En salle

Nothingwood

22 mars 2018

| PRIMEUR |
Semaine du 23 au 29 mars 2018

RÉSUMÉ SUCCINCT
En Afghanistan, Salim Shaheen est un phénomène. Malgré le conflit, il tourne de nombreux films qui évoquent ceux de Bollywood. La production du film est allée à sa rencontre afin qu’il puisse révéler ce qui se cache derrière son succès.

CRITIQUE
Élie Castiel

★★★★

ÇA AUSSI C’EST DU CINÉMA

Salim Shaheen est un grand tchatcheur de la bonne espèce, c’est-à-dire qu’il a du bagou à en revendre, une extraordinaire facilité à parler de soi, uniquement de soi, hallucinante. Si faramineuse, qu’on se prend à l’aimer. Car l’individu est aussi puéril, criard, extrême et aussi mauvaisement bon que ses films, dont les influences d’un Bollywood à la sauce indigeste des années 70 se traduisent dans ses films, mélange d’action, de chansons et de danses, plus ou moins lascives.

Il est entouré d’une équipe qui l’adule, y compris l’effeminé de services tradition oblige, marié de surcroît (à une femme, bien sûr) et avec enfants. Mais il ne semble heureux que quand il est obligé de jouer le rôle d’une mère. Une des plus belles scènes du film qui illustre l’hypocrisie sexuelle de cette partie du monde.

Sonia Kronlund, qui parle leur langue assez pour se débrouiller, même de façon plus que confortable, n’a pas seulement signé un documentaire d’une drôlerie irrésistible, mais a choisi l’un des plus dangereux endroits du monde où l’étranger (et encore plus les résidents) est constamment entre la vie et la mort.

Le film est une leçon de résistance, d’engagement politique et universaliste, et dans le même temps la revendication d’un cinéma populaire qui n’a d’autre mission que de divertir au degré zéro de l’intelligence. Et puis quoi, il n’est pas le seul !

Mais à voir le visage de ces spectateurs (que des hommes,
encore une fois, tradition oblige) figés devant un écran artisanal
mal ajusté, regarder sans broncher des héros improbables se casser
la
gueule entre eux, cela devient bouleversant, attendrissant même.

Mais à voir le visage de ces spectateurs (que des hommes, encore une fois, tradition oblige) figés devant un écran artisanal mal ajusté, regarder sans broncher des héros improbables se casser la gueule entre eux, cela devient bouleversant, attendrissant même. Ces gestes pleins de foi du visage et de béatitude des yeux qui croient fermement en ce qu’ils voient, en disent long sur le rapport entre l’écran et les spectateurs.

Et pour Kronlund (considéré par l’équipe afghane, comme un « gars parmi eux »), c’est surtout la réalisation d’un très beau projet, une proposition unique en son genre, porteuse de mille et une interrogations sur les images en mouvement et ce qu’on peut se permettre ou pas de filmer. Pour Shaheen, le héros de ce beau récit, c’est filmer tout simplement ou ne plus exister. Pour nous, c’est reconnaître que le cinéma est un art du possible, c’est-à-dire, vivant.

Sortie : vendredi 23 mars
V.o. : multilingue ; s.-t.a. & s.-t.f.
The Prince of Nothingwood

Réalisation
Sonia Kronlund

Genre : Documentaire Origine : France / Italie / Allemagne – Année : 2017 – Durée : 1 h 25 – Dist. : FunFilm.

Horaires & info.
@ Cinéma du ParcCinémathèque québécoise

Classement
Tout public

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]

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