En salle à Montréal

Les Yeux jaunes des crocodiles

27 novembre 2014

EN QUELQUES MOTS
Texte : Élie Castiel
Cote : ★★★

À défaut d’avoir lu Les Yeux jaunes des crocodiles, de Katherine Pancol, vendu à près de deux millions d’exemplaires et traduit dans 31 langues, l’adaptation à l’écran signée Cécile Telerman (entre autres, Tout pour plaire) se concentre sur la relation qu’entretiennent les deux sœurs, aux antipodes l’une de l’autre. D’une part Julie-Depardieu, vulnérable, mais lettrée, composant avec les mots et les tournures-miracles avec une aisance innée ; de l’autre Iris-Béart, affichant des signes évidents de comportement d’une star, faux pas à l’appui, avec un goût parfois pour la démesure.

Pour Telerman, un défi de taille puisqu’il s’agit de sa première adaptation littéraire, gageure d’autant plus risquée qu’elle est face à une brochette de comédiens qui ont un besoin fou d’inspiration, mais qui se défendent bien malgré tout.

La bourgeoisie française d’aujourd’hui, plus proche de la classe ouvrière qu’elle ne l’était auparavant, se soustrait à une critique plutôt fade, tant les liens qui unissent ou parfois séparent les deux protagonistes principales prennent davantage du temps-écran. Autour de ces personnages, des individus qui visent aux rapprochements, mais qui en même temps, se perdent dans des conventions franchement inutiles. Sur ce point, le personnage de Patrick Bruel, peut-être un peu trop raisonné, s’avère le plus intéressant du lot, le comédien donnant le meilleur de lui-même dans un rôle opposant ambivalence et sincérité.

Grâce et fragilité, élégance et relâchement, autant d’oppositions qui se laissent conduire par un dialogue maîtrisé signé Telerman et Charlotte De Champfleury. Et derrière cet étrange contrat complice entre les deux sœurs (la première rédige les pages d’un roman, la deuxième s’affiche comme auteure), le tableau d’un passé (enfance) mal assumé, et dont les séquelles se font ressentir encore plus à l’âge adulte. Cette caractéristique est bien sentie par la caméra de la réalisatrice, donnant aux actrices la possibilité de renouer avec l’art d’interprétation, chacune d’elles apportant ses vérités, ses limites et un sens incommensurable de la répartie : phrases douces, réponses assassines, jeux de mots, esprit littéraire, répliques terre-à-terre.

Mais dans cette mer de conventions souvent savoureuses qu’implique Les Yeux jaunes des crocodiles, la réalisation souffre par excès d’enthousiasme envers les vedettes, ne livrant pas entièrement, pour ainsi dire, la marchandise.

Sortie : Vendredi 28 novembre 2014
V.o. : français

Genre : Drame | Origine : France – Année : 2014 – Durée : 2 h 03 – Réal. : Cécile Telerman – Int. : Emmanuelle Béart, Patrick Bruel, Alice Isaaz, Edith Scob, Jacques Weber – Dist. / Contact : Métropole | Horaires / Versions  Beaubien Cineplex

CLASSIFICATION
Visa GÉNÉRAL

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel) ★★★★ (Très Bon) ★★★ (Bon) ★★ (Moyen) (Mauvais) 1/2 (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

2019 © SÉQUENCES - La revue de cinéma - Tous droits réservés.