En salle à Montréal

Alien: Covenant

18 mai 2017

RÉSUMÉ SUCCINCT
La navette Covenant est composée à son bord de 15 personnes, un androïde et de nombreux embryons humains. L’équipage découvre par hasard une planète cachée, en apparence hospitalière et habitable. Et puis…

CRITIQUE
★★

Texte : André Caron

L’ALLIANCE EST ROMPUE

J’implore Hollywood : pourrait-on cesser de refaire le même film et de reprendre les mêmes formules ad nauseam ? Déjà que Prometheus clonait le premier Alien (1979) et que le récent Life en reconduisait encore les mêmes procédés, pouvait-on vraiment espérer qu’il en soit autrement avec Alien: Covenant ? Le Britannique Ridley Scott (qui aura 80 ans en novembre!) a toujours été un grand technicien et un superbe esthète, comme le prouve la magnificence de l’illustration, surtout les scènes dans l’espace et l’arrivée sur la planète des « aliens ». Mais son talent ne peut surmonter les faiblesses d’un scénario illogique. Il n’y a pas que les « xénomorphes » qui provoquent des trous béants dans la charpente des vaisseaux quand leur sang composé d’acide se répand. Les scénaristes John Logan et Dante Harper ont laissé eux aussi des trous béants dans la structure narrative de cette intrigue qui épouse encore une fois les divisions de l’original : expédition spatiale, découverte d’un signal humain émanant d’une planète inconnue, exploration d’un paradis malsain (science-fiction); puis infestation, gestation, irruption des créatures qui déciment l’équipage (horreur) jusqu’à l’expulsion du dernier monstre par une femme forte, l’ingénieure Daniels (Katherine Waterston, solide mais éprouvée). Quand cette dernière dit en plein milieu du film : « There’s so much here that doesn’t make sense », on dirait bien qu’elle s’adresse aux scénaristes.

Alien.Covenant

La première incohérence survient dès le début. Nous sommes en 2104, dix ans après la disparition de l’expédition Prometheus et dix-huit ans avant le périple du Nostromo en 2122 dans Alien. Le vaisseau Covenant transporte 2000 colons et 1140 embryons cryoconservés, en route vers la planète habitable Origea-6. Une catastrophe stellaire endommage la cargaison et 47 colons sont tués. Les 14 membres de l’équipage décident alors de se rendre explorer une autre planète parce qu’ils ont reçu un signal qu’ils ne peuvent pas déchiffrer mais qui contient une chanson de John Denver (en 2104 ?). Passe encore, mais une fois la menace déclarée sur cette planète et l’impossibilité des survivants de revenir à bord, pourquoi le reste de l’équipage du Covenant ne s’éloigne pas pour sauvegarder tous les colons ? À partir de ce moment, une action stupide n’attend pas l’autre, si bien qu’il est impossible de s’attacher ou de sympathiser avec des personnages qui font fi de la plus élémentaire prudence.

Il n’est pas surprenant que le titre de ce film soit passé
de Paradise Lost à Covenant, car la référence à Milton
aurait été trop évidente avec le premier titre. Mais ce
« covenant », ce pacte, cette alliance est rompue, d’abord
dans le récit entre Walter et David, puis dans la relation
de confiance établie entre le réalisateur et les spectateurs.

Comment peut-on investir 120 millions de dollars dans une production aussi mal conçue ? Car sur le plan visuel, le film s’ouvre sur un prologue d’une élégance épurée, kubrickienne, qui pose le thème de la création et de la responsabilité des dieux. Si le richissime Peter Weyland (Guy Pearce, brièvement aperçu) a créé les androïdes David et Walter (interprétés tous les deux par le génial Michael Fassbender) pour servir l’humanité, qu’est-ce qui empêche sa création de se rebeller contre lui et contre les humains? Ces derniers doivent-ils nécessairement avoir été créés par un dieu ? Car la boucle est infinie : qui a créé ceux qui ont créé ceux qui précèdent? Sur la nouvelle planète, David joue au docteur Frankenstein avec ces expériences sur les monstres, alors que Walter cherche à protéger les humains. David se réfère au Paradise Lost de Milton lorsqu’il demande à Walter s’il préfère servir au Paradis ou régner en Enfer. Tels Michel-Ange et Satan, leur affrontement est épique et leur questionnement existentiel. Est-ce pour magnifier leur présence que les humains deviennent si insignifiants et si négligents ? Dans tout ce fouilli, les monstres ne servent qu’à les éliminer dans des scènes d’horreur bien troussées mais sans surprise pour le spectateur averti qui en a vu d’autres en près de 40 ans (depuis 1979).

Il n’est pas surprenant que le titre de ce film soit passé de Paradise Lost à Covenant, car la référence à Milton aurait été trop évidente avec le premier titre. Mais ce « covenant », ce pacte, cette alliance est rompue, d’abord dans le récit entre Walter et David, puis dans la relation de confiance établie entre le réalisateur et les spectateurs. Si la formule ne fait que se répéter, à quoi bon s’investir dans cette franchise? Il reste encore un film à venir pour compléter le lien temporel entre 2104 et 2122 : Alien Awakening. Osons espérer que Ridley Scott se réveillera à temps pour ne pas commettre à nouveau les mêmes erreurs.

Sortie :  vendredi 19 mai 2017
V.o. :  anglais / Version française

Alien : Covenant

Genre :  Science-fiction d’épouvante  – Origine : Australie / Nouvelle-Zélande / Grande-Bretagne –  Année :  2017 – Durée :  2 h 02 – Réal. :  Fox – Int. : Katherine Waterston, Michael Fassbender, Billy Crudup, Demián Bichir, Carmen Ejogo, Danny McBride – Dist. :  20th Century Fox.

Horaires
@  
Cineplex

Classement
Interdit aux moins de 13 ans
(Violence / Horreur)

MISE AUX POINTS
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