11 mai 2017
Rarement un film aura réussi à faire se rencontrer l’intime et le collectif comme parvient à le faire Le commun des mortels, le nouveau long métrage documentaire de Carl Leblanc, tant l’auteur du Cœur d’Auschwitz dépasse l’émotion de cette simple saga familiale pour dresser un portrait allant largement au-delà de l’histoire individuelle. Car à travers la vie d’Adélard, père du cinéaste qui l’a filmé durant ses dix dernières années, surgit celle de centaines de milliers de Canadiens français, de petites gens ordinaires qui, patiemment, avec force et courage, ont posé les fondations de ce que nous sommes aujourd’hui.

L’originalité du film tient pour beaucoup dans un traitement qui s’écarte des normes établies. Certes, on a droit aux habituelles « têtes parlantes », les documents d’archives et les cartes animées, ainsi que quelques repères internationaux tirés de la carrière publique de célébrités (Castro, Aznavour et Lévesque) utilisés en guise de marqueurs de temps. L’inventivité de la mise en scène se retrouve dans des entrevues éclairantes (on relève la participation entre autres du conteur Michel Faubert, de l’ex-premier ministre Lucien Bouchard, du journaliste Jean-François Nadeau ou de l’urgentologue Alain Vadeboncoeur) qui permettent d’expliquer morceau par morceau les pièces d’un casse-tête complexe et éclairent sur profondes mutations individuelles et collectives du XXe siècle. À travers ces analyses, Le commun des mortels nous fournit donc des clés très appréciables pour mieux nous situer et comprendre ce que nous sommes devenus, dans un monde à mille lieues de celui qu’Adélard aurait pu imaginer.
Genre : Documentaire – Origine : Canada [Québec] – Année : 2017 – Durée : 1 h 22 – Réal. : Carl Leblanc – Dist. : L’Atelier distribution films.
Horaires
@ Cinéma Beaubien
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
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Il y a, dans Primaire, quelque chose de tendre, d’attachant. On se pose la question dès le début et on se rend compte qu’il s’agit de la description de ce milieu d’école primaire qui ne semble pas envahi par les nouvelles technologies. La maîtresse (ici, il faut dire « enseignante ») demande aux élèves de prendre leurs ardoises. Sommes-nous vraiment en 2016 ou 2017 ? Toujours est-il que dans cette classe d’enfants turbulents, aussi bien les filles que les garçons, l’enseignement est dur, mais tous ceux impliqués dans cette tâche l’aiment profondément.

La vie privée et la vie professionnelle, comme souvent dans le cinéma français, s’entremêlent. Cela a sans doute à voir avec ce côté humaniste si cher au peuple de l’Hexagone. Richesse du verbe, maîtrise de la répartie, bonne direction d’acteurs, dont plusieurs enfants en parfaite condition devant la caméra, une Sara Forestier au registre diversifié et, comme dans tout bon film français qui se respecte et se laisse respecter, une histoire d’amour, certes un peu gauche, mais qui définit parfaitement l’idée que les Français se font des rapports entre hommes et femmes, s’aimer malgré les tempêtes.
Et comme il se doit, un message social voulant que les « enseignants » sont des individus peu reconnus dans la mouvance sociale, sans doute seulement par leurs élèves, lorsqu’ils arrivent à les maîtriser. Ça fait du bruit, ça ricane, sa sourit, ça se heurte à des obstacles dramatiques (l’autisme d’un des élèves), mais le specteur demeure stupéfait devant le naturel de ces jeunes rebelles tout à fait physiques. En fait, des enfants modèles qui se conduisent aussi bien que mal, observent une tenue inconstante et sont plus ou moins assidus. Hélène Angel réussit un genre délicat avec finesse, subtilité, humanisme et un regard à hauteur d’enfant.
Genre : Drame social – Origine : France – Année : 2016 – Durée : 1 h 45 – Réal. : Hélène Angel – Int. : Sara Forestier, Albert Cousi, Ghillas Bendjoudi, Vincent Elbaz, Patrick d’Assumçao, Guilaine Loudez – Dist. : A-Z Films.
Horaires
@ Cinéma Beaubien – Cineplex
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
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En 2014, Laura Poitras signe un pamphlet vitriolique, Citizenfour. Avant cela, en 2009, The Oath, que nous n’avons malheureusement pas vu. Et puis, aujourd’hui, Risk, titre on ne peut plus approprié puisqu’il s’agit de cela, de risques, de confessions, d’interdits avoués, de remises en cause de l’art qu’on pratique et respecte, de cet instrument dangereux et captivant qu’est la caméra, cet objet capable d’enregistrer par la voix les carences les plus intimes, de capter le meilleur et le pire.

Car au-delà du (presque) portrait du consciemment charismatique et faussement énigmatique Julian Assange, Risk est aussi une voix off qui prend le courage de briser le silence sur la vie privée de la documentariste par le biais de sa propre narration. : rapports intimes avec Jacob Appelbaum, souvent non conformes, mais apparemment consentis. Cette ouverture vers l’autre, le spectateur, est aussi une regard sur le privé et le public, entre la morale et la dissension, entre l’artiste et le commun des mortels. En fait, Risk mérite plus ou moins la même note de passage que The Oath (sans doute) et Citizenfour ; car nous sommes dans les coulisses du clandestin, de cet entre-deux-mondes qui n’a plus de liberté et n’arrive pas à se cacher. Est-ce volontaire de la part de Poitras ? Qu’importe !
C’est aussi une façon de se questionner sur son propre travail. Faut-il continuer à raconter le monde, à s’investir pour que la justice règne, pour que la dissidence ait une voix ? Comme tous les êtres humains, ceux autour d’Assange, être aussi complexe que fascinant, il y a des vivants, avec leur vie privée (plus ou moins) et sexuelle, pas si différentes des autres. Ce discours, Poitras le lance au spectateur en filigrane. Elle s’adresse à leur intelligence, n’hésite pas à se dévoiler et finalement, comme prise dans le filet, se résoud à joindre l’humain. La caméra n’est plus une force de la nature. Entre ses rapports intimes tout de même expliqués subtilement, ses difficultés à tourner l’illégal et le portrait inachevé d’un lanceur d’alertes, Poitras témoigne pour ainsi dire d’un cinéma documentaire constamment sous haute tension.
Genre : Documentaire – Origine : États-Unis / Allemagne – Année : 2016 – Durée : 1 h 31 – Réal. : Laura Poitras – Dist. : Métropole Films.
Horaires
@ Cinéma du Parc
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
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