1er juin 2017
Un homme est au volant d’une voiture de location. Une agente de la SQ enceinte sort d’une voiture de patrouille. Deux hommes discutent dans une camionnette. Une femme sort d’un camion dix-huit roues. Ce sont de telles images qui comblent la majeure partie du dernier film du réalisateur helvetico-italien Fulvio Bernasconi : on monte à bord de véhicules, on les habite le temps d’une discussion ou d’une rumination, puis on s’en dégage. Les voitures ici servent de confessionnal, de salle d’interrogation, d’isoloir, voire de lit. Elles servent à tout sauf générer des images prenantes.
Entre ces scènes de voiture trop nombreuses, quelques haltes routières dans des lieux qui contiennent tout le potentiel d’un polar sordide ou d’un western moderne : les néons d’un motel reflétés dans une flaque d’eau, les banquettes d’un greasy spoon de camionneurs et les sombres forêts mystérieuses, mines à ciel ouvert et longues routes anonymes de l’Abitibi-Témiscamingue. Mais ces images ont, pour la plupart, la fonction d’établir la situation et sont immédiatement délaissées au profit de séries insipides de champ/contrechamp en plans rapprochés. Il n’y a pas d’effort pour véritablement investir ces espaces, les faire parler, ou même d’y planter des actions concrètes de personnages. Sans parler que ces rares actions significatives carburent aux blessures psychologiques des personnages qui ne se révèlent à nous que peu à peu, et ce, toujours par la parole au lieu des gestes.

Pourtant, les visées de Miséricorde se valent d’être saluées : ce sont de toute évidence de grands thèmes qu’il sonde — la justice, la culpabilité, le pardon — et ce sont d’encore plus grands paysages qui l’inspirent, soit ceux du Nord québécois et de la réserve anishnabe du Lac Simon. Mais à voir le résultat final, c’est à croire que ses créateurs ne savaient pas comment meubler le deuxième acte de leur récit : le départ et l’arrivée du voyage sont clairs, quoique convenus, mais le chemin qui les relie révèle de sérieuses lacunes.
Mais même si on peut pardonner ses nombreux défauts techniques (le montage, le mix sonore et la colorisation sont tous particulièrement pauvres), le récit de Miséricorde recèle une insinuation dommageable, un sous-entendu sournois, qu’on ne peut ignorer. Il s’agit de sa façon d’évoquer que le rétablissement des bonnes relations entre peuples autochtones et blancs dépendrait d’excuses sincères de la part des offenseurs blancs. C’est dans cette équivalence sous-entendue entre violence objective (les inégalités systémiques et historiques perpétrées envers les premières nations) et violence subjective (les actions (in)volontaires des protagonistes) que se révèle le fantasme pervers des créateurs du film. Aussi sincères soient-elles, les excuses ne suffisent pas toujours.
Genre : Drame – Origine : Suisse / Canada – Année : 2016 – Durée : 1 h 30 – Réal. : Fulvio Bernasconi – Int. : Jonathan Zaccaï, Evelyne Brochu, Marthe Keller, Marco Collin, Marie-Hélène Bélanger, Charlie Acouette – Dist. : Filmoption International.
Horaires
@ Cinéma Beaubien
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
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Dans le très fort Hearts of Darkness: A Filmmaker’s Apocalypse (1991), Eleanor Ford Coppola avait collaboré à la réalisation de Fax Bahr et de George Hickenlooper en s’assurant du montage documentaire. Le résultat paraissait tout de même prometteur dans sa façon de choisir les moments les graves et représentatifs de ce film épique.

Avec Paris Can Wait, première long métrage de fiction qu’elle se permet, à l’âge vénérable de 81 ans, de mettre en (plusieurs) images ; elle illustre un monde presque révolu, peuplé de gens vivant dans une soi-disant indifférence à ce qui se passe autour d’eux et dans le monde. Ça débute à Cannes, lieu où, annuellement, pendant quelques jours importants du mois de mai, une faune cinématographique s’éclatent autour des regards avisés que le réalisateurs du monde entier ont sur la vie sur terre. Stratégiquement, Ford Coppola choisit le dernier jour du festival (qu’on constatera par le vide des lieux) pour mettre en scène des personnages du monde des producteurs puissants (Michael, l’un d’eux , est Américain) qui n’arrêtent pas pour continuer à brasser des affaires. Son prochain tournage doit être effectué au Maroc. Mais la question n’est pas là.
Le détour consiste à placer sa femme Anne (Diane Lane, tout de même attachante) à Jacques (très bon Arnaud Viard), séducteur d’un autre temps, d’un autre monde, et que la belle Anne ne semble pas réaliser. À moins qu’elle joue le même jeu que lui. Pour que cette carte du tendre au mi-temps de l’âge fonctionne, la réalisatrice nous offre un voyage touristique à travers le Midi de la France ; et comme dans tout film se passant dans l’Exagone qui se respecte, il est question de bouffe, bien entendu. Pardon, de gastronomie, puisque les plats, les entrées et les désserts qu’on livre en pâture à nos yeux sont à eux-mêmes des personnages du film.
Séduire par un geste du visage, par des faux-mouvements attachants, par une incursion dans une église majestueuse qui éveille en Anne des souvenirs tristes et douloureux. Le moment le plus vrai du film. Et le voyage continue jusqu’à l’arrivée à Paris.
Une ville calme, magique, bien française, sans l’âme d’un étranger illégal, le Paris des baguettes et des croissants et des petits pains au chocolat (ici, on djit « chocolatines »). Le Paris que plusieurs craignent car tout simplement, on n’en a pas pour son argent. Toutefois un Paris qu’on aime aussi et qu’on a toujours aimé. Les paysages (nombreux), les lieux (magiques) et les restaurants (le plus souvent presque vides) sont toutefois assez d’ingrédients pour nous consoler. Une France vue par l’œil superficiel et fatigué de la caméra.
Genre : Comédie dramatique – Origine : États-Unis – Année : 2015 – Durée : 1 h 32 – Réal. : Eleano Coppola – Int. : Diane Lane, Arnaud Viard, Alex Baldwin – Dist. : Métropole Films.
Horaires
@ Cineplex
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
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Genre : Drame – Origine : Australie / Vanuatu – Année : 2015 – Durée : 1 h 44 – Réal. : Martin Butler, Bentley Dean – Int. : Kapan Cook, Mungau Dain, Charlie Kahla, Lingai Kowia, Dawda Mungau, Albi Nagia– Dist. : MK2 | Mile End.
Horaires
@ Cinéma Beaubien – Cinéma du Parc – Cineplex
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
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