Recensions

Visconti : Le prince travesti

31 décembre 2014

« Je veux demeurer une énigme… »

RECENSION
>> Élie Castiel

Toujours dans la collection « Vert Paradis », nous avons droit cette fois-ci à nul autre que Luchino Visconti, dans le cinéma transalpin, le Prince incontesté des réalisateurs, pour son raffinement, son élégance, sa sobriété et sa prise de conscience politique subtilement exprimée. Et aussi pour l’expression byzantine de son orientation sexuelle dont on parle si peu, comme s’il s’agissait d’une affreuse infirmité.

Dans les premières lignes, Dominique Delouche ne dit-il pas avec un vertigineux réconfort que son « profil s’éloignait trop de celui des poulains du signor conte pour que je sois éligible dans son phalanstère… » (p. 9). Mais il ouvre l’ouvrage avec une citation de Louis II de Bavière : « Je veux demeurer une énigme pour les autres et aussi pour moi-même. » (p. 7).

Car force est de souligner que Luchino Visconti a créé une œuvre précieuse, mais toujours marquée du signe du mystère, autant autour de lui que des personnages peints. Qu’en aurait-il été aujourd’hui s’il était encore vivant ? Dominique Delouche décortique les films du cinéaste, non pas seulement en fonction des thèmes abordés, mais surtout en ce qui a trait aux problèmes de production, aux crises de création de Visconti.

C’est à un voyage dans les coulisses de la gestation d’un film que nous avons affaire, à ces innombrables tracas, ses échecs, ses aléas contournés, ses ramifications. L’auteur de cet essai ajoute que « dans son cinéma, Visconti entrelace méthodiquement une histoire individuelle à une page de la grande Histoire » (p. 69).

C’est le cas dans Senso, Le Guépard, Les Damnés… autant de récits personnels qui s’enchevêtrent à la roue de l’Histoire de l’humanité. Et c’est ce qui fait la force des films de Visconti. Car dans chaque épreuve humaine collective, il y a toujours un récit humain qui suit son cours malgré tout.

Mais Visconti, le Prince travesti expose aussi l’écurie viscontienne, portraits d’une famille d’un autre monde ou plutôt d’autres mondes. La division en chapitres portant chacun un titre annonce la teneur de ce qu’on lira. On parle de Visconti et de ses rapports avec l’opéra, un autre de ses arts de prédilection, et des liens restreints entre lui et les autres cinéastes. Pour ceux qui ne connaissent pas Visconti, il s’agit là d’un ouvrage qui le positionne parmi les plus célèbres réalisateurs du cinéma mondial et non seulement italien.

Dominique Delouche
Visconti, le prince travesti
(Coll. « Vert Paradis »)

Paris : Hermann, 2013
109 pages

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