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Focus

26 février 2015

La grande arnaque

Élie Castiel
CRITIQUE
★★★

En 2009, le duo Glenn Ficarra-John Requa nous avais surpris avec la comédie gay I Love You Phillip Morris, portée particulièrement par les performances époustouflantes d’un Jim Carrey en pleine forme et Ewan McGregor, d’une sensibilité à fleur de peau, formidablement adorable.

Focus

Reprenant ici les ingrédients de Charade, le très abouti film de Stanley Donen, il aborde le thème récurrent au cinéma de l’arnaque pour parvenir à un film joliment réussi. Entre moments drôles d’action intelligemment menés et une histoire d’amour qui se crée, prise entre la sincérité et le doute, le rapport interracial harmonieux entre deux comédiens investis dans leur rôle.

Au doutes existentiels de Will Smith, parfois perdus dans son personnage d’escroc au grand cœur et finement sophistiqué et une belle élève douée pour les gros coups et les sculpturales courbatures, un rapport de force où les rôles de dominant et de dominé sont renversés. Moins achevé que Phillip Morris, ce film-ci porte bien son titre : Focus, une façon comme une autre d’indiquer aux spectateurs l’objectif à atteindre, en l’occurrence, suivre trois histoire liées l’une à l’autre par un dénominateur commun : peut-on voler et aimer en même temps ? Un préambule à New York, la seconde à la Nouvelle-Orléans, servant de préparation à la troisième, ayant lieu dans un Buenos Aires anglocisé, totalement cinématographique, parfois proche de la carte postale.

Mais entre les mains de Ficarra et Requa, aucun manichéisme manipulateur. Ni bons, ni méchants. Tous sont dans le même sac. Car en fin de compte, l’idée est de savoir si on possède assez de cran dans l’art inhabituel et dangereusement lucratif de l’arnaque. Le scénario de Ficarra et Requa procure en prime assez d’idées astucieuses aux futurs malfaiteurs. Mais avouons néanmoins que le cinéma n’imite pas toujours la réalité.

Genre : Suspense Origine : États-Unis – Année :   2014 – Durée :   1 h 45 – Réal. : Glen Ficarra, Jon Requa – Int. :   Will Smith, Margot Robbie, Rodrigo Santoro, BD Wong, Gerald McRaney, Robert Taylor – Dist. / Contact :   Warner.
Horaires :
   Cineplex

CLASSIFICATION
Interdit aux moins de 13 ans

Sortie : Vendredi 27 février 2015
V.o. : anglais
V.f. – Focus

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel) ★★★★ (Très Bon) ★★★ (Bon) ★★ (Moyen) (Mauvais) ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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Gett : Le procès de Viviane Amsalem

« Et te voici permise à tout homme… »

Élie Castiel
CRITIQUE
★★★★

LE FILM DE LA SEMAINE
MEILLEUR FILM ET PRIX DU PUBLIC
Jerusalem Film Festival 2014

Gett_En salle

Gett – Le Procès de Viviane Amsalem n’est pas uniquement un drame quelconque, le désespoir d’une femme dont le mari refuse le divorce; c’est aussi la métaphore d’une société israélienne faussement démocratique qui, vue de l’intérieur, ne semble pas avoir réglé certains problèmes de société, notamment en ce qui a trait à la condition des femmes.

Elle a le visage et le physique d’une grande tragédienne. On la verrait bien jouer du Euripide, du Sophocle ou du Eschyle. Viviane Amsalem n’est pas une femme comme les autres. Elle est toutes les femmes. Ici, elle prend les traits de Ronit Elkabetz. Comme comédienne, de film en film, celle-ci a appris à parfaire sa présence, son physique, sa démarche, son idiosyncrasie. Elle est en pleine forme, théâtrale, cinématograhique, silencieuse et dans le même temps entière, prenant son avenir en main comme s’il s’agissait d’une mission de foi. Tantôt, la chevelure lourde en noir ébène, altièrement portée, laisse place à un chignon qui adoucit ses moments de pure émotion, anesthésiant en quelque sorte la fiction, ne serait-ce que pour quelques instants.

Elle a le visage et le physique d’une grande tragédienne.
On la verrait bien jouer du Euripide, du Sophocle ou du Eschyle.
Viviane Amsalem n’est pas une femme comme les autres.
Elle est toutes les femmes.

