En salle

Party Girl

19 novembre 2014

LE FILM DE LA SEMAINE

CAMÉRA D’OR
Festival de Cannes (Un certain regard)

EN QUELQUES MOTS
Texte : Élie Castiel
Cote : ★★★★

Pourquoi un titre aussi accueillant que Party Girl, alors qu’il résonne comme une invitation au fantasme, au plaisir de la chair et au rapport au corps ? Dans notre mémoire de cinéphile, on se souvient du magnifique Party Girl (Traquenard, 1958) de Nicholas Ry, avec une resplendissante Cyd Charisse, film noir d’une époque où le suggestif l’emportait sur le démonstratif qui, par ailleurs, aujourd’hui, finit non seulement par lasser, mais banalise l’intérêt même pour la chose. Néanmoins, le premier long métrage du trio complice Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis est le résultat de la somme de ses parties.

Entre la vie et la fiction, cette émouvante mise en abyme (les enfants dans le film sont ses vrais enfants) réconcilie de façon étonnante réel et fiction (le récit, particulièrement celui tournant autour de la demande en mariage et sa possible réalisation). Justement, cela donne un scénario magnifiquement fignolé qui, tout en se basant sur des personnages documentaires, procure à l’ensemble une sorte de réalisme déconstruit, refait à neuf, parfois un peu instable ou évanescent parce que bâti sur pilotis – intentionnellement, pour mieux signifier la fragilité des êtres et des sentiments, pour mieux saisir leurs différences et apprécier leurs divers moments d’existence pour ce qu’ils sont, sans artificialité.

Mais Party Girl est aussi un film sur les acteurs, même s’il sont tous non professionnels, pris comme par surprise; on leur a demandé un jour de jouer, d’improviser leur existence, de se donner corps et âme, le temps d’un film. Auparavant tourneur sur métaux en Allemagne, Joseph Bour est une véritable révélation. La soixantaine dépassée, il incarne son rôle (Michel) d’amoureux instinctif et transis avec une poignante force d’évocation. Tristesse, mélancolie, force de caractère, rapport féroce à la caméra : tout en lui se transforme comme par enchantement.

Et puis Angélique Litzenburger, une force de la nature, une femme remarquable, une héroïne qui rappelle les grandes dames du cinéma italien comme la diva Anna Magnani. Et derrière ce monument de femme, les trois cinéastes se cachent, lui accordent toute la place, conscients qu’ils ont devant eux une énorme et bouleversante source d’inspiration.

Il n’est pas surprenant que les trois réalisateurs aient reçu la Caméra d’or au récent Festival de Cannes (section Un Certain Regard). Leur jeunesse, leur enthousiasme à filmer une femme ayant le double de leur âge est avant tout une aventure, une méditation sur le temps, sur ce qu’il laisse derrière lui et sur ce qu’il annonce. Film farouchement provincial et lorrain, volontairement anti-urbain, il s’inscrit dans une régionalité à la fois sombre, mystérieuse, mais tout autant éclatante et lumineuse que profondément anthropologique. Nul doute que Party Girl se classe parmi les plus beaux films de l’année. Différent, sublime et d’une facture esthétique superbement éblouissante.

Sortie : Vendredi 21 novembre 2014
V.o. : français ; allemand
S.-t.f. – Party Girl

Genre : Drame | Origine : France – Année : 2014 – Durée : 1 h 35 – Réal. : Marie Amachoukeli, Claire Burger, Samuel Theis – Int. : Angélique Litzenburger, Joseph Bour, Mario Theis, Samuel Theis, Séverine Litzenburger, Cynthias Litzenburger – Dist. / Contact : Axia | Horaires / Versions : Beaubien – Excentris

CLASSIFICATION
Visa GÉNÉRAL (Déconseillé aux jeunes enfants)

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel) ★★★★ (Très Bon) ★★★ (Bon) ★★ (Moyen) (Mauvais) 1/2 (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

2022 © SÉQUENCES - La revue de cinéma - Tous droits réservés.