En salle à Montréal

Deux jours, une nuit

8 janvier 2015

Semaine du 9 au 15  janvier 2015

LE FILM DE LA SEMAINE

Deux jours, une nuit_En salle

PRIX SPÉCIAL DU JURY OEUCUMÉNIQUE
(Jean-Pierre et Luc Dardenne)
Festival de Cannes 2014

Sortie : Vendredi 9 janvier 2015
V.o. : français

Genre : Drame social | Origine : Belgique / France / Italie – Année : 2014 – Durée : 1 h 35– Réal. : Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne – Int. : Marion Cotillard, Fabrizion Rongione, Pili Croyne, Simon Caudry, Catherine Salée, Batiste Sornin – Dist. / Contact : Métropole | Horaires / Versions  : Beaubien Cineplex Excentris

CLASSIFICATION
Visa GÉNÉRAL

APPRÉCIATION
TOUT (TROP ?) POUR MARION…
Jean-Marie Lanlo
★★★

Pour parvenir à leurs fins, les Dardenne vont logiquement jusqu’à flirter avec un certain cinéma selon lequel l’intrigue est moins importante que la tension générée par la mise en scène. Pour l’occasion, les frères ont même la bonne idée de mettre de côté les plans à la Dardenne et cherchent une façon de générer l’urgence, autrement qu’en filmant les nuques de personnages engagés dans des courses folles. À ce titre, les plans représentant l’héroïne, Sandra, (parfaitement) interprétée par une Marion Cotillard se déplaçant à toute allure, perdue dans des quartiers qu’elle ne connaît pas, à la recherche de ses collègues dans l’espoir de sauver son emploi, sont parfaitement réussis. Son regard apeuré et son corps tendu et fragile marquent son stress, sa peur, mais aussi sa détresse psychologique (elle est sujette à la dépression) avec plus de force que bien des mots.

L’actrice offre une prestation exemplaire (indéniablement un de ses meilleurs rôles) et peut probablement remercier les Dardenne de lui avoir permis d’incarner un tel personnage, mais aussi d’avoir su la guider grâce à des directives extrêmement rigoureuses. Elle a d’ailleurs fait référence, en conférence de presse et dans les médias, à une scène que les frères Dardenne lui avaient demandé de rejouer plusieurs fois : ils voulaient qu’elle se mette à pleurer au moment de lacer sa chaussure droite et non la gauche ! Une telle précision est-elle fondamentale pour la réussite de l’entreprise ? Nous n’en sommes pas certains, mais elle démontre à l’évidence la rigueur avec laquelle les frères dirigent leurs acteurs. Cette rigueur a également comme effet pervers de donner encore plus d’importance à certains manquements. En restituant (en partie grâce au jeu de Cotillard) une situation impressionnante de réalisme, les Dardenne donnent a contrario encore plus d’importance aux lacunes de certains acteurs.

Nous ne citerons pas tous les exemples et ne pourrons pas tous les développer. Nous nous contenterons d’attirer l’attention du spectateur sur les doigts d’une fillette qui effectue une recherche sur Internet, ou sur le jeu crispé d’une jeune actrice indiquant où se trouve son père, entraîneur amateur pour une équipe de foot. La première effleure les quatre ou cinq mêmes touches du clavier sans en toucher une, alors que la seconde semble apeurée par la caméra et nous donne l’impression que les quelques mots qu’elle prononce durent une éternité. Il est regrettable que ces rôles secondaires n’aient pas été dirigés avec la même rigueur que celui de Marion Cotillard.

[Mais] en se focalisant sur la star oscarisée et en n’accordant qu’une infime attention aux sans-grades, les Dardenne, qui se voudraient irréprochables, ne nous offrent-ils pas une bien étrange leçon de morale ?

Texte complet : Séquences (nº 294 – Janvier-Février 2015, p. 12)

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel) ★★★★ (Très Bon) ★★★ (Bon) ★★ (Moyen) (Mauvais) ½  (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES

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