Simon Akbarian, le visage totalement passif, ne jurant que par la volonté divine, confirme avec soin et naturel la particularité de son personnage. Et tous ces témoins ! Chacun fait son numéro devant la caméra; ils sont tous joliment épatants. Ronit et Shlomi leur donnent la possibilité d’extérioriser leurs pulsions intimes. Car après tout, Gett est aussi un film sur la direction d’acteurs, sur les raisons qui peuvent les pousser à rendre leurs personnages aussi crédibles que possible. C’est un film sur l’instinct, sur une méthode bien précise de se comporter devant la caméra.

Filmer l’émotion, le plus près possible. Se regarder en face, sans rien se cacher. Laisser à l’instinct et à l’instant le soin de guider notre comportement. Cela rend certaines situations drôles malgré la gravité du propos. Et le dernier plan, d’une sagesse religieuse à la limite de l’extase, nous rappelle à quel point nous sommes, comme par magie, près de la Jeanne d’Arc de Dreyer, de Fleming ou encore de Rossellini.

Elisha devra prononcer la phrase : « Et te voici permise à tout homme… ». Le fera-t-il ? C’est là l’un des moments les plus intenses du film, superbement mené par la musique de Dikla et Shaul Beser, évocatrice de celle de Georges Delerue dans Le Mépris. Drame intime, tragédie israélienne, fable politique, discours au féminin, sans doute, mais surtout et avant tout, Gett est un film porté par une extraordinaire envie de cinéma.

Genre : Drame social – Origine :   Israël / France / Allemagne – Année : 2014 – Durée : 1 h 56 – Réal. : Ronit Elkabetz, Shlomi Elkabetz – Int. : Ronit Elkabetz, Simon Abkarian, Menashe Noy, Sasson Gabai, Eli Gornstein, Keren Mor – Dist. / Contact : EyeSteelFilm.
Horaires:
Cinéma du ParcCineplex –   Excentris

CLASSIFICATION
Visa GÉNÉRAL

Sortie : Vendredi 27 février 2015
V.o. : arabe ; français ; hébreu
S.-t.a. / S.-t.f. – Gett, Ha’Mishpat shel Viviane Amsalem / Gett: The Trial of Viviane Amsalem

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel) ★★★★ (Très Bon) ★★★ (Bon) ★★ (Moyen) (Mauvais) ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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Les Loups

Beauté des îles

François D. Prud’homme
CRITIQUE
★★★

Les Loups

Parfois, malgré tout le potentiel diégétique que peut contenir un scénario, malgré toute l’habilité à filmer la beauté du monde que possède un directeur photo, et malgré toute la créativité mise en œuvre par une réalisatrice comme Sophie Deraspe, certaines décisions de production malmènent la vraisemblance d’une histoire en lui amputant une partie vitale à sa projection dans l’imaginaire.

… le film vaut la peine d’être vu ne serait-ce que pour apprécier la complexité humaine qui y est dépeinte.

Dans le cas du film Les Loups, c’est la juxtaposition de têtes d’affiche comme Louise Portal ou Gilbert Sicotte – sans rien enlever à leur jeu irréprochable – à la présence de non-acteurs madelinots − fort bien dirigés soit dit en passant − qui vient tronquer le potentiel cinématographique que la réalisatrice-scénariste avait réussi à réunir dans son projet initial. Malheureusement, la coprésence de l’accent si particulier des habitants des Îles à celle plus habituelle des acteurs montréalais provoque un décrochage dès les premières scènes du film, que ni l’époustouflante cinématographie de Philippe Lavalette, ni la réalisation impeccable de Sophie Deraspe, ni la solidité de son scénario ne sont parvenus à surmonter.

En dépit de cela, le film vaut la peine d’être vu ne serait-ce que pour apprécier la complexité humaine qui y est dépeinte, tant dans son opposition vie et mort – représenté dans le jeu de reflets que sont les personnages d’Élie et de Maria – que dans la rencontre d’une solitude urbaine avec un puissant esprit de communauté insulaire. La beauté des Îles est ici d’autant plus époustouflante qu’elle est dédoublée par la magnifique interprétation d’Évelyne Brochu dans un environnement qui n’a rien à envier aux Antilles ou à la Polynésie !

Genre : Drame – Origine :   Canada [Québec] – Année : 2014 – Durée : 1 h 47 – Réal. : Sophie Deraspe – Int. :  Evelyne Brochu, Louise Portal, Gilbert Sicotte, Benoît Gouin, Augustin Legrand, Martin Dubreuil – Dist. / Contact : Séville.
Horaires :
Beaubien Cineplex

CLASSIFICATION
Visa GÉNÉRAL

Sortie : Vendredi 27 février 2015
V.o. : français

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel) ★★★★ (Très Bon) ★★★ (Bon) ★★ (Moyen) (Mauvais) ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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