17 novembre 2016
Paul Verhoeven, 28 films à son actif, tous métrages et genres confondus, remarqué par la critique avec Le quatrième homme / De vierde man (1983), et par les cinéphiles invétérés, avec l’innovateurs Turkish Delights (1973) et le bouleversant Spetters (1980), demeure, à 78 ans, d’une jeunesse étonnante. Suite
Adaptation de son propre livre paru sous le pseudonyme de Norbert Dragonneau (Newt Scamander en version originale), Fantastic Beasts and Where to Find Them, scénarisé par J.K. Rowlings elle-même, nous amène dans le New York de 1926, un monde où les magiciens ont choisi de se cacher des Moldus (les non-magiciens) et où règne une véritable chasse aux sorcières engendrée par une force destructrice qui démolit la ville.
Rowlings expose dans ce scénario mené tambour battant son génie pour la métaphore ainsi qu’une réflexion politique adaptée à la jeunesse. Au-delà des effets spéciaux et de l’inventivité des bêtes magiques, on trouve l’apprivoisement et la découverte de l’autre. Cet autre prend la forme des bêtes magiques, mais pour la première fois Rowlings introduit Jacob Kowalski (Dan Fogler), un personnage non-magique qui sera accidentellement mêlé aux aventures des héros. Car la ségrégation règne dans ce New York où il est interdit aux magiciens de fréquenter ou d’épouser des Moldus.
L’ombre du Brexit, mais aussi du nationalisme trumpien, plane sur le scénario, rendu par un excellent jeu d’acteurs et des effets visuels et sonores époustouflants. David Yates crée un monde à la fois dangereux, fascinant et débordant de tendresse. Norbert Dragonneau est un scientifique maladroit avec les humains mais avide de connaissance et curieux du monde. Il se fait cependant voler la vedette par le rondouillard et adorable Kowalski, dont le charme et le courage portent l’émotion du film. Les femmes ne sont pas en reste dans ce film, où elles incarnent des personnages forts, puissants, courageux et sexy, avec ou sans mensurations de rêve.
La réflexion que les enfants pourront tirer de ces « animaux fantastiques» tient sur la notion selon laquelle l’autre n’est pas si dangereux quand on apprend à le connaître, qu’il peut même devenir un ami. Un ami qui vous aide à sortir d’un dangereux pétrin. À l’heure du profilage racial et du nationalisme, c’est un message qu’il vaut la peine de propager. Partout.
Genre : AVENTURES FANTASTIQUES – Origine : États-Unis / Grande-Bretagne – Année : 2016 – Durée : 2 h 13 – Réal. : David Yates – Int. : Eddie Redmayne, Ezra Miller, Colin Farrell, Ron Perlman, Kathering Waterston, Jon Voight – Dist./Contact : Warner.
Horaires : @ Cineplex
CLASSEMENT
Tout public
(Déconseillé aux jeunes enfants)
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
Tiré d’une pièce de théâtre musicale montée par le très réputé National Theatre de Londres, London Road est à la fois curiosité, exercice de style et véritable œuvre d’auteur. Il faut du cran et de l’inspiration pour traduire en musique et en chorégraphie un sujet aussi lugubre que les meurtres de cinq prostituées et leur impact sur une communauté. Il en faut encore plus pour le faire en utilisant uniquement — et qui plus est, textuellement, pauses et hésitations comprises — les transcriptions des entrevues avec les divers protagonistes (habitants de la fameuse rue, journalistes, prostituées survivantes). Voilà pour le côté curiosité et exercice de style.
La voix de l’auteur, elle, est bien sûr dans le traitement. Le film est tourné dans les rues grises, les maisons ordinaires de citoyens ordinaires, à l’ombre morne de gigantesques gazomètres, dans les marchés, les taxis, le hall du Palais de Justice ou la salle communautaire où le voisinage se réinvente une nouvelle vie faussement colorée, pour effacer le souvenir des meurtres sordides. La caméra se veut tourbillonnante pour les scènes de groupes, puis intime, tout en plans serrés, l’objectif parfois carrément voyeur, pour les rencontres avec les citoyens. Le montage, au quart de tour comme l’exige un tel exercice, souligne exquisement le rythme, la cadence du récit comme des harmonies et des numéros musicaux. La transposition cinématographique est fort réussie. Le matériel d’origine n’a plus rien de strictement théâtral.
Mais si le film ne manque pas de cohérence et d’audace, il n’est pas aussi réussi qu’on le souhaiterait. C’est qu’il porte les défauts de ses qualités. Ainsi, la trame sonore et les chorégraphies, volontairement répétitives, forment un long leitmotiv musical grinçant qui se révèle fascinant mais aussi aride et parfois irritant à la longue. Le propos, grave et lourd, est exacerbé par le genre musical, habituellement réjouissant et entraînant, lequel propose donc de prendre le sujet en contrepied pour déstabiliser. Une démarche certainement voulue et fort louable en soi, portée par ailleurs par une distribution formidablement efficace.
Seulement, ladite démarche demeure tellement apparente, tellement en surface, qu’on en tire une expérience intellectuelle somme toute assez détachée. La raison en est bien simple. Le cinéma grossit le trait. Et, ce faisant, porté par la répétitivité quasi-lancinante des mélodies, des mots, de la trame narrative, toute l’horreur de la situation s’en trouve redoublée. Non pas l’horreur, attendue, des meurtres en soi et de leur impact sur la communauté, mais celle des personnages eux-mêmes, de leur vision monstrueusement réduite, mesquine et égoïste des événements qui les affectent, de la laideur banale et vulgaire qui les animent ultimement.
Ainsi, si on imagine la version théâtrale de London Road non pas vraiment réjouissante mais à tout le moins relativement enlevante de par sa dynamique du direct et par l’éloignement forcé de la scène, il se passe ici tout autre chose. Le malaise grandissant qui résulte de ce passage sous la loupe grossissante du cinéma dérange à un point tel qu’il crée un détachement allant jusqu’à la répulsion. Sans aucun doute, c’est, au moins partiellement, le résultat recherché. Ça ne rend pas moins l’expérience du film à la fois curieusement troublante et désincarnée, captivante dans l’instant sans être tout à faire marquante pour autant.
Genre : DRAME MUSICAL – Origine : Grande-Bretagne – Année : 2015 – Durée : 1 h 31 – Réal. : Rufus Norris – Int. : Tom Hardy, Olivia Colman, Kate Fleetwood, Lynne Wilmot, Anita Dobson, Eloise Laurence – Dist./Contact : Cineplex.com.
Horaires : @ Cineplex
CLASSEMENT
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
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