Enfermements obsédants à deux personnages confrontés entre l’appel du Bien et la tentation du Mal.

Un film sans vraiment de fils conducteur,
sauf une envie farouche de faire du cinéma,
permettant à Amirpour de tenir un argumentaire
cohérent et intelligent sur ses origines.

Avec A Girl Walks Home Alone at Night, titre d’autant plus allégorique, la jeune cinéaste tâte le pouls sensible du film féministe en le débarrassant intentionnellement de tout discours répétitif et non fondé. Amirpour a certainement de l’audace à revendre. Sa thèse domine le film par son côté formel : cadrages éloquents, mouvements de caméra restreints, horizontalité dans la structure du plan, fixation voulue sur les sujets filmés, quelques plans rapprochés qui subliment les visages des protagonistes, autant d’éléments esthétiques qui font de cette première incursion dans le long métrage un exercice d’une brillante originalité. Le morbide se laisse séduire par le poétique ; la musique occidentale ose confronter un territoire oriental baignant dans la censure ; la femme ne porte le voile que pour cacher ses intentions.

Sur ce point, nous sommes bien en Iran, mais un Iran reproduit, occidentalisé, prêt à se donner corps et âme pour se fondre à l’intérieur d’une civilisation mondialisante laissée à l’abandon. Et le plan final, d’une étonnante singularité, donne la réponse aux spectateurs par le biais d’une audiocassette entamant un air connu. Sorte de catharsis pour un film sans vraiment de fils conducteur, sauf une envie farouche de faire du cinéma, permettant à Amirpour de tenir un argumentaire cohérent et intelligent sur ses origines. À nos yeux, cela nous paraît fort suffisant\

revueséquences.org

Sortie : Vendredi 6 mars 2015
V.o. : farsi
S.-t.a. A Girl Walks Home Alone at Night

Genre : Drame d’horreur – Origine :   États-Unis – Année : 2014 – Durée : 1 h 39 – Réal. : Ana Lily Amirpour – Int. : Sheila Vand, Arash Marandi, Marshall Manesh, Mozhan Marnò, Dominic Rains, Rome Shandaloo, Milad Eghbali – Dist. / Contact : VSC.
Horaires : Cinéma du Parc

CLASSIFICATION
En attente de classement

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel). ★★★★ (Très Bon). ★★★ (Bon). ★★ (Moyen). (Mauvais). ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

 

 

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