En couverture

Le Démantèlement

6 novembre 2013

FIN DE CHAPITRE

Sébastien Pilote était attendu après un immense premier film, Le Vendeur. Le Démantèlement est de la même veine sociale, de la même qualité, et s’appuie sur un autre grand acteur. Et il a ses couleurs, plus appuyées parfois, plus lumineuses aussi. Un second film, un second coup de force.

>> Jérôme Delgado

D’effritement(s) et de résiliation(s), Le Démantèlement, le deuxième long métrage de Sébastien Pilote, en est pleinement imprégné. Le fil narratif, d’abord, suit la fin de carrière d’un fermier, alors qu’il choisit de démanteler sa propriété. Dans la forme, ensuite : l’homme dans la soixantaine apparaît isolé, démembré, tant personne ne semble l’accompagner dans sa décision. La métaphore sociale, déjà présente dans Le Vendeur, le précédent titre du jeune réalisateur, pointe aussi en direction d’une fin, celle d’un savoir-faire rural à petite échelle, loin de l’industrie agricole hautement standardisée. Enfin, en matière de création et de technologie cinématographiques, le choix de tourner en 35 mm est éloquent. Le Démantèlement serait le dernier film tiré dans les laboratoires analogiques de Technicolor.

Les qualités esthétiques du film sont indéniables. Mais il est aussi porté par le personnage principal, un taciturne Gaby interprété par Gabriel Arcand avec la stature de monstre sacré qui est la sienne. Ce cowboy en déconfiture, relayé en chanson par la voix de Stephen Faulkner, n’est pas si blasé, ou fatigué, que ce qu’on entraperçoit. L’homme est blessé. Sa ferme s’annonce sur un panneau comme étant celle des Gagnon et fils. Or, après lui, plus rien. Ce sont ses yeux qui expriment ce déchirement. S’il veut accompagner ses filles, l’une avec de l’argent, l’autre avec du temps, il doit lui-même clore l’histoire des Gagnon fermiers.

Sébastien Pilote est habile dans la direction d’acteurs. On le savait depuis Le Vendeur et la présence rayonnante de Gilbert Sicotte. Gabriel Arcand atteint ici le même niveau de jeu. Les personnages secondaires ne sont pas en reste, notamment Gilles Renaud, bougre comptable peu influent, fort en sacres et maladresses, et la comédienne de l’heure, Sophie Desmarais, en digne et discrète fille de Gaby. Son apparition, dans la deuxième moitié du film, surgit comme la lumière au bout du tunnel.

Texte complet : Séquences (nº 287, p. 38-39). La critique est accompagnée d’une entrevue avec Sébastien Pilote (p. 40-41).

2024 © SÉQUENCES - La revue de cinéma - Tous droits réservés.