En salle à Montréal

Tulip Fever

1er septembre 2017

Semaine du 1 au 7 septembre 2017

RÉSUMÉ SUCCINCT
Un artiste tombe amoureux d’une jeune femme mariée alors qu’il doit peindre son portrait lors de la crise de la tulipe à Amsterdam au 17e siècle.

CRITIQUE

TRISTES PRINCESSES FILMÉES COMME DES PAUVRESSES

Texte: Anne-Christine Loranger

Sur papier le projet a de quoi intéresser : une histoire d’amour entre une superbe jeune femme mariée et un jeune peintre talentueux, sur fond de la première bulle spéculative de l’Histoire : la surenchère des bulbes de tulipes aux Pays-Bas au 17ième siècle. On rêvait déjà à un croisement entre Girl with the Pearl Earing (2003) et Margin Call (2011). L’affiche du film offrait d’ailleurs une claire référence au beau film de Peter Webber. Le casting, ensuite, comprenait suffisamment d’excellents acteurs pour faire saliver. Ajoutez à cela un scénario écrit par Tom Stoppard (Shakespeare in love, Brasil, Empire of the Sun) et Deborah Moggach (Pride and Prejudice) et il vous semblait avoir la recette d’une bonne soirée au ciné en amoureux. Sauf que dans la transaction, il y a aussi Justin Chadwick, directeur de Mandela : The Long Walk to Freedom (2013) et The Other Boleyn girl (2008), deux films basés sur des personnages historiques qui tombaient plus ou moins à plat. Malgré l’immense talent de leurs interprètes (Idris Elba magistral dans le rôle de Mandela ainsi que Scarlett Johansson et Nathalie Portman dans ceux de Mary et Anne Boleyn), les deux productions ne manquaient pas d’étirer, mélanger et entortiller les fils de l’Histoire, ce qui brouillait le dessin global de ces tapisseries d’époque. La même recette est appliquée ici, avec encore moins de bonheur, pour Tulip Fever. Avec ses précédents films, Chadwick travaillait un matériau basé sur des personnages réels au moment d’immenses bouleversements politiques. Surtout, il travaillait avec un contexte historique (l’Appartheid sud-africain, Henri VIII d’Angleterre et ses femmes) suffisemment connu du public pour que ce dernier puisse remplir les espaces laissés béants par le scénario. C’est beaucoup moins le cas avec Tulip Fever, la tulipomanie néerlandaise du 17ième siècle restant assez méconnue.

Le scénario mal équilibré et brouillon de Stoppard et Moggach rassemble trois trames qui en elle-mêmes auraient pu faire l’objet d’un film : la frénésie spéculative des bulbes de tulipes, le triangle amoureux entre le peintre Jan Van Loos (Dane DeHann), l’orpheline Sophia Sandvoort (Alicia Vikander) et son mari, le riche marchand Cornelis Sandvoort (Christoph Waltz) et la relation entre Maria (Holliday Grainger), la servante de Sophie, et son amoureux Mattheus (Matthew Morrisson), qui reste la partie la mieux ficelée du film. Le charisme solidement ancré de Grainger et Morrisson fait ombre aux personnages bi-dimensionnels et ternes interprétés par Vikander et DeHann. Au plus fort de leur passion, leur folie donne envie de bailler, alors que la dévotion un peu bébête mais réelle de Cornelis pour sa femme attendrit, tout en irritant. Si la cinématographie d’Eigil Bryld met l’exquise beauté de Vikander en valeur, c’est beaucoup moins le cas pour les tulipes, tristes princesses filmées comme des pauvresses, de façon conventionnelle et insignifiante alors qu’elles représentent le sujet du film. De même la mise en scène vulgaire des rues d’Amsterdam surprend dans ce milieu calviniste, protestant et collet monté, au propre comme au figuré.

Un beau projet, filmé avec beaucoup d’argent, et qui, tel un alcoolo émergeant d’un bar d’Amsterdam, trébuche dans ses propres pieds et plonge dans un canal, où il est destiné à sombrer dans les eaux noires de l’oubli. Dommage.

V.o. : anglais
Tulip Fever

Genre : Drame historique – Origine : Grande-Bretagne – Année : 2016 – Durée : 1 h 47 – Réal. : Justin Chadwick – Int. : Alicia Vikander, Dane De Hann, Holliday Grainger, Christoph Waltz, Zach Galifanakis, Judi Dench – Dist. : Les Films Séville

Horaires
@ Cineplex

Classement
Non classé

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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