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P.artition b.lanche

21 mai 2018

Critique SCÈNE
| Élie Castiel |

★★★

Chaises communicantes

Théâtre dansé ou bien encore danse théâtrale? Autant dire que les deux disciplines se conjuguent selon les préceptes d’un chorégraphe qui pousse les interprètes jusqu’aux limites du possible. Aucun répit pour ces six danseurs et danseuses disponibles, articulés, risquant le tout pour le tout, naviguant entre le geste anodin et celui plus intelligemment risqué. Le corps a ses raisons et dans cette P.artition b.lanche, deux simples mots dont les étranges points (.) délimitent les frontières entre le spectacle et la réalité, entre la création et ses multiples composantes.

Crédit photo : © Elias Djemil-Matassov

Que se passe-t-il vraiment dans la tête du chorégraphe pour parvenir à une telle proposition? La réponse réside dans cet essai sur le rapport multiple à l’autre. D’où ces juxtapositions de corps qui s’unissent et se séparent, pour mieux se raccorder. Trois danseurs, trois danseuses, disponibles, articulés, flirtant avec le geste et le mouvement comme s’il s’agissait d’un rapport aussi sensuel que vital.

Entre les protagonistes-danseurs, un lien aussi profond que réconciliant. C’est de danse moderne qu’il s’agit. Les pas de deux sont furtifs et finissent toujours par s’allier au groupe. L’unisson est ce qui définit la création d’Harold Rhéaume. Et derrière tout cet amalgame de va-et-vient poétiques, notre monde, notre humanité en pleine évolution et par là-même régression que seul l’art de la création peut surmonter.

Et les chaises dans tout cela? Métaphores, symboles, allégories
qui s’expriment ouvertement; geste politique, dur désir de dire?
Tout cela à la fois et sans doute bien plus. Le but est de
communiquer. Harold Rhéaume tient sincèrement ses promesses.

Dans la vaste scène de l’Usine C, l’espace occupé est le plus souvent central, stratégie pour que la concentration soit parfaite quel que soit l’endroit où se trouvent les spectateurs. Au cours des cinq à sept premières minutes, la gestuelle est muette, sans accompagnement musical, une sorte de réchauffement qui n’en est pas un car la chorégraphie a déjà pris ses droits. Et puis, progressivement, la partition sonore de Vincent Roy, intentionnellement répétitive et convulsive, imitant parfois le souffle intérieur du corps, alimente la suite jusqu’à la fin, une catharsis qui ressemble à un rituel païen se laissant guider par l’instinct de survie.

Et les chaises dans tout cela? Métaphores, symboles, allégories qui s’expriment ouvertement; geste politique, dur désir de dire? Tout cela à la fois et sans doute bien plus. Le but est de communiquer. Harold Rhéaume tient sincèrement ses promesses.

C’est avec P.artition b.lanche que s’ouvrait la 15e édition du festival Les Coups de Théâtre. Le spectacle sera en tournée.

Chorégraphie
Harold Rhéaume
Répétitrice
Ginelle Chagnon
Musique
Vincent Roy
Technique
Émie Durette-Yockell
Costumes
Sébastien Dionne
avec la collaboration d’Harold Rhéaume
Éclairages
Lucie Bazzo
Interprètes
Jean-François Duke, Alan Lake, Fabien Piché
Eve Rousseau-Cyr, Ariane Voineau, Arielle Warnke St-Pierre
Production
Le fils d’Adrien danse

Durée
1 h (Sans entracte)

En tournée
11 décembre 2018
Centre culturel de l’Université de Sherbrooke

20 février 2019
La Carré 150 (Victoriaville)

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. Mauvais.
½ [ Entre-deux-cotes ]

 

 

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